C'est moins cher et c'est pas triste

On dépense beaucoup d’argent dans l’aménagement, trop même. Alors j’ai exploré des solutions moins chères, plus simples, souvent plus rapides et qui collent mieux aux attentes.

On dépense beaucoup d’argent dans l’aménagement, trop même. Alors j’ai exploré des solutions moins chères, plus simples, souvent plus rapides et qui collent mieux aux attentes.

Prenons un espace public. Qu’est ce que l’on attend de son amélioration ?

Il doit fonctionner et on n’a pas pour cela besoin de multiplier les lignes de bordures en granit. Il suffit d’organiser les usages de manière claire et efficace.

Il faut pouvoir s’asseoir. Or il n’est pas nécessaire chaque fois de créer un banc singulier et qui fait date. La récupération d’assises existantes ou le détournement d’objets peuvent faire l’affaire. Et c’est drôle en plus.

On aime à ce qu’il y ait des arbres. Cela tombe bien, ils sont peu coûteux et d’un entretien simple. S’il y a des réseaux enterrés, on les plante là où il y a de la place, sans s’obliger à un alignement parfait.

De l’eau ? C’est plus compliqué car les mécanismes sont sophistiqués et l’entretien difficile. A voir donc.

L’espace doit pouvoir être utilisé par des personnes aux envies et pratiques multiples. Ne le spécialisons donc pas trop par tranches d’âge ou usages spécifiques et faisons simple, ouvert, évolutif, donc économique.

On pourrait continuer cette liste d’attentes…Mais qu’est-ce que l’on obtient en général.

Il nous est « offert » (avec de l’argent public quand même) un espace à l’organisation complexe, où chaque usage est protégé et souligné par une ligne de bordure en pierre et coûteuse, où les sols, riches et sophistiqués, sont rendus horizontaux grâce à des murs et des constructions, où un mobilier cossu est créé pour l’occasion. De plus l’on refait tout, du sol au plafond : les réseaux enterrés de gaz, d’eau, l’assainissement, l’éclairage, la signalisation lumineuse, les chaussées…A ce rythme, le moindre petit aménagement devient complexe et cher.

Partant de ce constat j’ai, depuis plusieurs années, engagé des méthodes de transformation visant à simplifier les projets et à être plus économique. Quelques exemples.

Au lieu de tout casser puis de tout refaire, l’on prête attention à ce qui existe déjà et peut être conservé : un trottoir, une chaussée, des arbres, des feux de signalisation, des poteaux d’éclairage. On les conserve alors et conçoit les projets pour qu’ils les intègrent. Ici on conservera un trottoir et les avaloirs d’eau et élargira seulement l’autre trottoir. Là on créera directement du stationnement sur la chaussée en signalant son emplacement par de la peinture. Devant une école, on reprendra de l’espace sur la voirie au profit des piétons et le protègera par des barrières récupérées, colorées et gaies, chargées pour un temps d’assurer confort et sécurité. Les solutions sont aussi multiples que les situations mais chaque fois l’on est amené à réfléchir à ce qui préexiste, à analyser ce qui doit être en priorité assuré, à imaginer des solutions adaptées, démarche aussi  féconde (quand il s’agit de détourner des objets par exemple) que contraire à l’application de normes et de recettes.

Elle n’est pas chère et conduit à des économies en moyenne de 30% si ce n’est plus. Un exemple : on devait, pour réaliser un parc en pente, combler un terrain qui avait été mis à niveau il y a une vingtaine d’années. Le réaliser sur le sol existant a permis d’économiser 150000€ et de conserver des arbres qui auraient du être coupés. Il est même des situations dans lesquelles une telle réflexion conduit à ne rien faire ou à gérer autrement. De plus et même si il faut savoir parfois mettre le prix, cette approche peut être appliquée à tout projet de quartier nouveau, à la conception des lignes de transport, aux équipements et à bien d’autres choses encore…Il y a donc un sacré gisement d’économies possibles si l’on tient compte des budgets considérables d’investissement encore prévus.

Cette démarche n’est pas non plus triste car elle sollicite l’intelligence, l’inventivité, la « Matière grise » pour reprendre le titre d’une excellente exposition montée au Pavillon de l’Arsenal à Paris et qui donne à voir de tels exemples à travers le monde [1]. On y voit par exemple des créateurs concevoir, à partir de matériaux de récupération, des mobiliers, des architectures pleines de ressources et qui donnent vraiment envie. C’est gai, astucieux, positif, respectueux du milieu…et pas triste du tout!

On pourrait alors la résumer comme ceci: « des gens et de l’invention plutôt que du granit et de la sophistication ».

Texte à paraître dans le numéro 9 de Tous Urbains

 


[1] Exposition « Matière grise » (Matériaux/Réemploi/Architecture), au Pavillon de l’Arsenal, 21 Bd Morland, Paris 4ème, du 26/9/2014 au 04/01/2015. Catalogue : « Matière grise » par Encore Heureux, Ed. Pavillon de l’Arsenal. 

 

 

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