Nicotine et Dialectique

Le bon n'est bon que parce qu'il est mauvais, et lycée de Versailles (voir NB)

J'ai été tiré de mon lit ce matin par un grand éclat de rire : mon épouse venait d'entendre à la radio cette information : les fumeurs sont très nettement sous représentés parmi les malades atteints du coronavirus hospitalisés.

Il faut dire qu'elle m'avait souvent entendu prédire qu'un jour, on découvrirait que la nicotine protège de la maladie d'Alzheimer. Et alors, direz-vous ? Quel rapport ? 

Pour comprendre ce méli-mélo (au cas où cela vous intéresserait) il faut savoir que je suis, depuis au moins soixante ans, dialecticien, c'est à dire, si un disciple dialecticien n'était pas un oxymore, un "disciple" d'Héraclite l'obscur.

Héraclite n'a pas découvert la pensée dialectique, il y a toujours eu des dialecticiens (même les animaux sont dialecticiens), mais il l'a formulée et surtout, enseignée. Il s'agit d'un enseignement inépuisable, dont le centre s'énonce d'une manière très simple : A n'est pas égal à A

Non, ce n'est pas récuser Aristote que de l'affirmer, car si la chose (quelle que soit la manière dont on la pense) n'est ce qu'elle est que du fait de sa coexistence et de sa lutte avec son contraire, (A ≠ A) ne peut se penser que dans son opposition avec (A = A), l'un des axiomes (tautologie) de la logique d'Aristote.

Mais bref, une application pragmatique de la pensée dialectique consiste à savoir que le bien n'est le bien qu'à cause du mal qu'il est aussi, avec lequel il lutte (pour Héraclite, Polemos, le conflit, est le père de tout), et bien sûr que le mal n'est réellement mauvais que parce qu'il est aussi (mais pas comme une simple compensation équilibrée) vraiment bénéfique.

Je terminais ces jours-ci la rude lecture des "Grammaires de l'Invention" de Georges Steiner et je me désolais de l'échec de l'auteur à intégrer un peu de vraie culture scientifique. En particulier, dans les dernières pages, Steiner proteste contre la prétention des physiciens à prétendre que la question "Qu'y avait-il AVANT le big bang ?" n'a pas de sens. Avant lui Bergson avait buté sur une difficulté du même type.

Dans ma jeunesse, mon amie Françoise, germaniste, avait traduit pour moi des pages de "Dialectik ohne Dogma", de Robert Havemann, grand chimiste allemand marxiste devenu opposant au régime d'Allemagne de l'Est. Havemann y développait une conception dialectique de la pensée d'une origine. Il suggérait à ceux qui ont quelques notions de mathématiques scolaires de considérer le graphe de la fonction logarithme. Si on la parcourt de droite à gauche, il y a bien une barre à (x = 0), mais la longueur de la courbe pour 0 < x <1 est tout de même infinie : cela fait disparaître la question : qu'y avait-il AVANT ?

Et la nicotine ? Pour ma part, je n'ai jamais vraiment fumé. La cigarette a mauvais goût, j'ai essayé la pipe, mais ce vice exige une patience que je n'ai pas (on passe son temps à la rallumer), les gros cigares me rendent malade. Tout juste si je supporte un petit cigarillo (mais Davidov !) après le repas de midi, parfois, quand j'y pense. Cependant, l'arrogance omniprésente des statisticiens qui se mêlent de la vie des gens en diabolisant le tabac, m'énerve et c'est dans cet esprit que, à la manière des vieux qui radotent, je répète depuis des années qu'on découvrira un jour l'utilité de la nicotine pour écarter les démences séniles, en particulier Alzheimer.

Pour le moment, la science n'a pas confirmé mon intuition ! Mais elle découvre que la nicotine empêche le coronavirus de nuire ! Quelle revanche pour les fumeurs !

Il est vrai qu'on débouche sur une constatation très banale : on ne meurt qu'une fois.

Donc, pas du cancer du poumon et du coronavirus. Seulement de l'un des deux. 

Enfin une bonne nouvelle ! Ma compagne a bien raison de rire !

NB : pour ceux qui jamais ne furent lecteurs de Frédéric Dart (San Antonio) : "et lycée de Versailles" est la manière dont le commissaire Bérrurier comprend la locution latine "et vice versa".

 

 

 

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