Le vote et l’égalité

Francis Parny a été membre du Comité exécutif du PCF jusqu’en 2016 et il a été l’un des premier communiste à faire le choix du soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. J’ai toujours apprécié ses articles de blog dans Médiapart, son courage politique et son engagement.

Aujourd’hui, il est l’une des personnalités des « communistes insoumis » qui sont dans l’espace

Lors de la récente « Convention » où ne figuraient aucun délégué des Groupes d’appui, mais des « tirés au sort » et des « désignés » soit par le PG, soit par les « communistes insoumis », soit par d’autres groupes, il a prononcé un discours qui a été attentivement écouté par l’assistance. Dans ce discours, il aborde la question de la démocratie dans le mouvement, et il a souhaité dénigrer une procédure « barbare », le vote. Je le cite. Il évoque les débats dans le mouvement « Nuit Debout » :

Au début pas de vote, la recherche du consensus mais progressivement le vote revient et là une participante filmée s’exclame « Ah non vous n’allez pas revenir à ces méthodes barbares »

Interrogeons-nous, n’avons-nous pas l’expérience dans ces partis dont nous ne voulons plus de ces votes qui définissent une majorité et une minorité qui ensuite s’exténuent dans des combinaisons destinées à renverser la majorité pour en constituer une autre. Bien loin de l’intérêt général ou du projet révolutionnaire. La lutte pour les places remplace la lutte des classes.

 Je suis triste de lire de telles bêtises, de la part d’un esprit capable de bien mieux. Triste parce que j’y vois l’écho lointain de faillites politiques. Celle du Parti « socialiste » depuis  Guy Mollet jusqu’à François Hollande en passant par Manuel Valls, où des Montebourg, Hamon, Emmanuelli, Lienemann, Filoche, Dray, Royale, Aubry, Mélenchon … et bien d’autres se sont en effet « exténués dans des combinaisons », pas nécessairement avec de mauvaises intentions. Celle du Parti Communiste où pendant des décades, tout opposant était viré, insulté, sali, menacé.

Mais le vote, Francis, ce n’est pas cela. Le vote est aussi ancien que l’humanité politique. Il existait dans les plus anciennes tribus. Le vote ne s’oppose pas au consensus. Le débat examine les possibilités du consensus, puis le vote est le moyen de prendre une décision collective.

Le vote est fondé sur l’égalité. Dans une assemblée, ne peuvent voter que des égaux. Le maître ne vote pas avec ses esclaves, le seigneur avec ses serfs, le roi avec ses sujets. Mais il ne suffit pas, pour voter, de se réunir entre égaux. Il faut que ces égaux soient, en la matière dont ils débattent, souverains. Il est inutile que les esclaves votent entre eux.

Dans certaines étapes d’affaiblissement des tyrannies, il arrive qu’une instance inférieure puisse émettre un vote consultatif. C’est le moyen d’exercer une pression. Inversement, quand une tyrannie se renforce, on peut passer d’un vote souverain à des votes qui ne sont plus que consultatifs. On vote en homme et femme libres, égaux, et la décision collective est acceptée fraternellement.

Pour finir ce rappel aux principes élémentaires de la démocratie, je voudrais suggérer quelques exemples de cas sur lesquels il faudrait que les militants, s’ils sont adultes, soient consultés, débattent, et peut-être votent.

Comment allons-nous élire nos porte paroles et responsables nationaux ?

Comment les GA choisiront-ils en dernier ressort, après consultation des dirigeants nationaux,  leurs candidats aux différentes élections ?

La question des syndicats. Est-ce que la FI doit étudier la signification de la Charte d’Amiens et en quels termes doit-elle s’adresser aux organisations traditionnelles de la classe ouvrière ?

La question des alliances. Sur quelles bases politiques peut-on envisager un rapprochement avec Benoît Hamon et son mouvement ? En particulier, sur quelle attitude concernant l’UE ?

Comment lever les malentendus et laver les rancoeurs entre la FI et le Parti Communiste de manière à, autant que possible, combattre l’ennemi commun ?

La question de l’Allemagne. Comment la FI peut-elle exprimer la solidarité des classes travailleuses françaises et allemande, qui sont les plus importantes d’Europe ? Quelles relations devons-nous avoir avec nos camarades de Die Linke ?

Le cas de la Palestine. Est-ce que la FI doit condamner le blocus de la bande de Gaza ? Est-ce que la FI doit demander la suspension de l’accord de partenariat privilégié entre l’UE et l’état d’Israël ? Est-ce que la FI doit soutenir le combat pacifique de BDS ?

Les débats et les votes ne mènent aux luttes d’ambitions et de fractions que lorsque l’engagement politique sincère et désintéressé se meurt. On peut être minoritaire dans un débat et accepter loyalement la décision collective.

Craindre le débat, craindre le vote des militants, c’est indigne. Ce n’est pas le libre débat qui a pourri jusqu’aux os le PCF et le PS, c’est leur politique !

 

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