Un Os dans le GAZ ?

Un an après notre défaite, qui fut d'un autre point de vue un succès, notre mouvement la France Insoumise et notre leader Jean-Luc Mélenchon ressentent les effets d'une accumulation de maladresses. Il semble que Jean-Luc regarde aujourd'hui avec émotion ce qu'il a voué aux gémonies : la Gauche, et le Parti. Et voici le Congrès du Parti de Gauche ...

Face au rouleau compresseur macronien, la France Insoumise est apparue sans force. Il y a un an, Jean-Luc Mélenchon nous donnait l'objectif, dépourvu de vraisemblance, de renverser le résultat de la présidentielle en envoyant à l'Assemblée Nationale une majorité FI. Nous n'avons pas obtenu 289 députés, mais 19. Ce qui, en soi, n'était pas si mal. Un peu plus que le PCF. Nettement moins que le PS ("laminé", "écrasé", "annihilé", mais il était plus bas en 1969). En septembre, il proposait tout à coup "un million de travailleurs devant l'Elysée contre la loi travail", proposition ignorée par les syndicats et les partis de gauche. Dans le même temps, il définissait, dans un entretien surréaliste, sa conception du "mouvement", "collectif mais pas démocratique", son orientation "populiste" (et non "de gauche"). Un mois plus tard il "accordait le point" à Macron sur la loi travail, comme s'il s'agissait d'un match de tennis où il aurait été, à la fois, Mac Enroe ... et l'arbitre. Un peu plus tard, il canardait les corses qui ont fait sa campagne dans l'île, au motif qu'ils avaient constitué une liste avec les communistes. C'était quelques semaines avant qu'il ne se déplace en Guyane pour soutenir dans une partielle un personnage un peu trouble, en tous les cas, libéral, et ... perdant.

Récemment, et on a pu y sentir au moins l'amorce de la possibilité d'un début de rivalité, François Ruffin, avec Frédéric Lordon, a organisé à Paris un événement festif et revendicatif  : la "FETE A MACRON", qui a été un succès. Cet événement aurait dû être effacé par un autre, formidable, le 26 mai, initié par Mélenchon et la CGT, ainsi que d'autres partis, le PCF, le parti de Hamon, etc,  et syndicats. Il s'agissait, le 26 mai, de "déferler". Ce fut une bonne manif, mais seuls les militants se sont déplacés. Apparemment le fameux "peuple" observe, interloqué, les géniales improvisations de Jean-Luc Mélenchon...

Bref, nous errons. Pendant ce temps, un certain malaise s'installe dans la FI. De temps à autre, des "tirés au sort" sont réunis à seule fin d'applaudir on ne sait trop quelles "décisions collectives" prises on ne sait où. Le tirage au sort est une trouvaille extraordinaire, destinée à empêcher les egos d'occuper le devant de la scène, et promouvoir les modestes. Moyennant quoi ... la tribune n'est évidement pas tirée au sort...

Des campagnes hors sol et hors temps sont ainsi décidées un an à l'avance, comme celle qui visait "le nucléaire". Quelques quatre cent mille personnes se sont ainsi prononcées "contre le nucléaire et pour le développement des énergies renouvelables", donc à peine deux tiers des citoyens qui ont soutenu la campagne de JLM, environ un électeur sur 20 ayant voté Mélenchon, qui défendait naturellement cette option. 

En même temps, la situation politique est intéressante. De victoires en victoires contre les travailleurs et les grévistes, Macron vole peut-être vers un échec retentissant. Il se met tranquillement à dos TOUTES les catégories sociales à l'exception d'une infime minorité. Il ne parviendra pas à transformer, même à la marge, le chômage de masse en sous emploi sous payé --à l'Allemande. Malgré ses ronds de jambes, et ses postures d'animateur télé, il est perpétuellement roulé dans la farine par un environnement économique et politique international au sein duquel il est complètement impuissant. Si défaite il y a, sociale ou électorale, d'ici quelques mois ou années, la seule force qui peut en profiter est la FI. La droite ancienne avec Wauquier semble manquer totalement de talent, le FN est au fond du trou, François Hollande veille à ce que le PS, sur lequel il a posé son gros derrière, ne se relève pas avant longtemps.

Et voici : le Parti de Gauche va tenir son congrès ! Jean-Luc Mélenchon a publié, sur son blog, un billet remarquable, qui annonce un tournant (https://melenchon.fr/2018/06/11/le-congres-du-pg-nous-interesse/).

Jean-Luc nous raconte dans ce billet, avec émotion, tout ce que le Parti de Gauche a apporté de bon, d'excellent, de décisif, dans la politique française, et comment il a incarné ... le contraire de tout ce que lui, Mélenchon, a repoussé en septembre 2017, comme étant consubstantiel à tout "PARTI" et au concept dépassé de "GAUCHE".

Pour JLM, jusqu'à hier, il n'était pas question de "partis", mais de vieilles structures sclérosées rejetées par les français. Il n'était pas question d'éco socialisme (dans ce mot, il y a le mot socialiste, et donc une référence séculaire à la classe ouvrière et aux classes laborieuses), mais de POPULISME.

Mais voilà : le populisme, on le voit en Italie, ça pue. Et le mouvement gazeux, c'est pratique à diriger, mais ça ne sert à rien.

D'où le retour en grâce du PG. Jean-Luc n'aura aucune difficulté à prouver qu'il ne change absolument pas son fusil d'épaule, qu'il a toujours vu le PG comme la colonne vertébrale du mouvement gazeux et qu'on est dans le moment le plus lisse de la continuité la plus totale.

Dans son texte de blog, que je trouve embarrassé et confus, il mentionne que la question des frontières entre le PG et la FI suscite une certaine dose de malaise. Comme les militants du PG ont consigne de ne pas diriger la FI en sous-main, il parait qu'ils sont frustrés. Je témoigne que les (rares) militants FI qui ne sont pas au PG sont convaincus que le PG dirige la FI en sous-main, et qu'ils sont frustrés. Bompart et les autres leaders de la FI ont construit une usine à gaz (c'est normal) avec un "espace politique" où sont bienvenus les "communistes insoumis", les "écologistes insoumis" et d'autres groupes, plus ou moins proches, voire "observateurs", comme le POI. On discerne dans le texte de JLM l'espoir que la configuration globale entre le PG, la FI et l'espace politique, va changer, peut-être par une "refondation" du PG qui absorberait le tout. 

Tout ceci va être intéressant à suivre. Pour ma part, je pense que notre mouvement a besoin de constituer un grand parti, qui aura des défauts, mais les défauts n'empêchent pas d'exister. Encore faut-il, c'est un minimum, que ce parti tourne le dos au populisme et soit fondé sur l'éco socialisme; c'est à dire le socialisme, l'émancipation des classes travailleuses, le renversement de la dictature des actionnaires, de la dictature du capital, et bien sûr, la défense, le sauvetage de l'environnement humain (y compris le souci de la souffrance animale, qui n'est qu'un voisinage, une banlieue, de la souffrance humaine). Qu'il affiche, dans l’immédiat, le volonté de la défense et de la reconquête des acquis sociaux. Qu'il tende la main à tous les groupes partageant ces objectifs.

C'est mon espoir, même si je crois que ce sera extrêmement difficile à faire. C'est en Juin 2017 qu'il fallait fonder ce grand parti, qui aurait été le premier parti de France. Mal inspiré par son expérience de trente deux années de P"S", Mélenchon a ballotté depuis un an ses partisans entre injonctions vaines, outrances agressives et confusions théoriques. Malgré tout, ce billet montre que cet homme pense encore. Le virage est très aigu, difficile à négocier --on devine les hurlements des uns et des autres devant le retour du PG au devant de la scène-- mais Mélenchon semble comprendre qu'il faut le prendre, et ce serait déjà quelque chose.

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