Le RIC, un hochet

Comme tout le monde, j'ai eu des contacts avec les gilets jaunes, sur des ronds points, près d'une grande surface, en manifestation. Par hasard, ou pour une autre raison, la conversation n'a jamais roulé sur le référendum d'initiative citoyenne, le RIC, qui, à en croire les médias et le gouvernement, est le grand sujet, aussi central que profond, du mouvement...

Mais je sais que des listes de "demandes" (clin d’œil à Ernesto Laclau) circulent, où figurent bel et bien ce RIC. Possiblement, des gens ont dit "Il faudrait qu'on nous écoute !!!" Et un pro a traduit : "référendum d'initiative citoyenne", "démocratie participative", "donner la parole au peuple", etc.

C'est dans l'air. La dernière formule "donner la parole au peuple" c'est le B-A-BA de la démagogie depuis le fond des âges. Les Césars donnent la parole au peuple. Mieux, ils font parler le peuple par leur bouche !

La  "démocratie participative", c'était le dada de Ségolène. Il y a un mot très intéressant dans ce syntagme, qui évoque et j'y reviendrai, la participation. Enfin, il y a le RIC, le plus moderne. À chacun son RIC, consultatif ou décisionnaire, dévolu à telles ou telles questions et actes législatifs ou constitutionnels, "périmètre" comme ceci ou comme cela. Le premier ministre a dit qu'il n'était pas contre, et les députés de la FI vont déposer une proposition de loi en ce sens. Les autres courants politiques aussi, pour ce que j'en sais.

Mais j'avoue (j'ai presque honte) que je ne partage pas cet enthousiasme collectif. Tout d'abord, on peut tenir un peu compte des traditions politiques de notre pays : le Référendum y a souvent été utilisé comme un moyen d'avaliser les décisions d'un César : Napoléon premier pour établir l'Empire, Napoléon trois pour rétablir l'empire. Le général de Gaulle pour enterrer la troisième République (en 1945) puis pour faire choir la quatrième et établir la constitution quasi monarchique de la cinquième. Raison pour laquelle le mot référendum fait songer au mot plébiscite. D'autres fois, le référendum consiste à poser une question complexe en demandant aux citoyens une réponse simple : OUI, ou NON. L'indépendance de l'Algérie, la réforme du Sénat, les traités européens. Il est arrivé que le résultat du vote ne soit pas conforme aux attentes du gouvernement. En 1969, le Général de Gaulle, suite à son échec, est rentré chez lui. En 2005, le gouvernement et les partis, désavoués, ont enterré le résultat.

Demander aux citoyens une réponse simple à une question complexe peut conduire à une grande confusion : on le voit aujourd'hui en Grande Bretagne.

Mais, me dira-t-on, tout dépend de la procédure, tout dépend de qui détermine la question, tout dépend du sujet et du contexte. Dans "référendum d'initiative populaire" c'est le dernier mot qui doit compter. 

Et c'est ce que je conteste. L'imposture réside dans le fait que tous les pouvoirs décisionnaires, tant que le gouvernement n'est pas celui des travailleurs, des classes laborieuses, restent aux mains du Capital. Qui est prêt à croire que gouvernement Philippe, qui a fait arrêter plus de deux mille manifestants, qui a abondamment gazé, qui a fait utiliser des grenades explosives, qui a mis en place des voitures blindées, que ce gouvernement va maintenant contribuer à la mise en place d'un élargissement de la démocratie ?

Dans le cadre du pouvoir du Capital il ne peut s'agir que de demander aux citoyens de participer à l'ordre social existant au travers d'une consultation dont ils ne maîtrisent ni l'origine, ni les modalités, ni la conclusion. Dans le Référendum, il y a d'un côté l'Etat, de l'autre chaque citoyen, isolé. Où sont le débat et l'action collective ?

Le référendum ne serait d'ailleurs pas non plus une démarche démocratique dans le cadre d'un gouvernement de transition (par exemple un gouvernement de la FI) ou un gouvernement des travailleurs. La démocratie suppose des débats, dont le lieu naturel est la commune, le quartier, l'assemblée populaire, elle suppose l'élection de délégués, une assemblée nationale, des débats nationaux, des retours au niveau de la commune, des approbations, des modifications, des révocations de délégués.

Tout ceci m'amène à protester contre la place prise par le débat sur le RIC. Je dis que c'est un jouet, un hochet, proposé par les gouvernants pour gagner du temps, les exigences populaires sont ailleurs. Hausse conséquente du SMIC, hausses des salaires, baisse des taxes, rétablissement de l'ISF, sauvegarde et renforcement de tous les services publics, chasse impitoyable contre la fraude fiscale, taxation haute des bénéfices des entreprises et des dividendes, abrogation des ordonnances Macron contre le travail !

 

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