Le capital de la culture

La culture est un des leviers de l’urbanité : explication en forme d’exemple.  Mardi, Marseille était choisie pour être Capitale européenne de la Culture.
La culture est un des leviers de l’urbanité : explication en forme d’exemple.

 

Mardi, Marseille était choisie pour être Capitale européenne de la Culture. Dimanche, le Défilé de la Biennale de la Danse à Lyon rassemblait plus de 4000 artistes et participants. Aujourd’hui, on se rappelle l’ambiance qui a régné durant toute l’année 2004 à Lille ; Royal de Luxe à Nantes et son géant débonnaire et si humain ; Aurillac, une ville de théâtre et de mouvement pendant une semaine chaque année… Déjà en 1989, à l’occasion des célébrations du bicentenaire de la Révolution, un magnifique cortège de plusieurs milliers de personnes descendait les Champs Elysées, dirigé par la géniale baguette de Jean-Paul Goude.

 

 

 

Les villes permettent qu’existe une culture qui, malgré les prédicateurs annonçant le primat de l’individualisme, est le fruit d’une construction collective. Collective et pas collectiviste car de telles créations sont plus le signe de la quête de liberté que de l’asservissement à un dogme. La société aurait perdu toute recherche de sens ? Alors comment expliquer la profondeur, la qualité et la sincérité du travail dont de tels rassemblements témoignent ? On est loin de la fête à Neu-Neu, des artistes talentueux mettant leur énergie et leur savoir au service de projets professionnels, poétiques, justes ! Où est l’égoïsme souvent brocardé quand des milliers de personnes donnent une partie de leur temps pour faire évènement…

 

Ces représentations culturelles sont une des expressions les plus raffinées de la richesse de nos sociétés urbaines. Revenons au Défilé de la Biennale de la Danse de Lyon pour s’en convaincre. Depuis plusieurs mois, des personnes de tous âges (15 à 75 ans ?) et de toutes origines, issues de milieux très différents et pour une part d’entre elles habitant dans les quartiers périphériques, ont travaillé ensemble. Dirigées par des professionnels, artistes et danseurs, elles ont préparé le spectacle qui s’est produit dimanche rue de la République, artère centrale symbolique de Lyon. Ce fut comme chaque année un grand moment de la vitalité et de la qualité de la vie démocratique de toute la métropole lyonnaise, laquelle n’a jamais, il faut le rappeler, abandonné ses banlieues. Spectateur, l’on pourra dire « cette année il y avait plus de qualité mais peut-être moins d’ambiance ! » ou « j’ai préféré la prestation de Bron à celle de Rilleux » ou… Mais ce fut en tout cas une belle fête qui a parlé de vie ensemble, de création, d’exigence, de solidarité et de dignité.

 

Ne s’agit-il pas de valeurs à développer dans la société de nos villes ? Sans aucun doute, 2013 sera un grand moment pour Marseille et pour nous, quand on sait déjà à quel point cette ville excelle en ce domaine. Restera pour elle à en tirer profit sur d’autres thèmes qui font l’urbanité et dans lesquels elle a des marges de progrès certaines : s’appuyer sur les capitaux de la culture pour améliorer sa capacité à gérer son présent et son avenir urbain.

 

 

Paris le 17 septembre 2008

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