Jean-Pierre Boudine
Mathématiques. Musique.
Abonné·e de Mediapart

116 Billets

1 Éditions

Billet de blog 21 janv. 2022

Au premier tour on élimine !

et au second ?

Jean-Pierre Boudine
Mathématiques. Musique.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Der Mensch liegt in größter Not!

Der Mensch liegt in größter Pein! 

chante la contralto au début du quatrième mouvement de la symphonie "Résurrection" de Gustave Mahler.

C'est à dire : "l'humanité se trouve dans la plus grande misère, la plus grande souffrance"

Il serait plutôt indécent de substituer à "l'humanité", un trivial "la gauche politique française" ! Mais on saisit l'idée : ça va vachement mal.

À force de regarder des séries danoises comme "Borgen" on en vient à croire que les hommes et femmes politiques agissent intelligemment, en particulier parce qu'il bénéficient des conseils avisés de "spin doctor" astucieux.

Probablement, ce n'est pas le cas en France, sans doute parce que le petit français de base est certain d'être plus malin que n'importe quel stratège professionnel.

Imagine-t-on Mélenchon demander conseil ? Entendons-nous. En octobre 2020, il a demandé l'avis de "ses proches". Ceux qui ont fait la moue sont ipso facto devenus "ses lointains". Imagine-t-on Jadot demander conseil ? Olivier Faure (au PS, des conseillers il doit y en avoir pléthore) ? Roussel (il a demandé à Chassaigne, qui lui a dit "ARGHH !").

Faute de bons "spin doctor", les responsables des partis de gauche se sont fichus dans des nasses. Une nasse, je le rappelle, est ce piège dans lequel on entre facilement, mais comme on ne peut pas se retourner ni faire marche arrière, on ne peut pas en sortir.

Historique de la division.

Voyons comment cela s'est passé. En octobre 2020, Mélenchon a mal lu son calendrier, qui était resté figé à la date de mai 2017. Toutes les bêtises qu'il a faites depuis cette date lui étaient complètement sorties de l'esprit. Il était à 19.5% d'intentions de vote, un excellent niveau de départ ! Ou bien le 6% des européennes et les 1% des municipales ? Mais non ! Cela n'a RIEN à voir.

En réalité, il lui arrivait en 2017 et 2020 d'avoir un éclair de lucidité, mais il en venait à bout avec ce raisonnement "De toutes façons, "ILS" seront bien obligés de voter pour moi, il n'y a rien d'autre".

Au PCF, l'ambiance était violemment grognonne : "On lui a filé le fric, les militants, les signatures en 2012 et en 2017, pour quels remerciements ? T'as vu le SMS qu'il a expédié à Pierre ?" Et voilà le pauvre Fabien parti pour passer sous le record de MG Buffet...

Chez les Verts, on a fait la primaire. Candidat, un Jadot et trois inconnu(e)s. Jadot a vaincu sans gloire, la bonne candidate, Rousseau, n'avait pas le réseau médiatique nécessaire.

La situation au PS était (et reste) complexe. Une partie non négligeable des électeurs du PS (les trois quart) en 2017, se sont égarés, les uns chez Mélenchon, d'autres chez Macron (avec quelques responsables). On a vu aux régionales qu'ils pouvaient revenir. Mais l'image du PS, après Hollande, n'est guère "de gauche". Macron est en somme un jeune et dynamique continuateur du hollandisme. Mais il ne semble pas désireux d'embaucher les "socialistes". Après avoir mûrement réfléchi, Olivier Faure a décidé (été 2019) que si, quand même, le PS a sa table à gauche.

Et il a déclaré vouloir une large union, y compris avec Mélenchon et la FI. Juste après, pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté, JLM a multiplié les déclarations catégoriques : pas de discussion, car c'est impossible, pas de concertation car je suis là où je suis, avec ma carrière et ma gloire, et le peuple tranchera.

Penaud, Faure a dû laisser la main à ceux de son parti que l'idée d'un accord avec le fougueux tribun avait traumatisé. On cherche un(e) candidat(e), il n'y a pas grand chose. Ah, si ! La Maire de Paris, ce n'est pas rien. Hidalgo, qui se connaît, tente de refuser. Taratata ! Faut y aller.

Quelles stratégies ?

On murmure, ici et là, que les uns, ni les autres, à gauche, ne veulent aller au pouvoir. Mais c'est faux. Les places sont bonnes, cela ne se refuse pas. Aucun parti ne refuse le pouvoir. Au pouvoir on existe, on se renforce. Loin du pouvoir, si on est dans une puissante opposition, ça va, on se prépare à l'alternance. Mais vu ce qui s'annonce, il n'y aura pour la gauche ni pouvoir, ni puissante opposition. Dans ces conditions "on" peut disparaître.

La stratégie du PS, pour ce que j'en devine, c'est de survivre. La présidentielle sera une catastrophe et pour les législatives il faudra se mettre en position de limiter les dégâts. L'atout du PS c'est qu'il a encore une implantation locale.

La stratégie de Fabien Roussel, c'est, stupidement, d'exister et de ne pas faire pire que Buffet. Je dis Roussel parce que le PCF comme tel n'a pas de stratégie. Le PCF a une implantation locale et des militants. Peu et de moins en moins, mais ça peut durer.

EELV a pour stratégie de participer au pouvoir et de s'attaquer aux urgences climatiques et environnementales. Avec quels moyens ? Ce n'est pas précisé. Comme l'a expliqué Jadot, il y a des verts à des postes ministériels dans de nombreux pays d'Europe. Certes, le respect scrupuleux des "lois du marché" limite leur action qui, du coup, se situe entre presque rien, et pas grand chose. Et Jadot dit : pourquoi pas moi ? Pourquoi Macron ne me prendrait-il pas comme ministre ? En effet, c'est possible, en remplacement de Pompili. Mais on s'en fiche. Sandrine Rousseau était plus ambitieuse, mais elle n'avait pas les bons réseaux.

Et Mélenchon ? Et la FI ? Ici, mon entreprise de déchiffrement rencontre de grosses difficultés. Car s'il est tout à fait clair, vu de l'extérieur, que Mélenchon va se planter à la présidentielle, ses partisans sont absolument capables, avec une sorte d'extra-lucidité dopée par l'enthousiasme, de croire le contraire : le peuple va trancher en leur faveur. Il y aura un miracle. Soyons justes : certains voient bien que les carottes sont cuites. Ils disent, ceux-là : Oui, on ne va pas gagner, mais on trace un sillon qui prépare "les jours heureux". Keep dreaming.

Déchirer la nasse ?

Il y a des gens, à la FI (ou parmi les partisans), au PS, au PCF, à EELV que la défaite, la monumentale baffe qui se prépare, ne fait pas rire. Sans parler des électeurs que la division fait carrément gerber.

Le "spin doctor" que je fantasme d'être voit bien ce qu'il faudrait faire. Renverser la maxime attribuée à Guy Mollet : au premier tour on choisit, au second, on élimine.

Au premier tour on élimine Taubira, Hidalgo, Jadot, Roussel, Poutou, Arthaud.

Garder Mélenchon. Quoi ? Soutenir le diviseur, céder à son chantage : "Moi, ou Rien" ? Oui. C'est ce que, selon moi, doivent faire les personnages intelligents de la gauche, du PS, des Verts, du PCF.

Non pas soutenir l'homme en rejoignant  "le parlement de l'union populaire" (quel nom pompeux pour un fan club !) et le mirifique programme LAEC, mais constituer un groupe de pragmatiques, indépendants,

mettre en avant les dix mesures sur lesquelles tout le monde s'accorde

et convenir de glisser dans l'urne le bulletin Mélenchon.

Ce serait, de la part de responsables du PS, des Verts (Il devrait être assez facile de convaincre Sandrine Rousseau que la "loyauté" au gagnant d'une primaire est un concept véreux) et du P.C.F. une manœuvre hardie.. aurait dit Bonaparte.

Ont-ils les tripes convenables pour oser ? Je ne le parierais pas...

Et au second tour ?

Les sondages donnent Macron vainqueur dans tous les cas de figure. Mais là, il peut y avoir une surprise. Notre président, c'est son petit côté voyou, a gracieusement déclaré avoir "très envie" d'emmerder quelques millions de français. Selon ce que j'entends, beaucoup de ceux-là, et quelques millions d'autres, ont déjà TRÈS ENVIE, au second tour, de voter pour le candidat, ou la candidate qui lui sera opposé(e), quel qu'il ou elle soit. Je vois bien, à cette occasion, le "plafond de verre" anti Marine Le Pen exploser.

Boycott

Une autre manifestation possible de la rage des électeurs populaires va se matérialiser dans l'abstention. Certains font campagne pour le boycott, ou "abstention active". C'est aussi une possibilité. Si la participation est très faible, le quinquennat sera animé.

Bref, nous allons vers des temps intéressants.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Violences sexuelles
À LREM, des carences systématiques
Darmanin, Hulot, Abad : depuis 2017, le parti d’Emmanuel Macron a ignoré les accusations de violences sexuelles visant des personnalités de la majorité. Plusieurs cas à l’Assemblée l’ont illustré ces dernières années, notamment au groupe, un temps présidé par Gilles Le Gendre. 
par Lénaïg Bredoux, Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal
Total persiste et signe pour le chaos climatique
Dans une salle presque vide à la suite du blocage de son accès par des activistes climatiques, l’assemblée générale de Total a massivement voté ce 25 mai pour un pseudo-plan « climat » qui poursuit les projets d’expansion pétro-gazière de la multinationale.
par Mickaël Correia
Journal
Fusillades dans les écoles : le cauchemar américain
Une nouvelle fusillade dans une école élémentaire a provoqué la mort d’au moins 19 enfants et deux enseignants. L’auteur, âgé de 18 ans, venait d’acheter deux armes à feu de type militaire. Le président Joe Biden a appelé à l’action face au lobby de l’industrie des armes. Mais, à quelque mois des élections de mi-mandat, les républicains s’opposent à toute réforme. 
par François Bougon et Donatien Huet
Journal — France
Le candidat Gérald Dahan sait aussi imiter les arnaqueurs
Candidat Nupes aux législatives en Charente-Maritime, l’humoriste a été condamné en 2019 par les prud’hommes à verser plus de 27 000 euros à un groupe de musiciens, selon les informations de Mediapart. D’autres artistes et partenaires lui réclament, sans succès et depuis plusieurs années, le remboursement de dettes.
par Sarah Brethes et Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
Violences faites aux femmes : une violence politique
Les révélations de Mediapart relatives au signalement pour violences sexuelles dont fait l'objet Damien Abad reflètent, une fois de plus, le fossé existant entre les actes et les discours en matière de combat contre les violences sexuelles dont les femmes sont victimes, pourtant érigé « grande cause nationale » par Emmanuel Macron lors du quinquennat précédent.
par collectif Chronik
Billet de blog
Amber Heard et le remake du mythe de la Méduse
Depuis son ouverture le 11 avril 2022 devant le Tribunal du Comté de Fairfax en Virginie (USA), la bataille judiciaire longue et mouvementée qui oppose Amber Heard et Johnny Depp divise l'opinion et questionne notre société sur les notions fondamentales de genre. La fin des débats est proche.
par Préparez-vous pour la bagarre
Billet de blog
En finir avec la culture du viol dans nos médias
[Rediffusion] La culture du viol est omniprésente dans notre société et les médias n'y font pas exception. Ses mécanismes sont perceptibles dans de nombreux domaines et discours, Déconstruisons Tou(rs) relève leur utilisation dans la presse de masse, dans la Nouvelle République, et s'indigne de voir que, depuis près de 10 ans, ce journal utilise et « glamourise » les violences sexistes et sexuelles pour vendre.
par Déconstruisons Tours
Billet de blog
Pour Emily et toutes les femmes, mettre fin à la culture du viol qui entrave la justice
[Rediffusion] Dans l'affaire dite du « viol du 36 », les officiers de police accusés du viol d'Emily Spanton, alors en état d'ébriété, ont été innocentés. « Immense gifle » aux victimes de violences masculines sexistes et sexuelles, cette sentence « viciée par la culture du viol » déshumanise les femmes, pour un ensemble de collectifs et de personnalités féministes. Celles-ci demandent un pourvoi en cassation, « au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes, au nom de la protection des femmes et de leur dignité ».
par Les invités de Mediapart