Un jour, mon Prince viendra ...

Mon petit-fils me dit "normalement, c'est une fille qui chante ça".

Je l'avoue : je lis (pour la seconde fois) "l'Etre et le Néant" de Jean-Paul Sartre et je bloque sur le passage où il liquide la notion d'inconscient freudien au profit de la "mauvaise foi". Je corrige les épreuves de "l'Appel des Maths", tome 2, Géométrie. Je tente de venir à bout de la partie piano de la sonate de Rachmaninov (piano et violoncelle), je me balade avec mon petit fils ... et le soir nous regardons "Un si grand Soleil", série cucul mais on s'y attache, c'est une drogue...

Avant cette série, il y a une pub. On y voit une sorte de château en sucre d'orge, très coloré, et la voix râpeuse d'un homme (environ trente cinq ans, je dirais ?) sussure "Un jour, mon prince viendra...". C'est là que mon petit fils (dix ans) me fait remarquer que "Normalement c'est une fille qui chante ça". Oui. Mais enfin, le prince, c'est peut-être un pote, comme dans "Lundi matin, l'empereur, sa femme et le p'tit prince, sont venus chez moi, pour me serrer la pince ...".

Non non, car cet homme chante : "Un jour, mon prince viendra...un jour, on s'aimera ...". Il ne s'agit pas de potes. Arrive alors sur l'écran la bonne bouille d'un enfant d'environ dix ans, lui aussi.

Avec l'image du château en sucre, on ne peut que se dire que le chanteur est inspiré par Mickael Jackson, qui, lui aussi aimait les princes, les beaux châteaux et les enfants.

Nous avons donc droit à une pub pour la pédérastie, ou la pédophilie. On ne peut même pas dire que le message soit subliminal, c'est très clair : on s'aimera. Vous me direz peut-être : "Bon, il s'agit juste d'un câlin, pas d'une fellation ni d'une sodomie !" Il ne faut pas avoir l'esprit mal tourné. Mais on explique au personnel des centres aérés que même un "câlin", avec un enfant, c'est (à juste titre) considéré comme à éviter absolument, surtout sans témoins.

Alors, en disant que "Normalement c'est une fille ...", mon petit-fils fait-il preuve d'homophobie ? En tous les cas l'intention du publicitaire est celle-là : l'amour ce n'est pas normalement entre un gars et une fille, c'est aussi bien entre garçons. Et en fait, entre un homme (le chanteur) et un petit garçon.

Faisons un petit détour linguistique. Que signifie "homosexualité" ? Pas grand chose si l'on a eu une formation scientifique. Car la "sexualité" apparaît dans l'évolution comme le moyen de mixer les gênes en faisant coopérer, pour la reproduction, les deux genres d'une même espèce. Il n'y a donc pas de sexualité du même (car homo, ici, c'est le même). Après discussion avec une collègue qui enseignait le grec ancien, nous sommes tombés d'accord pour dire que le terme correct devrait être "homoéraste", c'est à dire "qui désire le même (sous entendu le même genre)". La terminaison "éraste" n'a strictement rien de désobligeant puisqu'elle vient d'Eros, le dieu de l'Amour (incluant le corps). Dans toutes les civilisations et à toutes les époques, que ce soit considéré comme naturel ou abominable, dix pour cent des hommes et des femmes, à peu près, préfèrent spontanément les plaisirs du lit avec leur propre genre. Il y a un très joli passage à ce sujet dans "Little Big Man" génial film avec Dustin Hoffman.

Notons en passant que le mot "homophobie" qui signifierait "peur du même" est particulièrement mal venu. A priori, il ne s'agit pas de peur, mais de détestation, miséo, en grec, comme dans misogyne. Il faudrait donc dire mishomoeraste mais c'est un peu long...

Ensuite on peut dire que la détestation s'origine bien dans la crainte ... la crainte de se découvrir soi-même des désirs vis à vis de son genre... dans ce cas, homoerastophobe ? Mais on pourrait aussi bien dire : gynophobe : peur des femmes, peur d'être un peu féminin (quand on est un homme, et androphobe si l'on est une femme) ...

Il n'est pas facile de distinguer "pédéraste" et "pédophile", les deux mots contenant la racine "paidos" qui signifie très jeunes gens (voire "enfant"). Le second mot prétend qu'il s'agit d'amitié (Phila) tandis que le premier avoue qu'il s'agit de désir. Je souligne la différence profonde  entre un comportement d'homoeraste et un comportement de pédéraste. Dans le premier cas, il s'agit de désir entre deux personnes capables de désir. Il y a échange. Dans le second cas, c'est un "désir" qui n'en est pas un car il n'y a pas d'échange, c'est un viol du corps et un viol de l'âme.

Walt Disney encourage, dans cette publicité, la pédérastie et la pédophilie.

Je demande pardon au lecteur pour ce petit devoir de vacances où je révise le peu que je sais de grec. J'espère que de plus compétents amélioreront cette disserte. 

Il parait qu'on peut "signaler" une pub qu'on trouve dégueulasse. Je n'ai pas de temps pour cela, mais il faudrait le faire !

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