C'est une science !

Nous disons, à la légère "ils font diversion", comme si c'était facile !

Avez-vous vu comment "ILS" ont fait tourner la situation ?

Début Janvier, Macron était au plus mal : "KO DEBOUT" titrait "Valeurs Actuelles", pour une fois bien inspiré. Une partie jusque là plutôt invisible du peuple des travailleurs s'était mobilisé sur la question des TAXES, cette question à l'origine de tant de révoltes et de révolutions. Et comme ces gens, venus en gilet jaune sur les ronds-points n'ont pas, en tant que tels, de dirigeants syndicaux pour leur dire quoi faire et que ne pas faire, comme pour beaucoup ils ne votent pas et ne font allégeance à aucun parti, ni le RN, ni la FI, ni les LR, encore moins le PS, leur mouvement a tout de suite recueilli le soutien sondagier des citoyens. Leur mouvement dure et le soutien aussi.

En soi, pour le pouvoir, pas de quoi trop s'en faire. La convergence avec le mouvement organisé des travailleurs producteurs existe (en de nombreux lieux, sections syndicales et GJ se réunissent ensemble), mais pas au point de faire sauter les verrous des dirigeants des centrales. Tant qu'il n'y a pas trois semaines de grève générale avec occupation et des millions de gens dans les rues, ma foi... business as usual.

Seulement, justement, ça peut venir. Car il FAUT que Macron AVANCE ! Il faut qu'il continue le démantèlement de toutes les conquêtes sociales de 36 et 45. Il faut qu'il mette à genoux le mouvement ouvrier de ce pays. Il faut qu'il affame les chômeurs pour les contraindre à accepter n'importe quel job à n'importe quel prix. Il faut qu'il sabre les pensions de retraites et, par conséquent, abrège la vie des retraités faute de soins convenables.

Et dans la situation où il était début janvier, Macron n'osait pas bouger un cil.

C'est là que les conseillers politiques se sont activés. La diversion, c'est une science. "ILS" ont d'abord misé sur la dénonciation des "violences". Tous les médias, à l'unisson, ont tenté de travailler l'opinion dans ce sens : les GJ sont violents, ils cassent. Ce sont des factieux !

La campagne n'a pas eu beaucoup de succès. Et ceci est en soi intéressant. La "violence" des opprimés, ce sabre de bois médiatique, n'a guère fait reculer le soutien populaire. D'autant que le mouvement a rétorqué à propos des violences policières, effectivement sans précédent, sans doute inspirées par l'expérience d'autres pays.

On a voulu ensuite assimiler les GJ à des racistes et des xénophobes. Malgré toute la bonne volonté des médias aux ordres, il a fallu constater que "les indices sont plutôt maigres"... comme dit je ne sais plus quel commissaire de roman. L'infiltration du mouvement par le RN est restée très limitée.

Après il y a eu "Le Grand Débat". On a voulu noyer la protestation sous une grande mare de Blabla... Brillante idée. Hélas, des notables se sont réunis pour blablater, mais le gros des troupes a regardé ailleurs.

Et voilà l'argument de l'antisémitisme. Assez ordinaire, au départ. Lorsqu'il y a eu, au moment de la première guerre d'Irak, des manifestations de masse en Europe, les journalistes "engagés" ont raconté avoir entendu des cris "antisémites"... Et depuis, c'est une tradition. Quand un mouvement menace le système, il est urgent de lui chercher, non pas des poux dans la tête mais des traces d'antisémitisme dans le corps.

Cette fois, Macron et les autres ont voulu faire très fort. Ils ont décidé de tout miser sur cet argument. S'appuyant sur un incident dérisoire (un manifestant à traité Finkelkraut de "grosse merde sioniste", ce qui n'est pas poli), on nous fait maintenant un énorme battage sur une loi amalgamant antisionisme et antisémitisme. 

Quelle farce ! Reste à définir l'antisionisme ! S'il s'agit d'une opinion hostile à l'existence de l'Etat d'Israël, ça ne veut absolument rien dire. Israël possède deux cent ogives nucléaires et, jusqu'à présent, le soutien actif des USA. Même le Hamas ne prétend pas effacer Israël de la carte, pas plus que la nation Cheyenne n'envisage de balayer les immigrés européens qui occupent les terres du continent Nord Américain... Les progressistes du monde entier souhaitent que les Palestiniens aient un état souverain comme décidé par l'ONU il y a soixante dix ans, ou bien, qu'israéliens et palestiniens cohabitent avec complète égalité de droits au sein d'un même état démocratique. 

S'il s'agit d'une opinion qui condamne vigoureusement certains actes des gouvernements israéliens, comme le blocus de Gaza, l'érection du mur, la colonisation permanente des terres palestiniennes, le fait de décréter Jérusalem est et ouest capitale de l'état d'Israël, les massacres de gazaouis désarmés ces derniers temps... alors tout le monde est antisioniste : l'ONU est antisioniste, Macron et le gouvernement français sont antisionistes. Ils ont TOUS condamné les faits que je viens de citer. 

Ce projet de loi est grotesque et je peux parier qu'il ne passera jamais. Mais avez-vous vu comme ILS sont forts ? Le fait est qu'à la faveur de ce débat débile, on ne sait plus où sont passé les GJ. L'idée, c'est de leur dire "Ecoutez les Gars, votre mouvement, c'est très bien, mais vous comprenez que, par rapport à une question qui engage la République, la Civilisation et le sort de l'Humanité, votre hausse du SMIC ça passe au second plan !"

Moi, j'admire. Il y a des grosses têtes derrière tout ça. Les conseillers du Président ce ne sont pas tous des branques. Il y a eu du brain storming, ça chauffait dans les salles de réunion. C'est une science. Mais pas une science exacte : plutôt une science expérimentale. Et jusqu'ici les expériences sont ratées. Il me semble qu'ils arrivent un peu au bout. 

Si l'affaire de l'antisioniste explose en vol, je ne vois pas ce qu'ils peuvent trouver, qui soit d'un calibre comparable.

En face, nous avons Commercy, Saint Nazaire, Toulouse, Montreuil et autres lieux. Des Assemblées populaires. Le mouvement des Gilets Jaunes est toujours vivant. Le mouvement ouvrier organisé est assez chaud. On attend une étincelle. Elle peut venir.

Il y a une progression dans les mandats présidentiels. Sarkozy a raté sa réélection (bien qu'il ait dépensé beaucoup plus que les autres). Hollande n'a même pas pu présenter sa candidature. Que peut-il arriver à Macron pour "faire plus fort" ? Ne pas pouvoir terminer son mandat ? 

Ce qui ne s'est pas produit, se produira. Et nul n'est à l'abri.

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