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Au contraire, le discours se substituant à une approche sérieuse des territoires et de leurs ressources, les investissements allaient vers ce qui était censé « faire changer de catégorie». La communication peut être un moyen d’information et de partage. Mais pourquoi un tel appétit pour les slogans, qui semble remonter à loin ?
La « Cité radieuse » est-elle un des derniers témoignages intacts du temps où l’on vantait les grands ensembles devant « mettre la ville dans la nature » ? Chez moi, à la campagne, on appelait cela les « cabanes à lapins ». Restent des rues aux noms de fleurs, la rue des Eglantiers, la rue des Lilas…Plus les endroits sont secs, plus les noms sont enchanteurs ! Reste une ambiance qui fut longtemps celle de bâtiments implantés sur des sols nus, comme des sucres sur une table. Il aura fallu 40 ans pour l’améliorer en créant de toute pièce des lieux, des usages, des paysages. En réaction peut-être, un slogan fait actuellement flores, les « parcs habités ». Consistant simplement à planter des arbres entre les bâtiments, rien de bien exceptionnel. Pourtant, la formule est à la mode chez certains maîtres d’œuvre. Pudiquement, ils disent ainsi ne pas faire tout à fait de la ville (qui n’est pas toujours bien vue), surtout pas que des bâtiments mais pas non plus que de la nature (il faut bien que nous nous logions). Reste à espérer que des habitants complaisants arroseront ou bien qu’il pleuvera.
Un slogan m’a, en son temps, beaucoup amusé, « Vaulx en Velin, la ville des cardons », apparu à une époque où les quartiers étaient plutôt chauds. Il montrait de manière crue le décalage avec le réel. Heureusement, la politique menée alors a pris la réalité urbaine, sociale ou économique pour ce qu’elle était et un grand nombre d’actions ont été conduites avec intelligence et pugnacité sur l’éducation, la culture, l’urbain, le commerce, les déplacements...Il a fallu pour cela dépasser les simplifications, aborder la complexité, les contradictions et agir.
En général, la comparaison entre la réalité d’après et les slogans d’origine est souvent sévère pour ceux qui les ont commandés ou les ont inventés. A ce sujet, un « monument » reste le grand livre ouvert et translucide que devait former la Bibliothèque Nationale de France, la BNF. L’architecte, Dominique Perrault, n’avait-il pas vendu un bâtiment transparent, où la richesse de la culture apparaissait en surimpression avec le paysage de Paris. On peut broder à l’envie et parler d’évanescence ou de livres visibles de tous, donc accessibles, un édifice démocratique en quelque sorte. C’était juste oublier qu’il y a parfois du soleil. Or la conservation des livres implique qu’ils ne soient soumis ni au rayons lumineux ni à la chaleur. Les livres ont ceci d’agaçant qu’ils ne se plient pas aux désirs du créateur. Il fallut donc doubler les parois vitrées de cloisons en bois et le bâtiment est aujourd’hui des plus hermétiques. Dommage, fallait-il vraiment mettre des livres à l’intérieur ? Une suggestion : quand un concept est impossible à concrétiser, changer de concept plutôt que de vouloir tordre le réel. Défendre une certaine cohérence des propos n’est pas juste une coquetterie quand la parole est parfois discréditée, quand tenir des propos faux ne semble pas gêner tout le monde.
On pourrait poursuivre cet exercice comme un jeu, y trouvant parfois du plaisir, parfois de l’agacement.
Le « sol facile », concept développé à Lyon Partdieu, consiste à décider que les espaces publics doivent tous se rejoindre sans obstacles ou dispositifs de protection. La proposition est attirante. Mais elle n’est viable que si les automobilistes sont tout à coup conquis et respectent les espaces piétons. Ce n’est pas gagné. De plus, des centaines de véhicules de livraison, de police, de secours doivent accéder sans que les autres puissent pénétrer. Ajoutons que la période n’est guère apaisée et la tendance est à protéger les bâtiments publics des voitures béliers, les places publiques des camions fous, les tours des actes terroristes…Ne risque t’on pas de voir apparaître une forêt de potelets et de bornes sur le bien attirant mais bien improbable « sol facile » ?
A Paris, une équipe promoteurs-architectes propose de construire, en partie au dessus du périphérique, un édifice accueillant sur son toit 1000 arbres. Coup architectural bien sûr et, la mode étant à la nature, coup censé être écologique, quoique les conditions pour planter sur un toit ne soient peut-être pas si vertes que cela. Deux questions prosaïques. De l’autre côté du périph, n’y a t’il pas la possibilité de planter en pleine terre ? N’y a t’il pas non plus bien des sites de la Métropole qui auraient besoin d’un tel investissement ?
L’analyse, la prise en compte du contexte, de la complexité sont essentielles pour nourrir l’intelligence de ce que nous faisons. Elles nous obligent à trouver des solutions concrètes là, dans ces circonstances. A l’inverse, les paroles non tenues sont des coups de griffe dans la croyance en la politique, en l’action publique, dans la confiance en les autres. Alors le discours de com est-il si anodin ou n’est-ce qu’une « fake news » de plus?