Louisa Hanoune en prison

La secrétaire générale du parti des travailleurs condamnée à quinze ans de prison à Alger.

Le régime prédateur et kleptocrate à Alger est dans l'impasse. Il a beau faire, il a beau dire, chaque mardi les étudiants descendent en masse dans les rues et chaque vendredi, les algériens envahissent les places, par centaines de milliers, depuis des mois.

Si ce pouvoir pouvait noyer le "Hirak" (le soulèvement) dans un bain de sang, à la chinoise, ou à l'égyptienne, il l'aurait déjà fait. Mais l'armée algérienne a un passé qui, même lointain, empêche cette solution : ce fut une armée populaire, une armée de libération.

Gaïd Salah, le prétendu "homme fort" du moment, affiche une détermination en raison inverse de son véritable pouvoir. Il a activé ses marionnettes pour décréter une élection présidentielle en décembre. Mais si les manifestations continuent, qui osera se présenter à cette élection ?

Si un pantin se présente, qui se déplacera pour voter ? Le peuple ne veut pas du maintien du système, même avec un maquillage renouvelé, il veut un dispositif de transition vers un régime démocratique. Que peut faire Gaïd Salah ? 

Le Parti des Travailleurs propose (comme transition) une Assemblée Constituante. C'est l'une des possibilités en discussion dans les réunions populaires. En signe de rupture avec le système, les députés du PT ont démissionné de l'Assemblée Populaire Nationale.

L'enjeu est considérable. Les soudanais ont renversé un dictateur et profondément modifié la structure gouvernementale, même si leur victoire reste fragile. Peut-il se produire un événement du même genre en Algérie ? Cela aurait des conséquences incalculables dans toute l'Afrique et aussi en Occident. Un peuple uni, debout, peut-il faire abattre un pouvoir armé jusqu'aux dents ?

Gaïd Salah ne peut pas grand chose. Alors, il règle des comptes internes au "système". Il accuse et fait condamner le frère de Bouteflika et quelques uns de ses anciens "amis" détestés et jalousés.

Mais dans le même procès, il fait venir la secrétaire générale du PT, Louisa Hanoune sous le même chef d'accusation de "complot". Le "complot" dont est coupable Louisa Hanoune est public : comme l'immense majorité du peuple algérien elle veut la liquidation du système kleptocrate de "la bande". Elle n'a pas été arrêtée dans un bureau : elle était chaque semaine dans la rue avec les millions d'algériens.

La magouille qui consiste à convoquer dans le même procès la dirigeante d'un parti populaire qui soutient le "Hirak" et quelques-uns des corrompus riches à milliards est cousue de fil blanc.

Le prétexte est que la dirigeante politique est venue à une réunion où se trouvaient également les membres de "la bande". Étrange accusation ! Depuis quand un dirigeant politique refuse-t-il de rencontrer des acteurs politiques ? 

Mais la presse du pouvoir, relayant la propagande de la bande,  insinue de temps à autres que la secrétaire générale du PT serait "proche" du clan Bouteflika. 

Début mai, Louisa Hanoune est convoquée comme témoin contre Saïd Bouteflika dans l'affaire du "complot" ourdi par ce dernier. Et sur place, elle est arrêtée. Depuis, sur toute la planète, des personnalités ont demandée sa libération. En France, en particulier, Philippe Martinez, Jean-Luc Mélenchon, Jean-Marc Hayraud, Henri Leclerc...

Le 31 mai, les partis et organisations politiques l'ensemble des partis démocratiques algériens : FFS, le RCD, le PLJ, le MDS, l’UCP, le PST, le PNSD, le PLD, et bien sûr le Parti des Travailleurs, publient un communiqué commun dans lequel ils demandent le « respect des libertés démocratiques et donc la libération de Louisa Hanoune »

L’ancienne combattante Zohra Drif, née en 1934, très respectée, ancienne vice-présidente du Conseil de la Nation, écrit au chef d’État-major pour exiger sa libération.

L'amalgame entre le combat de la militante et les magouilles de la bande, a donc fait long feu. Mais il n'est pas arrivé par hasard. Dans les années 1950, le FNL suivait les consignes de Staline et de ses successeurs immédiats. D'autres courants, dans le combat pour l'indépendance de l'Algérie, étaient proches au contraire du trotskisme, en particulier le MNA de Messali Hadj (sur cette question, je recommande la lecture du livre de Nedjib Sidi Moussa "ALGERIE, une autre histoire de l'indépendance" PUF). Le Parti des Travailleurs se réclame du trotskisme. La haine est tenace. Les vieux croûtons qui ont tété le stalinisme à la mamelle n'ont pas pu s'empêcher de revenir s'abreuver dans le pot de chiottes de "l'hitlero-trotskisme" ! Ils ont même copié la manière : durant les procès de Moscou, c'est comme cela que l'on condamnait les compagnons de Lénine et de Trotski : "il a rencontré X ! donc il partage ses buts !" (sur ce sujet, on peut relire "le zéro et l'infini" d' Arthur Koestler).

Mais qui disait "la première fois comme tragédie, la deuxième fois comme farce !" ?

Vive le Hirak ! Vive la révolution algérienne !

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