Après la défaite d'Evry, questions ouvertes

On peut dire : «C'est la faute de nos adversaires»... mais c'est un peu court.

Je n'ai pas le nombre des votants d'hier, ni celui de l'année dernière, ni le nombre des voix obtenues par Farida, comparé à celui qu'elle avait obtenu en juin dernier. Mais il est certain que nous avons perdu beaucoup de voix. 

Comme il est naturel, on dira : c'est la faute de celle qui est restée soi-disant "neutre" et qui avait tout à perdre si Farida gagnait, et pas mal à gagner dans le cas contraire.

On peut dire, comme Jean-Luc : "La démocratie est malade, dans notre pays" (SIC !). Il est probable que disant cela, il ne se rend pas compte du sens de ses paroles.

On peut dire : 82% d'abstention : c'est la faute des gens ! 

Donc, c'est la faute de nos adversaires, qui ont fait bloc, c'est la faute des "neutres" qui ne l'étaient pas vraiment, et c'est la faute des gens, qui n'ont rien compris.

Le problème avec ce genre de raisonnement, c'est qu'il ne laisse aucun espoir, car c'est toujours comme ça : nos adversaires feront toujours bloc, il y aura toujours des faux-culs soi-disant neutres et les gens ne viendront pas voter si on ne leur a pas donné envie de la faire.

Une autre catégorie d'explications va concerner le raptus de Mélenchon à l'occasion des récentes perquisitions. Ce petit moment de folie, assorti de propos délirants l'a fait chuter dans les sondages, c'est vrai. En juin 2017, si je me souviens bien (les gens précis préciseront) 47% des français l'avaient à la bonne. Ils n'étaient plus que 27% au début de l'automne 2018, et sont tombés, après son numéro, à 18%, derrière Ruffin (vers 24% ?) pourtant encore peu connu. Ce serait cette chute qui expliquerait ... que nous ayons perdu la partielle d'Evry. 

C'est certainement en partie vrai. La FI est malheureusement incarnée par Mélenchon, et du coup, voter pour la FI c'est un peu avaliser les excès du leader. Les gens sont massivement restés chez eux.

Pour moi, cette chute dans les sondages n'est pourtant pas un phénomène gravissime. Un clou chasse l'autre, les gens oublient, Mélenchon va remonter dans les sondages, sans doute. Macron se fait haïr de manière cent fois plus prégnante !

Beaucoup plus lourde de conséquences est l'obstination à refuser la démocratie dans la FI. Je pose la question : la défaite d'Evry, alors que nous étions à un cheveu de battre Valls en juin 2017, et que, contre un adversaire qui porte sur sa triste figure le masque de toutes les corruptions, nous sommes distancés de 20%, va-t-elle servir de sonnette d'alarme ?

En juin 2017, nous étions 600 000 à avoir contribué à la France Insoumise. Alors que l'ensemble du champ politique était (et reste) un champ de ruines, Mélenchon pouvait créer un mouvement (ou parti, le mot importe peu) démocratique jeune et puissant, au sein duquel se serait développé un débat riche et intense : populisme ? écosocialisme ? patriotisme ? nationalisme ? internationalisme ? unité populaire ? et des liens étroits avec la population, sur tout le territoire national.

Au lieu de cela, les militants ont été humiliés ("le tirage au sort" !); écartés, voire expulsés pour certains ! De soi-disant responsables non élus, désignés par le prince se prétendent "directeur des campagnes de la France Insoumise" ! On est en pleine comédie, ou en plein cauchemar ?

Et tout cela, soi-disant, pour éviter les polémiques et les déchirements.

Moyennant quoi les crises et les départs se sont succédés : Chirikou et les frais de campagne, Chirikou et Le MEDIA, mise à l'écart de Jacques Généreux, éloignement de Charlotte Girard, crise de la liste aux européennes, départ de Liêm Huang Ngoc, départ de Corinne Morel Darlieu, crise concernant les immigrés, éloignement de Clémentine Autain, expulsion des militants du "Collectif des Insoumis Démocrates", etc, etc, etc.

Combien y a-t-il encore de militants sur le terrain ?

Combien y en avait-il à Evry pour aller chercher les abstentionnistes avant le second tour ?

Le Parti de Gauche, qui volens, nolens est la colonne vertébrale de la FI perd de même des adhérents. L'espoir de Mélenchon, de sortir de la nasse dans laquelle il s'est enferré avec son "mouvement gazeux", grâce au Parti de Gauche (voir le billet de son blog : "Le Congrès du Parti de Gauche nous intéresse"), s'est avéré chimérique. Parti peu démocratique au sein d'un mouvement décharné non démocratique, le PG est dans une situation fausse : accusé par beaucoup de manipuler en secret la FI (ce qu'il est à mon avis bien incapable de faire).

Pour certains, le débat se formule ainsi : "les gens" ne veulent plus de partis. Il faut peut-être un Parti, mais pour le moment, mieux vaut préparer "les gens" avec un mouvement.

Or l'alternative mouvement ou parti est complètement fictive. L'alternative réelle est "mouvement (ou parti) démocratique, ou meute de supporters du chef ". Et d'autre part, ce dont les gens ne veulent plus, ce n'est pas "des partis", c'est de la magouille politicienne. C'est pourquoi 82% se sont abstenus à Evry.

Or, côté magouille, avec ce qui se combine entre JLM, Morel, Lienemann, plan A, plan A' et plan B, Mélenchon n'a pas vraiment prouvé qu'il était blanc comme neige ! La manœuvre, en politique, comme en navigation, est indispensable. Qu'est-ce qu'une magouille alors ? C'est une manœuvre qui semble avoir perdu de vue toute conviction, tout principe, et qui se déroule à l'abri des militants ! 

Voilà les questions que, me semble-t-il, on peut se poser à propos d'Evry. Pourquoi n'avons-nous pas été capables d'aller chercher les abstentionnistes qui pouvaient nous soutenir ? Parce que nous avons découragé les militants qui pouvaient le faire, et aussi parce que nous montrons aux gens un visage moche.

Cette claque en prélude d'autres. Pour le moment, les sondages nous attribuent 10% de voix aux élections européennes. 

Pourtant, notre programme, LAEC reste la référence. C'est un bon programme pour avancer maintenant. C'est pourquoi j'approuve l'initiative qu'a prise Liêm Huang Ngoc de créer son réseau (ni mouvement, ni parti, simple mise en contact)

http://preservonslavenirencommun.fr/nous/

JPB

 

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