Périgueux en Mouvement, une mission d'assistance

Interview pour la revue de l'Association des Ingénieurs des Villes de France, l'AIVF. Où il est question de la mission d'assistance que je conduis auprès de collectivités dans l'expression de leur projet urbain et dans la mise en oeuvre des actions qui le concrétisent.

Périgueux en mouvement, 4 orientations Périgueux en mouvement, 4 orientations
1) Pouvez-vous nous présenter votre parcours et le rôle que vous jouez?

Je suis urbaniste-consultant et, depuis plusieurs décennies, accompagne des collectivités pour une période plus ou moins longue dans leur évolution urbaine : Lyon, Copenhague, Bordeaux, Montpellier, Saint-Etienne, Naples, Saint-Denis…J’ai ainsi pu acquérir une connaissance assez fine de ce qu’est le fonctionnement urbain des cités, comment on peut l’améliorer, ce qui est commun à toutes et comment aborder la spécificité de chacune. J’ai travaillé de manière proche avec les acteurs locaux, élus ou techniciens, les aidant à préciser leur vision de leur ville, les enjeux à prendre en compte, les objectifs qu’ils entendaient se donner. Cet accompagnement a donné lieu à l’expression de stratégies et de priorités, parfois concrétisées dans un projet urbain. Il s’est alors agi d’assister les maîtres d’ouvrage dans la coordination des actions à conduire sur les espaces publics, l’habitat, les transports ou par exemple le commerce au service de la transformation. J’ai ainsi pu me familiariser avec chacun de ces thèmes et acquérir de l’expérience sur des sujets comme les usages, la concertation, le métier de maîtrise d’ouvrage, la commande à des maîtres d’œuvre… 

De cette pratique, est née une certaine expérience que j’essaie de partager en écrivant des articles et faisant des conférences mais aussi en travaillant à l’évolution de leur territoire avec ceux qui en ont la responsabilité. C’est le cas à Périgueux.

 2) Votre cabinet a mené une étude urbaine pour le compte de la Ville de Périgueux dans le cadre du programme « Périgueux en mouvement ». Quels ont été les étapes et les enseignements de cette étude ? De quelle manière avez-vous collaboré avec les services municipaux ?

Déjà il ne s’agissait pas de mener une étude qui finirait dans un placard mais bien de mieux connaître le contexte de la ville, ses atouts et ses problèmes, puis d’imaginer une stratégie de passage à l’acte par des projets. On est dans la situation d’une ville moyenne très active sur le plan touristique mais qui peu à peu a vu son centre-ville péricliter pour diverses raisons liées au commerce ou à l’habitat par exemple. Et puis Périgueux est le cœur d’une agglomération qui a la campagne à sa porte. Les déplacements en voiture y sont donc omniprésents. Ce constat étant fait, la Maire, Antoine Audi avait lui-même déterminé des ambitions pour sa ville. Le projet urbain, « Périgueux en mouvement », devait permettre de les traduire en orientations pour l’avenir. Nous avons travaillé avec les services de la ville et déterminé à partir de cela des territoires de projet (le centre-ville, les quartiers, les rives de l’Ill), des lieux à améliorer (les boulevards, les places, les rues et espaces de proximité dans les quartiers prioritaires…). Des thèmes ont également été intégrés comme le village commercial Montaigne situé en centre-ville ou les grandes rues permettant l’accès au cœur de Périgueux. Pour permettre ces améliorations il était nécessaire de connaître le fonctionnement de la ville mais aussi de le faire évoluer. Ce fut fait en partenariat avec l’Agglomération qui a pris à sa charge les études de circulation et réorganisé le service de bus en cohérence avec les objectifs de « Périgueux en mouvement » c’est-à-dire des espaces publics plus agréables, plus confortables et sécures. Il faut imaginer que toutes ces initiatives devaient arriver au bon moment et dans de bonnes conditions. Un travail important de coordination a été conduit par les services techniques qui ont pris en compte les temporalités mais aussi les budgets existants. Ils ont été accompagnés par un travail essentiel de concertation et de communication. Aujourd’hui la plupart des projets sont achevés ou en cours, transformant de manière majeure une ville qui poursuivra à l’avenir son évolution.

 3) Vous continuez d’accompagner la Ville de Périgueux dans le cadre d’une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour la conduite des projets d’aménagements urbains. Quelles sont vos missions dans ce cadre ?

Il faut savoir qu’un projet urbain ou un planning sont nécessaires mais ne sont pas suffisants pour générer de la qualité de paysage ou d’usage, de la pérennité. Après avoir participé, avec les services et sous la responsabilité du Maire, à la réorganisation du fonctionnement de la cité, nous sommes passés dans la période de réalisation. Il existe à ce stade de nouveaux enjeux : « la place des piétons est-elle suffisante, peut-on planter plus d’arbres, le choix des matériaux, du mobilier est-il judicieux, les usages sont-ils bien intégrés dans leur diversité, quels sont ceux qu’il faut privilégier… ? » Je continue à accompagner la Ville sur ces projets particuliers, rappelant quand c’est nécessaire les principes et objectifs initiaux, conseillant quand c’est possible lorsque des choix sont à faire, apportant le regard d’un professionnel qui est intervenu sur près de 1500 sites à présent réalisés.

4) Quelles sont vos perspectives pour les années à venir ?

Il est vrai que je suis dans une période de ma vie professionnelle où je cherche plus à transmettre, à aider, à accompagner. Comme je l’ai dit je le fais grâce à des conférences ou des écrits mais le meilleur moyen pour moi est encore de travailler avec des collectivités sur des problématiques réelles, donnant lieu à des projets concrets. C’est dans ce sens que j’interviens pour les Métropoles de Bordeaux et de Montpellier, conseillant les techniciens dans leur tâche de pilotage d’opération, dans l’exercice de leur métier de maîtres d’ouvrage, les aidant à aborder les différentes échelles territoriales, de la ville au quartier et au lieu, à prendre en compte la complexité urbaine et donc à intégrer des disciplines et des acteurs qui ne sont pas dans le champ originel de leur métier et donc à travailler de manière horizontale, partenariale.

Pour autant, les enjeux d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Il est clair que la diminution des budgets est une réalité à prendre en compte et que j’ai eu à développer depuis plus d’une décennie dans mes missions. Il est évident que le climat et l’environnement sont des thèmes non pas génériques mais qui doivent atterrir dans chaque projet, chaque réalisation. En ce sens toute plantation d’arbre est une promesse pour l’avenir. On ne pourra plus non plus aménager sans solliciter les publics et c’est heureux car, pour peu que l’on sache arbitrer entre les contradictions, il y a là un levier pour rendre plus pertinentes les réalisations et que les publics s’impliquent dans le mouvement de leurs cités.  

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