Sauver la FI ?

Il est au moins probable que nous allons fêter la semaine prochaine un triste anniversaire.

En avril 2017, notre candidat recueillait 7 millions de voix sur un programme d'émancipation des travailleurs.

Celui qui a été élu, s'il est vrai comme le dit une enquête, que 40% de ses voix du premier tour se sont portées sur lui "pour faire la différence avec la candidate Le Pen" a, dans un certain sens, "volé l'élection". Les électeurs ont été floués. Roulés. 

Depuis, la majorité des français n'a pas cessé de se dresser contre la politique du mandataire des grandes fortunes. Il n'y a jamais eu, en France, autant de grèves, autant de mécontentement : les écoles, les universités, les EPAD, les hôpitaux, autant d'usines qui ferment, de fleurons industriels qui sont vendus, autant d'exploitations agricoles ruinées, autant de suicides ...

Le mouvement dit des "Gilets Jaunes" a fait surgir une partie de la population qui ne vote pas. Les revendications qui ont émergé de ce mouvement spontané ont apporté, de manière non concertée, une caution de choix au programme de la FI, l'Avenir en Commun ! Pratiquement toutes les revendications des Gilets Jaunes sont dans ce texte.

Ce contexte aurait dû faire de nous l'outil choisi par les masses pour s'opposer à la politique ultra réactionnaire de Macron. De 20% en avril 2017 nous devrions être capable deux ans plus tard de récolter au moins 30% des suffrages. 

Or, malgré les échecs cinglants de Macron, malgré la valeur prouvée de notre programme, nous subissons chaque semaine de nouveaux départs, le mouvement FI s'est presque complètement évaporé et recroquevillé autour d'un Parti de Gauche lui-même réduit à peu de chose.

Jean-Luc Mélenchon a déclaré faire des élections européennes "Un référendum contre Macron". Hélas, il semble probable que nous subirons un échec cinglant ! Du fait de notre faillite, une grande part des mécontents se porte vers le Rassemblement National !

Une première alerte a été donnée par notre échec à Evry. Il est évident que notre candidate Farida Amrami devait l'emporter contre le successeur de Valls. Les causes de l'échec sont les mêmes qu'aujourd'hui, mais à l'époque, elles n'ont pas été relevées. On a cherché je ne sais quel prétexte.

C'est maintenant (ou jamais) que nous devons discerner les causes de cette déconfiture et y porter remède. Si nous ne le faisons pas la débâcle se poursuivra et dans trois ans, Macron sera réélu, à moins que Le Pen ne l'emporte (comme Salvini en Italie). Dans un cas comme dans l'autre, notre échec serait une catastrophe pour la masse des travailleurs, pour l'environnement, et même pour la paix.

Les causes : en un mot ; une gouvernance personnelle du mouvement, et le refus de la démocratie. Faut-il faire la liste des bévues politiques ? Les appels hors sol à de grandes merveilles (une majorité à l'AN, un million de travailleurs sur les champs Elysées, des vagues déferlantes...). Les mises en demeures aux syndicats (la charte d'Amiens, ça suffit ...), au PCF ("vous êtes la mort et le néant"), les zig-zags politiques (ce PS réputé plus mort que mort qui tout à coup redevient "ma famille") le refus de toute démocratie (l'excommunication de nos camarades corses, les décisions brutales concernant la liste des candidats aux européennes)...

Qui a écrit : " (...) on consent individuellement à l'autorité même si on n'est pas d'accord. Il en est ainsi parce qu'on pense la décision légitime. Et elle est légitime parce qu'elle résulte d'une décision collective, qui est prise par un vote." ? 

C'est Jean Luc Mélenchon ("De la Vertu", page 8). 

Le même Mélenchon a refusé toute démocratie dans le mouvement qui a soutenu sa candidature, la France Insoumise.

Voilà pour les causes. les remèdes en découlent logiquement. Il ne s'agit pas de stigmatiser un homme. Mélenchon a sorti la gauche de transformation sociale de son ghetto. il a accompli un travail extraordinaire. En rassemblant 7 millions de voix sur sa candidature, il a prouvé un talent de pédagogue et d'animateur politique hors du commun.

Depuis, il a prouvé qu'il n'était pas qualifié pour approfondir et prolonger ce succès jusqu'au pouvoir. Ce n'est d'ailleurs pas la tâche d'un homme, mais celle d'un collectif et c'est un collectif équilibré et élu par les militants qui doit maintenant prendre la main.

Je propose que nous lancions un APPEL à la mise en place d'un collectif équilibré qui devra comporter des femmes et des hommes comme, par exemple, Clémentine Autain, Eric Coquerel, Danielle Simonet, François Ruffin, Corinne Morel Darleux, Alexis Corbières, et d'autres, unis autour du programme LAEC.

Ce collectif doit être élu (dans un premier temps, confirmé par un vote) des militants de la FI, et le mouvement doit se doter d'instances démocratiques. La place du PG en son sein doit être précisée. Certes, c'est du travail et on peut dire, comme l'a fait Mélenchon "Du combat, pas de Blabla !". Fière devise ... dont nous voyons le résultat désastreux.

Le "blabla" c'est le DÉBAT. On peut en faire l'économie et confier les manettes à la fantaisie d'un chef. Mais si ce mode de fonctionnement convient à une troupe de fidèles fanatiques pour une politique démagogique, elle ne convient pas au travail raisonné en vue d'une politique socialiste et écologique.

Sur le fond : les élections sont importantes d'une manière générale (mais certaines sont moins importantes que d'autres ; nous aurions été bien inspirés de ne pas présenter de listes aux élections au parlement de l'UE, dans le contexte actuel), mais nous devons être capables de voir plus loin que la prochaine échéance électorale. 

Nous ne pouvons gagner qu'en gagnant à notre programme la masse des travailleurs et des chômeurs ... qui en majorité, aujourd'hui, ne votent pas. Ce n'est possible qu'en offrant un visage collectif, raisonnable et démocratique capable d'inspirer une confiance lucide et vigilante.

Nous ne devons pas être fascinés par telles ou telles "personnalités" de ce qui reste du PS ou de ses surgeons et boutures, de même que celle qui proviennent d'un PCF qui bouge encore... Nous devons être ouverts et fraternels avec ces gens, s'ils souhaitent faire un bout de chemin avec nous, mais surtout et principalement nous tourner vers les travailleurs, ouvriers, ingénieurs, paysans, éleveurs, artisans, employés, enseignants, médecins.

Nous en aurons justement pleinement l'occasion en nous engageant dans la bataille pour obtenir presque cinq millions de votes pour un référendum contre la privatisation des aéroports de Paris, bataille emblématique contre la politique libérale de l'UE et celle de Macron qui y contribue pleinement !

Seul un gouvernement des travailleurs avec une politique socialiste et écologiste peut gouverner la France en évitant le chaos social, la ruine et le désastre environnemental. 

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