Planches pourries de la gauche, unissez-vous !

Macron dit-on, a été mal élu, en ce sens que bien des électeurs, n'étant pas enthousiasmés par son projet (la plupart n'y avaient rien compris), ont tout de même voté pour lui dès le premier tour, au motif qu'il fallait "le mettre en position de battre Marine Le Pen" ! C'est vrai ! Mais ...

Mélenchon aussi a été "mal élu", enfin, "mal battu". Je veux dire que sa brillante (et frustrante) quatrième place, dans le fameux "mouchoir de poche" avec les trois autres, il l'a due à un phénomène analogue. Hamon espérait siphonner ses voix ... et c'est le contraire qui s'est produit.

Bien des gens se sont dit : "Je n'aime pas trop Mélenchon, trop perso, trop bruyant, trop radical, Hamon est plus cool, mais ce sont là, relativement, des détails. Si vraiment il y a une chance d'avoir un homme de gauche au second tour, et que cet homme, c'est Mélenchon, je vote pour lui".

D'ailleurs, enfin, c'est un détail, mais moi j'ai fait un raisonnement analogue, de l'autre côté. Quand Mélenchon s'est déclaré keynésien, j'aurais pu calmer mon ardeur : foutre que je ne suis pas keynésien ! La théorie de Keynes, non seulement a pour but de sauver le régime capitaliste, mais encore, dans la présente période, comme elle vise à relancer la croissance (en stimulant la consommation et l'investissement), elle est absolument contraire à l'éco-socialisme. J'aurais pu me retirer dans ma grotte et m'abstenir. Mais j'ai pensé : tout de même, s'il va au second tour, ce sera intéressant. Et s'il gagne, cela ouvrira des possibilités de progrès, quoi qu'il en soit.

Les sept millions de voix rassemblées sur le nom Mélenchon sont ... rassemblées. C'est tellement vrai qu'aux législatives qui ont suivi ... elles se sont dés-assemblées. On est passé d'environ 20% à environ 12% (pardon pour les décimales).

On peut donc faire l'hypothèse, au doigt levé, que dans ces sept millions, il y avait quatre millions de gens vraiment conquis par Méluche et nobody else, un million de gens plus à gauche que lui et deux millions plus à droite.

Ne me dites pas que "plus à gauche" ou "plus à droite", vous n'êtes pas certain que cela soit très significatif, je le sais, comme tout le monde. Par exemple, faut-il mettre le PCF à droite, ou à gauche de JLM ? La majorité des militants sont plus à gauche, mais les cadres dirigeants sont plus à droite (c'est seulement mon avis)...

Voilà pourquoi, aujourd'hui que le gouvernement (qui, lui, rassemble toutes les forces de l'oligarchie), est en route pour ramener le mouvement social au XIXème siècle, en écrasant toutes les conquêtes du XXème, ceci dans une conjoncture mondiale qui fait peser sur l'humanité les pires dangers (guerre comprise), voilà pourquoi je pense que les "gens de gauche" devraient saisir toutes les occasions de manifester une résistance unie.

Et à nouveau, ne me dites pas qu'une expression comme "les gens de gauche", vous donne la nausée. Qu'est-ce que vous croyez ? Moi aussi.

Alors bien sûr, formellement, je suis encore, dans la continuité de mes engagements depuis 2008, militant de la France Insoumise. Et je n'ignore pas que c'est justement la FI qui regarde avec mépris l'éventualité d'un front uni affiché contre Macron (dans la rue, et dans les urnes).

Quoi ? Former un front uni avec Hamon, pour qui le cadre de l'UE reste aussi sacré que la Loi et les prophètes ? Avec les dirigeants du PCF aussi loyaux que des serpents à sonnettes (MG Buffet était loyale, mais elle a été mise de côté), avec les donneurs de leçons du NPA ?

Oui, je suis favorable à cette union là. Ma raison ? C'est que la FI ne vaut pas mieux. Sur le fond, "on" s'obstine dans l'impasse théorique d'un "populisme" prétendu keynésien. Sur la forme, on a déjà à moitié liquidé la force militante de la FI, par le refus obtus de la démocratie. 

Alors cette union, comment peut-elle prendre forme ? Il y a des initiatives, des "Comités de Résistance et de Reconquête" dans lesquels on trouve des communistes, des trotskistes, des militants FI, ainsi que des responsables syndicaux de Sud, de la CGT, et de la CGT-FO.

Les syndicats ! Actuellement, les dirigeants sont disposés à faire passer les réformes du gouvernement. Vous ne me croyez pas ? Observez ce qui se passe. Pour la grève du 22 mars, ils ont eu LE CULOT de repousser toute présence politique dans les cortèges ! Toute "récupération" ! Comme si la destruction du statut des cheminots, la privatisation de la SNCF, la misère des EPHAD et des hôpitaux, la destruction du statut de la fonction publique, l'étranglement financier des chômeurs, la sélection à l'entrée des universités, comme si ... il n'y avait rien de politique dans tout cela !

Demandez-vous quel est niveau de vie des dirigeants syndicaux retraités ... Demandez-vous pourquoi "on" n'a jamais éclairci le mystère de la "caisse noire de l'UIMM".

L'unité des mouvements politique "de gauche" aurait ceci de positif qu'elle aurait les moyens, les moyens politiques, de briser le mur élevé par les syndicats, lequel mur est bien sûr la principale cause de l'abstention. "On méprise les politiciens". Ah bon ! ? Et les dirigeants syndicaux, c'est mieux ?

Oui, je prend au sérieux le titre de ce billet. Ce n'est pas parce que je crois l'un de ces mouvements "meilleur" que les autres que je demande qu'ils s'unissent. Au contraire. Il tirent leur existence du minimum de confiance que leur accordent des millions de citoyens. C'est en pensant à ceux-là que j'en appelle à l'unité. Les postures de division n'ont aucune justification.

 

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