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Billet de blog 22 avr. 2022

Rectifier les dénominations

Nous prononçons le mot "fascisme" sans y penser.

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On attribue à Confucius la conviction que, pour établir une société juste et stable, il faut travailler pour "rectifier" les dénominations, c'est à dire donner aux choses leur juste nom.

On trouvera ici : https://www.persee.fr/doc/oroc_0754-5010_1993_num_15_15_975 une thèse sur ce sujet, attribuant à Xun Zi le développement d'idées de Confucius à ce sujet.

Je pense que l'on trouverait beaucoup d'autres philosophes insistant sur ce même point, jusqu'à Orwell qui en fournit une démonstration "par l'absurde" avec le rôle central de la "novlangue" dans sa sinistre Utopie, "1984".

Ainsi, Marine Le Pen n'incarne pas "le fascisme", parce que le fascisme n'a jamais été simplement un discours, fut-il nationaliste, autoritaire, raciste et impérialiste. C'est une profonde erreur d'utiliser le même mot pour désigner des réalités extrêmement différentes, simplement parce que superficiellement, elles se ressemblent. 

Le phénomène politique nommé fascisme se base sur la violence armée de bandes au service du capital, agissant hors du cadre légal pour instaurer la terreur.

Ainsi, même si ce phénomène politique peut se servir de la légalité, en particulier envahir le cadre légal, gagner des élections, il enrégimente d'abord en masse des travailleurs et des petits bourgeois déclassés "prolétariat en haillons" pour les lancer contre le mouvement ouvrier organisé en vue de détruire les syndicats et les partis qui le constituent comme classe.

Nous avons connu essentiellement, en Europe, deux phénomènes fascistes : en Italie (1922-1944) qui a donné le nom, qui se réfère à la Rome antique (le faisceau) et en Allemagne (1930-1944). 

Le fascisme est un régime très particulier, qui comporte de grands inconvénients pour la classe dominante. En effet, puisqu'il fait intervenir les plus larges masses, au service du capital, donc contre leurs intérêts fondamentaux, à l'aide de fantasmes comme la supériorité de la race et de la nation, le régime fasciste doit conserver la maitrise de ces masses, seulement tenues par de lourds mensonges. 

Cette maîtrise a été obtenue dans les deux cas par la guerre.  Mussolini a tenté des aventures impérialistes en Afrique de l'Est, Hitler a déclenché une guerre européenne, puis mondiale dans laquelle il a entrainé l'Italie de Mussolini.

Je n'évoque pas ici le fascisme japonais (autre phénomène différent https://historiaesnuestra.wordpress.com/2018/05/26/la-troisieme-voie-du-techno-fascisme-japonais-1930-1945-planning-for-empire-de-janis mimura/#:~:text=Le%20fascisme%20japonais%20est%20communément%20associé%20aux%20conceptions,en%20rapport%20avec%20l’agrarianisme%2C%20l’ultranationalisme%20et%20le%20pan-asianisme.)

Le fascisme est un phénomène de la première moitié du XXème siècle, dont les conditions ne peuvent plus être réalisées après 1944.

En particulier, la seule guerre d'ampleur mondiale envisageable est depuis Hiroshima la guerre d'anéantissement de l'humanité. 

La capital, après 1944 ne peut pas utiliser les plus larges masses pour détruire par la violence les organisations du monde du travail. Les conditions font défaut.

En ce sens, le fascisme est "vintage". Il ne correspond à rien qui soit concevable à notre époque.

Dans l'histoire moderne, la Capital aux abois a d'autres solutions pour se prémunir d'une révolution.

L'une est la guerre civile, avec l'exemple de l'Espagne : le régime établi en Espagne par Franco à partir de 1938 s''est établi en conclusion d'une guerre civile qui a fait un million de morts.

Mais la guerre civile est aussi une "solution" désastreuse pour le capital. L'Espagne capitaliste en est restée infirme durant un demi-siècle, et dans une certaine mesure (voire la question catalane), l'est toujours.

Il y a le coup d'état militaire avec l'exemple du Chili de Pinochet, ou celui des Colonels Grecs. Mais plus on avance dans le temps, mieux les classes dominantes gagnent à habileté à parvenir à leur fins avec le minimum de violence pure.

Ainsi, la dictature du maréchal Sissi, en Egypte, ou celles des kleptocraties algériennes, s'établissent-elles presque en respectant le cadre légal.

Je pense qu'il faut voir nos régimes "démocratiques" européens sous cet angle. Le capital, au point de décrépitude où il est, du fait de la robotisation et de la platitude du taux de profit qui en résulte, n'a rien à proposer à l'humanité que la mort sans phrases. La société avance ainsi, tenue en main par des privilégiés dont le seul souci est de maintenir leurs privilèges encore un an, un jour, une heure, avec l'exigence que rien ne leur survive.

Je suggère que l'on regarde ainsi la réélection de Macron. Que l'on considère sous cet angle le "projet" de Macron. 

Le Pen n'est pas "le fascisme". Elle n'est rien, qu'une offre de services aux oligarques, offre qui a été repoussée. Le mot "fascisme" est ici un sabre de bois utilisé pour fournir un plébiscite à notre pire ennemi.

Bien sûr, il ne faut voter ni Le Pen, ni Macron et ne pas se livrer à des calculs complètement immaîtrisables. Abstention.

Ensuite, s'il existe des possibilités de résistance à l'extermination de l'humanité, elles résident aujourd'hui, pour ce qui concerne immédiatement la France, dans le mouvement que chevauche tant bien que mal (plutôt mal que bien) Mélenchon.

Mouvement à suivre, donc.

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