MA JOURNEE DE CONFINE. L'alignement des planètes IV

Pourquoi dire comment j’occupe ma journée de confiné, notamment dans mon bureau (dans l'illustration jointe, l'oeuvre du fond est de Chantal Dugave, artiste)? Parce qu’il m’intéresse de comparer ce que je vis et ressens et « comment c’était avant ». De mesurer ce que j’ai perdu, qui me fait vraiment défaut et ce qui, finalement, était assez secondaire.

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La journée des « héros » comme on les appelle est plus intéressante que la mienne.

Pourquoi dire alors comment j’occupe la mienne en ces temps d’exception ? Parce qu’il m’intéresse de comparer ce que je vis et ressens et « comment c’était avant ». De mesurer ce que j’ai perdu et qui me fait vraiment défaut et ce qui, finalement, était assez secondaire. La liste qui suit a pour vocation de lancer l’idée de l’exercice. Pour soi-même et ce que chacun vit dans son environnement social mais aussi pour la société dans laquelle nous vivons. On peut partir du constat qu’elle a en partie généré la situation actuelle. Elle a de plus été incapable de réagir à la hauteur des difficultés apparues. « L’après » ne peut et ne doit donc pas être laissé aux experts et multiples décideurs. Et nous ne pouvons être absents de l’élaboration de ce qui nous concerne tous. « L’après » ne devra pas non plus être le simulacre d’un retour improbable à l’état de « comme c’était avant »

Depuis des décennies, je travaille en province et prends donc chaque semaine un train. Du temps des Corails j’allais à Rennes. Récemment je me rendais à Périgueux en Intercités et TER. Et pendant plus de trente ans, j’ai pris le TGV pour Lyon, Saint-Etienne, Grenoble, Lille, Mulhouse, Bordeaux ou Montpellier. Fut un temps je prenais même l’avion une semaine sur deux, pour Naples ou Copenhague. Depuis des jours et pour une durée indéterminée, je ne bouge plus de chez moi. Si. Je descends les escaliers de l’immeuble puis les remonte, puis les redescends puis…J’habite au sixième étage et tiens à retrouver le sens de la marche quand le moment sera venu.

Il y a quelques semaines je m’énervais contre la queue qu’il fallait faire chez Orange pour qu’ils réparent mon portable, n’ayant plus accès à internet et aux réseaux sociaux. Aujourd’hui, je reste sagement en ligne, devant l’épicerie, et à une distance sociale suffisante, pour me fournir en légumes.

Hier je me demandais comment remplir au mieux mes journées pour ne rien perdre du temps de vie qu’il me restait. Aujourd’hui je trouve du plaisir, en dehors des moments au cours desquels je couche les présents propos sur Windows, à regarder le ciel par la fenêtre, à préparer le repas du midi ou l’apéro du soir, à lire paisiblement. Je viens même d’achever un très beau livre, Ordesa de Manuel Vilas, un pavé de 400 pages dans lequel il raconte l’Espagne des années 70. Il évoque aussi ses regrets de ne pas avoir accordé assez de temps à ses parents. Toute ressemblance avec une situation existante…

Hier je faisais un peu la queue au guichet des Impôts pour obtenir un renseignement. Aujourd’hui je passe deux heures à tenter de me connecter et parviens à une page dont je n’arrive pas à sortir. Je mettais une demi-journée pour remplir les papiers nécessaires à un appel d’offre. A présent il me faut déjà un jour pour juste réussir à aller à l’endroit du site où je pourrai effectivement mettre en ligne mes propositions. Entre temps, des codes, des autorisations, des bugs, des aller-retours téléphoniques avec le contact local qui, lui aussi découvre le système…

Il est bien d’autres choses que je n’ai pas faites et qui ne me manquent pas, de produits que je n’ai pas achetés sans que ma vie en soit bouleversée, de services passés à la trappe et qui, avec le recul, me paraissent vains. En revanche, il y a des échanges qui me manquent et que Skype ou Zoom ne satisfont pas. Il y a des rencontres, des retrouvailles que j’aimerais provoquer.

Et si chacun faisait cet exercice simple qui consiste à comprendre ce qui lui est important et ce qui est secondaire ou négligeable ?

Un internaute, Julien Lecaille, a imaginé un petit mémorandum qui pourrait nous y aider.

https://www.facebook.com/julien.lecaille/posts/10158154716643373

Le but n’est pas qu’il en ressorte dès aujourd’hui des leçons définitives à tirer, des actes à mettre en œuvre sans tarder. Mais que nous soyons en éveil pour « l’après », que nous ne lâchions pas la responsabilité qui est la nôtre quant à ce qui va être élaboré. Le but est de veiller très concrètement à ce que le nécessaire temps des échanges et des réflexions ne passe pas à la trappe au motif d’un état soudain d’urgence. Alors que pendant des semaines tout aura été arrêté.  

Le prochaine fois: "Le pas de côté " ou comment le contexte aura changé, qu'on le veuille ou non. 

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