Le maire, l'artiste et le projet culturel

 

Le métier de médiateur culturel

 

Il est peu d’édile municipal qui ne souhaite sincèrement apporter sa pierre à l’édifice de notre longue tradition culturelle. Il entend ainsi marquer son passage dans la cité où il exerce son mandat ou plus simplement faire une sorte de don symbolique aux administrés dont il est redevable. Dans notre pays, la culture est considérée comme une valeur qui devient presqu’un mythe tant lui est associée la notion de postérité.Doit-on s’en plaindre ? Certainement pas car elle est la pensée, le partage, l’attention, l’invention…L’urbanisme en est par essence un des supports car il mobilise un imaginaire, un savoir, il est représentatif d’un moment. Mais la dimension culturelle peut naître également de l’apport de ceux, artistes, designers, gens du théâtre de rue, écrivains qui, explorant le sens des lieux, des évènements, de la société, sont des témoins de leur ville et de leur temps. Et bien qu’ils ne soient ni architectes, ni paysagistes, ni urbanistes -les créateurs traditionnels intervenants sur l’urbain-, l’on voit ou l’on pressent ce qu’ils peuvent apporter.Alors souvent les acteurs du développement (élus, maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, habitants parfois) souhaitent les associer. Mais si la connaissance de l’urbain a grandi (comment construire un quartier, un bâtiment, rénover un espace public, organiser des transports), l’on ne sait pas encore vraiment comment intégrer ces sensibilités nouvelles. Car les langages ne sont pas les mêmes : les exigences et spécificités de la création d’un côté, les contingences (plannings, budgets, objectifs, concertation…) du responsable de projet de l’autre, et entre les deux la nécessaire articulation des interventions artistiques avec les mécanismes complexes des projets urbainsLe résultat peut s’en révéler très en deçà des espérances ! Un mur peint assez moche ici, dont on ne voit pas bien en quoi l’histoire de l’art l’a éclairé (sans même avoir l’ambition à chaque fois de « faire chef d’œuvre »), un rond-point là qui renforce le sentiment de son inutilité coûteuse du fait d’une sculpture fatiguée, un évènement culturel vite oublié quand il était censé participer à « l’image d’une commune »... La liste serait longue, l’insatisfaction étant aussi grande que les aspirations initiales étaient sincères et élevées. Pour remédier à ce constat s’est constitué un métier souvent de statut privé : le médiateur culturel. Il joue en fait le rôle de traducteur, de facilitateur entre les acteurs, mais il peut également assurer une véritable ingénierie culturelle c'est-à-dire participer, auprès du maître d’ouvrage, à la conduite du projet artistique. Qu’est-ce que fait le médiateur culturel ? Sans que cela ne soit exhaustif, il aide à répondre aux questions suivantes: quoi, où, par qui, à quel moment, pour combien, quand.... ? En effet, il aide le maître d’ouvrage à exprimer ses attentes, son ambition, le sens espéré. Il les traduit ensuite en programme destiné à des créateurs et précise la commande. Il coordonne ensuite le processus de choix du concepteur, en s’appuyant sur ses propres connaissances artistiques et celles des acteurs culturels locaux (à ce sujet, le Code des Marchés publics conduit souvent à choisir un artiste ou du mobilier scolaire avec la même Commission, ce qui pose question). Le médiateur culturel participe alors à la rédaction des contrats. Ensuite il assure le lien entre projet urbain et commande artistique tout au long de leur étude et de leur mise en œuvre, facilitant la relation entre les acteurs, mettant en cohérence les différentes temporalités, coordonnant les travaux de réalisation. Enfin il vérifie la qualité de la production. Mais il peut également jouer un rôle de médiation en direction du public, tout le long du processus et après. Ainsi il formulera de manière simple ce qui est en jeu, expliquera l’œuvre, la replacera dans l’histoire à la fois du lieu et du créateur qui l’a conçue, participera à des actions pédagogiques, à des débats. Si le maître d’ouvrage désire développer plus largement la sensibilité artistique, il pourra l’accompagner sur un temps plus long. Le médiateur culturel est une condition souvent nécessaire d’une bonne commande publique. Mais le commanditaire ne doit pas pour autant se défausser de son exigence, de ses aspirations, du sens qu’il attend. Ils seront une source d’inspiration en particulier pour le créateur qui a besoin d’un contexte, de demandes sur lesquels s’appuyer pour donner du corps à son propos. La commande a une dimension sociale, elle s’adresse à un public et porte un message que le maître d’ouvrage a la responsabilité d’exprimer. Mais en même temps il doit donner les conditions pour que le créateur puisse vraiment travailler et c’est en cela que le médiateur culturel est précieux.Pour autant tout n’est pas gagné car la qualité nécessite implication, exigence, rigueur et ouverture. Mais le jeu en vaut la chandelle car c’est bien souvent de la vitalité et de l’ouverture même d’une société urbaine dont il peut s’agirTexte « Le métier de médiateur culturel » paru dans un tiré à part de la revue Urbanisme 2008.http://jpcharbonneau-urbaniste.com

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