Le meilleur mobilier urbain serait-il d’abord celui qui ne se verrait pas ? On peut se poser la question quand on voit l’encombrement des espaces publics, des trottoirs de nos villes. Or ce sont des lieux essentiels de la vie urbaine dont les qualités premières sont d’être libres, confortables, sécures et beaux, alors qu’ils sont souvent encombrés, le fruit de l’accumulation, du laisser-faire, de la négligence. Chacun peut y apposer ce qu’il veut, où il veut. L’implantation du mobilier urbain est en cela un signe de la gestion ou non de ce bien commun, de cette valeur de la ville : l’espace. Mais on répondra qu’il joue aussi d’autres rôles que celui du confort des piétons, qu’urbanité veut également dire accessibilité, fonctionnement des commerces, des transports …Bien sûr, mais la somme de toutes les fonctions ne peut rentrer dans un espace qui a lui-même des dimensions finies. Alors cela se fait au détriment de l’usage le moins porté par des lobbies, c’est-à-dire la marche. Et l’on tente de faire rentrer chaque fonction dans son propre tuyau : les voitures ici, les trams là, les vélos encore ailleurs et enfin, dans ce qui reste, le piéton. Et pour séparer tout cela, dans la mesure où l’on n’accepte pas la cohabitation, la politesse entre les usages, l’on appose une forêt de mobiliers urbains, de bornes, de bordures, de panneaux, de poteaux !

 

Le meilleur mobilier urbain serait-il celui qui n’existerait pas ?

Car alors on aurait fait un projet, un aménagement dans lequel de manière fine on aurait assuré un équilibre entre les usages, on aurait garanti la cohérence, la qualité du site. La mise en place de mobilier ne peut se substituer à une démarche attentive, plus difficile mais qui est une des conditions du confort. Et au contraire du laisser-faire et de la non responsabilité, elle mobilise la manière dont une ville est gérée, les engagements qui y sont pris : qui est propriétaire de quoi, qui nettoie, entretient, quel projet urbain, quel partenariat, quel dessein commun…Ce qui est une des traductions de la politique.

 

Le meilleur mobilier urbain serait-il bien dessiné ?

Malgré tout il faut pouvoir s’assoir et donc il faut des bancs. Mais attention à l’endroit où ils sont implantés ! Il faut garer son vélo. Faisons-le plutôt sur l’espace de la chaussée que dans les lieux piétons. L’on doit éclairer un site. Cherchons d’abord à mettre les luminaires en console sur les façades…Et les mobiliers doivent bien sûr être beaux, représentatifs de l’esthétique de leur époque et enrichis des technologies de leur temps. La même exigence doit prévaloir que celle qui régit l’architecture, le design ou l’art. Mais comme pour eux l’on doit être attentif à la fonctionnalité (le rôle premier d’un mobilier), la pérennité et la facilité de gestion. Car l’espace urbain est rude, difficile, au contraire de l’espace privé. Et il n‘est de pire effet que celui d’un mobilier fatigué ou cassé ou hors d’état, dont l’image même accentue l’impression des difficultés de la société urbaine au lieu de l’apaiser.

 

Le meilleur mobilier serait-il être éternel ?

Peut-être pas car une ville doit offrir un espace confortable, libre mais elle ne doit pas non plus se muséifier. Une cité bouge, se développe, la vie urbaine évolue, de nouveaux usages s’inscrivent. En cela un certain nombre de mobiliers peuvent être pertinents qui accompagnent ce mouvement et, assumant un caractère temporaire, peuvent plus aisément être vifs, colorés, inventifs, généreux, expérimentaux. Ils n’ont alors pas forcément à être invisibles ou inexistants ou impeccablement conçus mais peuvent témoigner du dynamisme de la cité et de ses acteurs.Les projets lauréats du concours Recyclart appartiennent à toutes ces « familles » et sont représentatifs des diverses questions posées par le thème choisi. Cela ne veut pas dire que le jury a été incapable de décider mais plutôt qu’il est convaincu de la nécessité d’être attentif à chaque situation, à chaque contexte. On est loin d’une approche simpliste qui verrait dans le mobilier urbain un simple objet dont l’esthétique résoudrait à lui seul la complexité des phénomènes urbains.Texte à paraître dans la brochure Parckdesign 2008, Bruxelles

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