L'ALIGNEMENT DES PLANETES VII. Les plans de relance, opportunité ou danger?

Il est illusoire et dangereux de tenter de revenir à la situation d’avant, à l’économie d’avant. Au contraire, sans ignorer la dimension dramatique de la situation, il y a une opportunité pour tirer profit de circonstances exceptionnelles pour réaliser, dans les faits et avec l’appui de plans stratégiques, la transition écologique pour un autre modèle de développement.

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Déjà des plans sont annoncés de tous côtés. On pourrait saluer la capacité de réponse des diverses institutions nationales ou internationales. Ou prendre peur. Propos qui mérite quelques explications.

Le confinement ne sera pas éternel. La possibilité de plans de relance est déjà l argement évoquée, notamment par les institutions régionales. L’Etat lui-même travaille à faire repartir l’économie. Ce moment est déterminant. Soit on repart « comme en 14 » sur les mêmes bases. Elles sont connues et, pour simplifier, font peu de cas de la planète, de la résilience, du soin à apporter aux gens et aux territoires, des ressources. Elles privilégient les vues à court terme, les performances financières et la consommation comme horizon sociétal. Soit l’on tire les leçons de ce que l’on aura vécu pour, en sortant de la situation, en atténuer les effets et s’engager vers un autre avenir. Clairement, il est illusoire et dangereux de tenter de revenir à la situation d’avant, à l’économie d’avant. Au contraire, sans ignorer la dimension dramatique de la situation, il y a une opportunité pour tirer profit de circonstances exceptionnelles et réaliser, dans les faits et avec l’appui de plans stratégiques, notamment la transition écologique pour un autre modèle de développement (voir « L’alignements des planètes 2, Confinement, transition écologique et élections municipales »).

L’économie actuelle n’est pas durable. Elle fait partie du problème plus que de la solution. On dira que les projets sont là, prêts à repartir, financés (du moins l’étaient-ils). Que le BTP par exemple donne la possibilité de réenclencher le mouvement tout de suite, qu’il offre des emplois pour des personnes sans formations complexes et qui, sinon, seront au chômage. Pourtant repartir tout de suite dans la même direction serait n’avoir rien compris ni appris de ce qui s’est passé. L’équation est certes compliquée. Il serait plus simple de recommencer à démolir, à bétonner, à utiliser les rivières comme des égouts, à aller chercher les produits manufacturés à bas prix en Chine, les tomates en Andalousie. Face aux enjeux de développement durable, il serait facile de se dire que la science et la technique résoudront tout. Ce serait ne pas voir la réalité et repartir bille en tête vers un développement sans avenir qui déjà met en danger nos existence même, comme le prouve la pandémie actuelle.

Il faut prendre le temps de la remise en question, de la discussion, de la reconfiguration. Le temps pour que de nouveaux objectifs soient décidés, que de nouvelles méthodes, de nouveaux rôles soient inventés. On ne part pas de rien puisque cela fait un moment que ces questions sont posées, avant même la pandémie. L’équation n’est pas simple ? La société a montré, dans la période que nous vivons, qu’elle était capable d’évolution comportemental rapide. Des initiatives spontanées ont fleuri partout, qu’il ne faudra pas oublier. Il est dès à présent possible de s’intéresser aux réponses à apporter face à l’augmentation attendue du chômage. Le collectif et les collectivités devront y jouer leur rôle. L’on doit se pencher sur ce dont nous ne voulons plus et dont il faut se séparer, sur ce qui est essentiel et qu’il faut promouvoir, accompagner. Une approche naïve de la vie sociale ? Non, une approche pragmatique, construite sur des décennies d’accompagnement de politiques publiques. De réelles marges de manœuvre, concrètes, opérantes existent. Je les évoquerai dans un texte à venir intitulé « Tentative d’analyse du changement ».

Dès à présent, tout plan de relance doit s’appuyer sur de telles réflexions. A ce titre, il ne devra pas seulement financer des travaux, des équipements nouveaux ou non, mais également des analyses, des études, la recherche de solutions, l’animation de débats, des innovations…Dans tous les cas, il ne doit pas notamment financer des projets qui, au lieu de faciliter la transition écologique, la rendraient encore plus aléatoire. En fait, il ne faut pas un mais des plans de relance. Ils devront être adaptés à chaque territoire et non parachutés, ratant alors souvent leur cible. Rappelons-nous du dernier en date qui s’est concentré sur les infrastructures. Certains parlent déjà de plans de résilience au lieu de plans de relance. Les questions posées ne seront pas seulement comment fournir du travail ou faire tourner les entreprises du BTP. Elles devront traiter de la manière de retrouver une autonomie d’approvisionnement à diverses échelles de territoires. Elles auront à imaginer un mode de développement urbain qui soit à la hauteur des obligations énergétiques, proposer des solutions pour nourrir chacun dans chaque territoire. Elles devront viser à réaliser tout de suite les investissements nécessaires à une évolution drastique des modes de déplacement, dont on sait le rôle dans la production de gaz à effet de serre.  Voilà quelques questions entre autres qu’il faut aborder dès à présent. Et parmi les actions à conduire, la société, les collectivités devront accompagner les transformations rendues nécessaires, notamment du fait de l’évolution de la nature des emplois. Des stratégies devront être imaginées afin de ne pas laisser des gens sur le carreau. Elles devront être efficaces et capables d’entraîner les acteurs, notamment les entreprises ou les associations. Il faudra intégrer le temps comme nous en reparlerons plus loin.

Tout cela décrit finalement la possibilité d’autres politiques, adaptées à d’autres modèles de développement local et national que ceux qui nous ont emmenés là où l’on est. Nous dirons quelques mots du niveau mondial en l’évoquant plus loin dans un chapitre intitulé « Défaire les fils emmêlés de la mondialisation ».   

Revenons au BTP. Fut un temps (il y a vingt ans, trente ans ?), il travaillait essentiellement sur le logement, les voiries et les infrastructures. Depuis il a su orienter également ses interventions sur les transports publics, la récupération des berges des rivières traversant les villes, les espaces urbains, les parcs et bien d’autres sujets aujourd’hui plébiscités. Sa capacité d’adaptation est grande. Il saura trouver les débouchés vertueux dont il a besoin pour peu que les collectivités et le public s’y investissent. Il pourra alors devenir un des leviers de la réussite au lieu d’être comme souvent une partie du problème. Les plans (provisoirement encore appelés « de relance ») doivent participer à ce changement. Plus les collectivités réfléchiront à leur futur « désiré », plus les initiatives comme celles des Régions seront enrichies et adaptées aux enjeux locaux et contemporains. Comme pour la sortie du coronavirus, il va falloir faire preuve de sens politique pour mobiliser les compétences et les acteurs, animer les réflexions et faciliter ou accompagner l’innovation. Il va falloir de l’empathie pour prendre en compte ceux qui seront en difficulté, de la détermination et du courage pour arbitrer, en tirer des priorités puis suivre un chemin vertueux. D’autres qualités encore seront mobilisées, à l’image de ce qui fut imaginé après la deuxième guerre mondiale ?

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