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Billet de blog 24 juin 2017

FI : organiser ?

Surgie d'un peu nulle part, ou bien d'un peu partout, la France Insoumise va devoir se bâtir une carte d'identité politique, peut-être des statuts, une direction et tout le toutim ...

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Qu'est-ce que La France Insoumise fin juin 2017 ? Un mouvement progressiste qui rassemble des militants, qui pour la plupart n'étaient pas organisés politiquement avant février 2016. Mais aussi, des militants du PCF, du PG, de Ensemble! et d'autres groupes.

Un mouvement rassemblé pour soutenir une candidature à la présidentielle, celle de Jean-Luc Mélenchon. Cette candidature a recueilli plus de sept millions de voix. Un mouvement qui, sur la base d'une Charte, a présenté des candidats à l'élection législative, a fait élire seize députés, lesquels ont constitué un groupe parlementaire.

Un mouvement qui a élaboré un programme assez étendu, réfléchi et chiffré.

Voilà ce qu'est La France Insoumise. C'est un collectif avec des "biens", des acquis : son programme, son écho, son groupe, ses leaders.

Ce collectif doit-il se transformer, s'organiser ? Le mot concerne clairement une dimension verticale : il y a des gens "en haut" qui prennent des décisions. Faut-il que "en bas", les insoumis soient consultés ? J'entends parfois invoquer dans ce contexte "la démocratie". Cela me semble un peu abusif : demos (le peuple) n'est pas en cause. Si l'on répond "oui, il faut que les insoumis soient consultés", alors on doit d'abord dire qui sont les insoumis : il faut une procédure d'adhésion, peut-être des cartes, des cotisations. Et puis une procédure pour faire "remonter" le choix de la base.

Cela semble assez inévitable. Mon intention dans ce billet c'est de plaider pour une dimension verticale minimale.

Je veux dire par là : les cas où il est nécessaire de consulter nationalement sont rares. Quelques exemples : pour le vote au second tour de l'élection présidentielle, les Insoumis ont voté comme ils ont voulu, de même pour le second tour des législatives. Les consignes nationales n'étaient guère impératives. Considérer les Insoumis comme majeurs et libres, c'est bien. Pour le groupe à l'Assemblée, le président sera JLM. Fallait-il consulter "la base" ? Peut-être. J'aurais préféré quelqu'un d'autre, un jeune, une femme ? D'un autre côté, ce sont les députés qui vont vivre avec leur président, il est raisonnable que ce soit eux qui tranchent. Autre exemple : dans les manifestations parisienne et marseillaise de la FI, j'ai constaté que nous n'apportions pas de drapeaux rouges, et comme je l'ai déjà dit, je le regrette. Mais rien n'empêche mon cercle d'appui, pour la prochaine manif, d'en apporter.

L'être humain est, plus que tout autre, un être collectif, du fait qu'il vit dans et par le langage un parlêtre. Mais dans le langage, il dit "je" et, plus que tout autre, il est individuel : un sujet. Dans l'action, qu'il s'agisse de construire une cathédrale, de gagner une bataille ou de faire une chasse au morse, il désigne un chef, qui constitue une foule en équipe. Le chef en retire l'illusion d'échapper à l'humaine condition : n'être qu'un dans le nombre, promis à la mort. S'il cède à cette illusion, il devient fou, et dangereux. La dimension verticale nourrit cette illusion car le droit de chacun de participer aux décisions est illusoire. Toute la logique de l'organisation verticale mène à ce que très peu de gens participent aux décisions, et en outre, ces quelques dirigeants sont en rivalité féroce. J'espère, par exemple, que tout va bien se passer entre Mélenchon et Ruffin, deux personnalités remarquables, peu douées pour "suivre".

La solution qui consiste à donner libre cours aux opinions de tout ceux qui, à la base, désirent exister, n'en est pas une. Le résultat serait un mélange de désordre et de confusion. Ici, je pense à des controverses furieuses au sein du PG (en 2014, ou 15) à propos de raffinements dans la formulation de notre stratégie vis à vis de l'UE. Débat absurde, car la position de fond a toujours été claire, et dans le détail, il est évident qu'il faudra, le moment venu, improviser. 

Par contre, il faut laisser un maximum de liberté au local et à l'horizontal. Prenons le cas des prochaines élections municipales. Pour moi, le modèle à suivre est celui de Grenoble, de Barcelone, de Madrid et de Valparaiso : des Assemblées Citoyennes unissant des citoyens, des militants et des associatifs, gagnant les mairies. Dans la mesure où il y aura des mouvements, y compris au plan national, d'Assemblées Citoyennes, j'y participerai avec mes amis.

D'autres domaines peuvent avoir une dimension locale, ou nationale, comme la formation politique. Et d'autres une dimension locale et nationale, comme la constitution (une urgence, à mon avis) d'un mouvement de lycéens.

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