Ce que font en ce moment Jean-Luc Mélenchon et son caniche, Bompard, ne sera pas oublié. Je lis ce matin la déclaration de nombreux intellectuels (philosophes, économistes, sociologues, historiens…) de l’Institut La Boétie, on pourrait dire le bunker de Mélenchon, là où il est chez lui, là où il peut se raconter qu’il est un intellectuel, un vieux sage, et ces intellectuels condamnent la purge opérée contre les cinq députés qui ont une bouche pour dire et un cerveau pour penser.
Ici et là, avec désinvolture, Mélenchon justifie la purge : « Il n’y a pas de mandat à vie, à la France Insoumise… ». Il est à l’aise, souriant. Il vient de sabrer plusieurs années de travail de militants intègres, honnêtes, talentueux, fidèles au-delà des mots (Danièle Simonet suit Jean-Luc Mélenchon depuis les années 1990, depuis trente ans).
Le Parti de Gauche, qu’il a fondé, condamne la purge. L’Institut La Boétie condamne la purge. Le mouvement Ensemble, la Gauche Démocrate et Socialiste, le NPA, les Verts, le PCF, le PS condamnent la purge. Ruffin, l’inventeur du slogan mémoriel « Front Populaire » a stigmatisé « La Bêtise et la Sectarisme » de la purge.
Cela peut sembler beaucoup, pour cinq malheureux sièges, et cinq malheureux militants, députés, soutenus (dans le cas de Hendrick Davi, je l’ai personnellement vu, de façon unanime et enthousiaste) par leurs électeurs. Mais le message est glaçant car il signifie qu’il ne peut y avoir, dans la France Insoumise, la moindre indépendance d’esprit, la moindre démocratie. Émettre un doute, une critique, poser une question, c’est signer sa mort politique.
C’est le Parti Intérieur de 1984, Mélenchon (-alias Bompard) is watching you.
Ce n’est pas une image ! J’ai écrit il y a environ un an dans un billet quelque chose à propos de l’une de ces cinq personnalités. Elle m’a téléphoné en colère : « à cause de toi, Bompard veut m’exclure du groupe! ». J’étais stupéfait : « Bompard lit mon blog? »--Réponse « Bompard lit TOUT! »
On se souvient d’autre chose : des militants de la FI auraient été fichés, à une époque, par Bompard, peut-être avec le soutien d’un mouvement dont les traditions en matière de démocratie sentent spécialement mauvais : le P.O.I.
Mélenchon peut agir ainsi, pourquoi ? Il n’a ni le sens politique (trois défaites cuisantes) ni la popularité et son armée de bureaucrates robotisés partage avec le caniche, Bompard, une complète absence d’expérience politique et de talent. Il est impopulaire, jaloux jusqu’à la rage de la popularité de François Ruffin. Alors ?
Il a l’argent. L’Association France Insoumise comporte trois adhérents, Manuel Bompard, Mathilde Panot, Maxime Charpentier. Personne ne peut adhérer à cette association et elle contrôle toutes les subventions étatiques. C’est pourquoi il peut sourire… Les députés « purgés » auront les plus grandes difficultés à faire campagne, sans le sou.
D’autant que, inspiré par les leçons de l’histoire, les Vychinski, accusateurs publics au style ordurier, se précipitent à la curée : le millionnaire Ruffin peut-on lire dans un blog de Médiapart… Garrido et Corbières seraient détestés par leurs électeurs, de même Frédéric Matthieu… Difficile de dire cela de Danièle Simonet ou de Hendrick Davi, alors eux… rien, quantité négligeable : « il n’y a pas de mandats à vie ; on veut plus de diversité, des gens issus de la société civile... ». Garrido est d'origine chilienne, Davi est chercheur...
Mais pourquoi épargner Ruffin et Autain ? Mélenchon et son roquet Bompard ne comptent pas les épargner, mais les harceler plus sournoisement. Les attaquer de front serait, compte tenu de leur popularité, dangereux. Mais on peut les priver d’argent et (aidé en cela peut-être par le POI) tenter de les discréditer dans leur circonscription. Et puis, seuls, sans la machine, sans l’argent, sans cinquante bureaucrates, que peuvent-ils faire ?
Ce n’est pas tout. Dans ma circonscription, les militants FI sont, de loin la première force politique. En 2017, le PCF a fait 5 %, les Verts 5 % le PS était avec Macron et nous avons fait 15 %. Mais nos responsables de GA se sont prononcés pour la démocratie, donc Bompard, en 2022 contre l’évidence électorale, a offert la circo à EELV. La (sympathique) candidate des Verts (ex-PS, ex-Macron) a été battue par le RN. Une écolo dans une circo d’éleveurs… quelle bonne idée…
Bien sûr, même choix en 2024. La circo est offerte à EELV, donc possiblement au RN. Mais ils n’ont personne ! On parachute un candidat Ecolo depuis Marseille.
Après tout, pourquoi pas ? Je ferai peut-être plus facilement la campagne d’un candidat qui n’a pas été adoubé par le caniche.
Alors, oui-oui, il faut battre le RN. Mais j’ai un doute profond quant au monde que nous promet Mélenchon. Un monde de mensonges, de coups tordus, de calomnies, un monde de sournoiserie, de déloyauté. Un monde où l’atout c’est l’argent. Un monde orwellien de soumission.
Pour la première fois de ma vie, j’ai la haine. Je n’avais pas la haine, en 1968, contre le PCF. J’étais devenu marxiste et communiste en 1960 (à 15 ans) suite à des discussions en ciné-club à Roscoff. Puis j’ai adhéré à l’UEC an 1964. Mais en 1966, Jean-Paul Sartre a publié son fameux article sur le dixième anniversaire des « évènements de Hongrie » dans lequel il prouvait que l’invasion soviétique était contre-révolutionnaire. J'ai fait exploser tous les cercles UEC d'Orsay. En 1966, je suis devenu trotskiste. Nous savions que pour diffuser des tracts à la porte des usines, il nous fallait un service d’ordre musclé… Ils nous disaient : "Fais voir tes mains ? !». Mais à la fac, nous étions meilleurs qu’eux. Des communistes (staliniens) m’ont avoué, cinquante ans plus tard, à la fête de l’huma, devant une bière « en période électorale étudiante, quand tu entrais dans un amphi on savait qu’on l’avait perdu...».
Quand j’ai quitté le mouvement lambertiste, en 1983, je n’avais pas la haine contre eux. Je constatais leur impuissance : ces gens ne servent à rien. C'était une fameuse école politique, théorique et pratique. Seulement, un couteau sans lame : pas de perspective de transition.
Cette fois-ci, j’ai la haine, parce que l’affaire est beaucoup plus sérieuse : dans six semaines, le RN aura peut-être une majorité, absolue ou relative. Le Front Populaire aura peut-être une majorité, absolue ou relative. Dans tous les cas, il me semble probable que Macron devra démissionner.
Toutes les manœuvres de Mélenchon ne visent que ce but : se présenter une quatrième fois. Pour cela il doit couper les jarrets de Ruffin.
Nous aurions à choisir alors entre deux mondes orwelliens.
Non, je ne veux pas « SERVIR » Mélenchon. Je CROIS en la démocratie. Non pas pour des raisons sentimentales ou "idéologiques" mais pour des raisons pratiques : l'humanité peut vivre difficilement en démocratie, mais c'est la seule manière humaine de vivre.
Une autre solution consiste à cultiver son jardin.
Chacun doit juger de la situation, heure par heure, et conclure pour sa part..