Tentative de réponse à de bonnes questions

Un commentateur me presse de lui expliquer "comment (je vais) faire voter les français pour une équipe". Il imagine des affiches électorales avec tous les portraits. Il ne voit pas ce que peut signifier l'unité dans la pluralité. Ces questions font réfléchir. Je tente d'y répondre.

Quand une question parait sincère, au moins pour une part, mieux vaut répondre par message, à mon avis. Ou un billet. Le commentaire est trop étroit.

Mais je dois tout de même être bref. S'il faut développer, vous vous reporterez à l'essai que j'ai écrit, et dont, par tendresse pour mon éditeur, je ne cesse de faire la pub : "... Ni Tribun" (éditions "à plus d'un titre", en vente dans toutes les bonnes librairies, 8€.

Comment donc "faire voter les français pour une équipe" me demandez-vous. Sur notre "édition participative" il y a de bons articles (pas tous) qui expliquent. Bien sûr, constitutionnellement, il doit y avoir UN NOM sur le bulletin.

C'est la campagne qui, à notre avis, doit être faite en EQUIPE, mettant en valeur tous les leaders des partis de gauche : Besancenot, s'il y consent, Fabien Roussel, François Ruffin, Mélenchon s'il le souhaite, Julien Bayou, Cécile Duflot si l'envie lui prend, Olivier Faure s'il se retient de déconner, Boris Vallaud, Benoit Hamon, pourquoi pas ? ! Un peu comme dans un "concerto pour orchestre" (par exemple celui de Bela Bartok) chaque instrument est mis en vedette à son tour.

Il y aura un NOM sur le bulletin. Choisi par consensus dans l'équipe. J'ai souvent pensé qu'à cette place, il n'y a guère que Ruffin. En partie parce que Ruffin a déclaré qu'il ne VOULAIT pas être candidat. Vous comprenez aisément que c'est une condition sine qua non pour l'être, dans cette conception.

La question que vous posez sur l'affiche électorale est intéressante. Cela s'étudie. Mais oui, un ensemble de portraits pour une EQUIPE n'est pas inconcevable. On n'en est pas là.

Je dois ajouter que cette EQUIPE doit inclure des Gilets Jaunes. Eux sont parfaitement en phase avec mon refus du "Grand Tribun sauveur du monde de gauche". Ils ne peuvent pas soutenir une candidat style Vème République. Mais une EQUIPE, ils le peuvent.

Il faut aussi que cette EQUIPE soit accompagnée en campagne par des Assemblées Populaires. Tout ceci a été esquissé dans les meilleures campagnes, étonnamment victorieuses,  des municipales.

Je veux vous faire observer au passage à quel point tous ces concepts sont déjà présents dans l'actualité mondiale. Dans le mouvement algérien, comme au Chili, comme au Liban, comme maintenant en Inde on observe à la fois le refus de se donner un "grand chef", et on utilise le mot d'ordre d'Assemblée Populaire (Mahapanchayat, en hindou) voire, dans certains cas, d'Assemblée Constituante.

Dans le passage du combat d'un grand homme au combat fraternel d'une équipe, vous devez voir ce qui relève du passage de la Vème à la VIème République.

Vous me demandez aussi que signifie "plurielle et unitaire". Je vous réponds avec tristesse que cette question me parait significative d'un étonnant enfermement. Ainsi, il n'y aurait d'unité possible que de l'UNIQUE ?

Quand j'étais prof, je refusais parfois de répondre à des questions, quand j'estimais que l'étudiant(e) qui la posait savait parfaitement accéder de lui-même à la réponse... c'est ce que je fais encore ici. Je vous propose d'y réfléchir.

Je dirais simplement que PERSONNE ne sait ce qui se passerait si une équipe authentiquement progressiste accédait au pouvoir : à quel niveau la hausse du SMIC ? Quel montant pour l'ISF ? Quelle échéance pour la sortie du nucléaire ? Quel degré de protectionnisme pour réindustrialiser le pays ? Quelle attitude vis à vis de l'UE si ses instances s'avisent de tenter de nous la faire à la grecque ?

NOBODY KNOWS.

Alors les chamailleries concernant les programmes... quelle hypocrisie !

Votre déploration de l'attitude des troupes gauloises, qui les conduit à l'écrasement par César, me semble parfaitement justifiée. J'y adhère. Le livre de Daniel Cordier (le secrétaire de Jean Moulin) "Alias Caracalla" décrit de même les incroyables rivalités des organisations de résistance se déchirant pour des conneries alors même qu'ils avaient la Gestapo au cul. 

C'est ce qui se passe aujourd'hui, alors que Le Pen est aux portes du pouvoir. Et vous voyez bien que nos propositions nous positionnent à l'encontre de ces chamailleries et rivalités d'egos.

Cordialement,

JP

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