L'ALIGNEMENT DES PLANETES VIII.Les collectivités locales, un levier du changement

Le quidam qui, comme moi, a envie de résultats à sa portée, voit mal comment il peut s’impliquer et escompter des effets dans un temps assez court. Il est pourtant une échelle à sa portée, dont les actes se feront sentir dans les cinq ans à venir. Il s’agit de l’échelle locale et de certains de ses leviers, les collectivités. Sous la réserve que celles-ci revoient leur copie...

unadjustednonraw-thumb-3467
Face à la crise, on pourra réfléchir à une sixième république, à organiser la démocratie comme ceci, à régionaliser cela. Toutes ces réflexions seront bienvenues. Mais le quidam qui, comme moi, a envie de résultats à sa portée, voit mal comment il peut s’y impliquer et escompter des effets dans un temps compatible avec la transition écologique. Un tel bouleversement n’est pas pour aujourd’hui, ses effets ne sont pas pour demain. Il est pourtant une échelle à notre portée dont les actes se feraient sentir dans les cinq ans à venir. Il s’agit de l’échelle locale et de certains de ses leviers, les collectivités. Cela tombe bien, les élections municipales vont finir par atterrir, en septembre ? D’ici la fin de l’année en tout cas. Trop tard pour le gros de la pandémie (mais les maires sont déjà sur le front), assez tôt pour orienter autrement leurs politiques en fonction de ce qui aura été vécu.

La crise passée les collectivités locales vont devoir reconsidérer leur copie, l’énoncé du problème n’étant plus le même. Pour l’heure, l’Etat et ses représentants sont partout. Un ministre ici, le premier d’entre eux là, les Préfets, le Président lui-même qui se rend à Marseille. La voiture France a du monde sous le capot ! Sont-ils pour autant encensés ? Non, la Maison France ne mange pas de ce pain-là. Critiqués ? Ca on sait faire. Et dans une situation que personne n’a jamais vécue, ce ne sont pas les occasions qui manquent.  

Le rôle de l’Etat est réhabilité. A juste titre car bien des questions posées en dépendent. Du moins dans un pays dont la philosophie fondatrice est de prendre soin de ses citoyens. Le fait-il toujours bien ? Ca y est, c’est reparti pour une critique !

L’Etat retrouve de la légitimité. Est-ce à dire que les autres échelles sont et seront à l’avenir sans véritable rôle ? Attention danger. Ne remettons pas en cause la décentralisation avec ce qu’elle a apporté. Heureusement, les collectivités sont là et bien là en les moments difficiles que nous vivons. Qui assure la propreté et l’enlèvement des déchets ? Qui vérifie qu’il n’y a pas de populations laissées sur le carreau et accompagne les initiatives locales ? Qui connaît les administrés, les acteurs locaux, est présent pour rassurer, prendre des décisions de bon sens concernant un marché, une mesure de confinement ? Qui « devrait » en tout cas car toutes les collectivités ne sont pas à la même enseigne. Les communes n’ont pas attendu une allocution télévisée du Président pour savoir ce qu’il convenait de faire localement et pour se mobiliser.

Déjà, en « temps de paix », le rôle des collectivités locales est important. Il devient essentiel en période de crise. En temps normal, elles ont notamment en charge l’évolution urbaine. Pour chacune, les enjeux sont alors différents : ici il y a un problème d’emploi suite à la fermeture d’une usine, là des quartiers entiers inhabités…On ne vit pas de la même manière à Lille ou à Marseille. Elles conduisent donc, et parfois sans le savoir, un projet de développement local. En ces temps troublés, cet échelon va être encore plus sollicité, cela à court terme. En effet, le contexte ayant évolué, il va falloir sortir de la situation actuelle, prendre en compte les leçons de ce que l’on aura vécu et engager l’élaboration d’un nouveau projet. La transition écologique impliquait déjà des exigences, même si l’on est loin de résultats à la hauteur. Il fallait revoir l’utilisation des terres, la consommation énergétique, l’émission de carbone… La pandémie a montré l’importance de l’approvisionnement en nourriture, des services essentiels, de la logistique, de l’accompagnement des soignants, des enfants. Elle a remis en cause le mode de mobilité…De cette nouvelle donne, un nouveau projet va devoir émerger, un futur désiré prenant aussi en compte que les administrés vont avoir des aspirations, affirmer des exigences. En témoignent les sondages actuels qui montrent que la majorité des citoyens entendent que l’on agisse après avoir tiré les leçons de ce qui se sera passé. Devront y participer les acteurs qui auront pris des initiatives et trouvé des solutions en cette période douloureuse. Pourquoi parler d’un futur désiré ? Parce qu’il ne peut être question de prendre une attitude résignée face aux évènement présents et futurs. L’opportunité existe de dessiner l’avenir que nous souhaitons et il y a, à cette échelle locale qui ne nous dépasse pas et nous est accessible, familière, un enjeu politique considérable.

Il y a du pain sur la planche ! D’autant que ce futur devra intégrer que les crises ne sont pas derrière nous, qu’il faut se préparer à en subir d’autres. Les collectivités seront-elles à la hauteur ? Les petites communes ont peu de moyens humains face à la complexité des problèmes, peu d’ingénierie pour conduire de telles réflexions et passer à l’acte ensuite. La résolution de ce constat est primordiale si l’on veut utiliser la crise comme une opportunité et non subir par trop ce qui va en découler. Mais face à une attitude qui serait de moquer les collectivités et leur soi-disant impuissance, il en est une qui est de les renforcer là où cela s’avère nécessaire et au moment opportun. Dès le début des mandats électoraux, le danger existe que les villes repartent bille en tête et financent en priorité des investissements. A ce moment-là pourtant, les premières difficultés sociales seront apparues. Il faudra donc accompagner ceux qui seront en difficulté. Ensuite de la matière grise sera nécessaire pour analyser la situation, assister les collectivités dans la mise en place de stratégies opérantes et faisables. Ce n’est qu’à ces conditions que des actions urbaines vertueuses pourront être réalisées, concernant par exemple l’habitat ou les déplacements. Mais le domaine de l’urbain lui-même va être amené à s’ouvrir, à ne plus être un des silos de la politique locale. Une discussion horizontale devra avoir lieu avec ce qui va apparaître localement comme primordial : l’éducation, la culture, l’approvisionnement, la nourriture…Les bons choix politiques aux bons moments et sur les bons supports. Nous y reviendrons dans le texte intitulé

« Choisir des priorités limitées, s’y concentrer, éviter de se disperser »

L’Etat ? Il lui est impossible d’intervenir localement de manière adaptée. Accompagner, donner de grandes lignes certes mais passer à l’opérationnel, plutôt pas. Ses services font même partie du problème, induisant souvent des lourdeurs quand il faudrait accélérer les solutions. Les fameux plans de relance devraient être un des leviers. Mais les initiatives comme celles des Régions ne peuvent être pertinentes si elles sont hors sol. Elles doivent être enrichies et adaptées aux enjeux contemporains comme le climat et aux contextes locaux, au risque sinon de passer à côté du but. La tâche en incombe là-encore en partie aux collectivités qui doivent participer à leur élaboration et à leur adaptation à la réalité.

Nous ne semblons pas être dans un accident de l’histoire mais dans une situation qui va durer, peut-être se reproduire. La responsabilité publique est de préparer l’avenir, dans un monde global et local qui ne sera plus le même. Il va falloir rebattre les cartes, retrouver les fondamentaux, imaginer des stratégies, mobiliser des énergies, des compétences et des acteurs, animer des réflexions, faciliter des innovations. A ces conditions, les collectivités locales seront une bonne échelle pour accompagner le changement, un des leviers pour réussir.

L’heure n’est pas à l’acceptation résignée. La vague sanitaire passée, il va être nécessaire de s’engager, individuellement et collectivement. Imaginer et défendre « un monde meilleur » et non le retour improbable au monde d’avant dont on sait qu’il nous mène dans le mur. Localement, les collectivités en ont en partie le pouvoir. Elles doivent s’en donner la capacité, d’autant que la gestion de la crise a semé le doute sur la délégation du bien commun à des entités lointaines. S’agit-il du retour du réel et du pragmatisme ? Le premier tour des élections municipales a eu lieu en France. Dans la douleur en effet mais il a changé en partie les équipes. Beaucoup d’élus seront nouveaux. S’ils se sont présentés en cette période difficile, on peut supposer que c’est bien parce qu’ils avaient envie. Le moment est venu de ne pas reproduire au niveau local certains excès, certaines faiblesses, de reconnecter la politique communale avec les enjeux locaux revisités. Le choix de priorités renouvelées sera déterminant. L’engagement plus large du public est possible parce qu’il touche à la vie quotidienne, à des questions qui touchent tout le monde. L’attention à ce que chaque territoire réponde à des sujets qui le dépassent comme l’écologie est envisageable : le local mais aussi en prenant en compte les enjeux liés à la terre.

L’occasion est là de faire émerger, dans notre territoire de vie, le destin que nous avons envie d’écrire pour nous-mêmes. De dessiner aussi collectivement la société que nous souhaitons fabriquer, en connexion avec le monde.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.