Voyage à Lima et Aréquipa (Pérou). Réflexions.

En mai 2008, à l’initiative de l’ambassade de France, j’ai fait un voyage au Pérou pour....

- faire des conférences sur les stratégies de développement culturel et urbain de grandes villes, à l’Alliance française d’Arequipa et à l’Institut National de la Culture de Lima, en présence de la Ministre de la Culture et des responsables des Affaires culturelles des différentes régions,

- traiter du thème du développement urbain dans les métropoles à l’Université catholique de Lima, - commencer à préparer la tenue d’un Atelier Sirchal à Arequipa en 2009. Quelques réflexions à l’issue de ce voyage Contrairement à ce qui est couramment admis, l’urbanisme n’a pas seulement à traiter de thèmes tels que la construction de nouveaux quartiers, le marcketing territorial, l’organisation de transports ou par exemple l’aménagement d’espaces publics.Les exemples qui suivent visent à illustrer ce propos. Ce monde est le leur, il est aussi le nôtre.La ville d’Aréquipa (1,2 millions d’habitants dans l’agglomération) est située en plein milieu du désert, à 2500 m d’altitude. Elle est alimentée en eau grâce aux volcans qui l’entourent et dont les sommets, à 6500 mètres, sont couverts de neiges éternelles. Or celles-ci fondent très rapidement du fait du réchauffement climatique, menaçant d’assécher à moyen terme la rivière. Que va devenir cette ville sans eau et loin de la mer ? Qu’est-ce qui est fait pour anticiper une situation que l’on sait inexorable ? Cet exemple de conséquence locale d’un phénomène global et la sorte d’autisme qui en résulte n’est pas spécifique au Pérou. Combien de tels exemples pourraient être pris en Europe, en France : 13000 morts du fait de la canicule en 2003, les voitures limitées certains jours dans Paris ou Lyon du fait de la pollution, mais les enfants et les personnes âgées contraints de rester à la maison. Où est la raison ? Ce problème est le leur. Il est aussi le nôtre.Au Pérou comme dans beaucoup d’autres endroits, les paysans quittent souvent la campagne pour rejoindre la périphérie de grandes villes telles qu’Arequipa ou Lima. Ils installent alors des habitations de fortune dans des sites sans eau, ni électricité, ni assainissement, ni école…, puis se battent pour que les collectivités apportent des services à ce qui devient leur lieu de vie. Nous avons, dans les années soixante, construit à très grande vitesse des quartiers de grands ensembles. Quarante ans après, nous continuons à tenter de les améliorer, avec des résultats très inégaux. Or l’ingénierie de conduite de projet que nous avons ainsi créée est de plus en plus sophistiquée, des sommes souvent colossales ont été mobilisées. On pense en général que les villes sont facteurs de développement humain. Mais elles peuvent aussi focaliser les difficultés. Ces périphéries informelles de grandes villes du Sud portent déjà en elles des problèmes urbains, humains, sociaux, sanitaires ou de sécurité importants. Comment ces cités pourront elles affronter dans l’avenir de telles difficultés, à une telle échelle, quand elles sont loin de présenter des capacités d’ingénierie ou financières du niveau de celles qui se sont construites en Europe ? Comment enclencher là-encore localement des mécanismes, des dynamiques vertueuses qui permettront un futur moins sombre pour ces cités et leurs habitants ? Petite leçon d’optimisme !Le Pérou est peu connu en France ou vu parfois de manière un peu folklorique. Or l’on peut y apprendre bien des choses. Ainsi le poids des universités, la qualité de leur enseignement, l’importance de leur implication dans la vie publique et dans la construction justement d’un savoir susceptible d’affronter les problèmes complexes. Elles forment d’excellents professionnels (devrait-on en douter ?) et les solutions passeront forcément par leur implication dans la transformation de leur pays. Il existe là cette conviction, que l’on peut saluer comme une leçon d’optimisme, que l’éducation est une des bases de l’avenir du pays, au-delà des débats politiques qui le traversent. N’y aurait-il pas pour nous quelque leçon à en tirer ? Petite leçon d’urbanité ?Il est courant en France de penser que la qualité d’une rue réside dans son architecture. Arequipa, ville historique datant de la conquête espagnole et dont le centre appartient au patrimoine mondial de l’humanité, pourrait conforter ce point de vue. A l’inverse, dans certains quartiers de Lima comme Miraflores, les rues sont bordées d’alignements parfois bizarres, de bâtiments bien peu réguliers, la règle ayant présidé à leur construction paraissant être fondée sur l’éclectisme. Or ces rues sont souvent très vivantes, colorées, agréables, urbaines. C’est que leur rez-de-chaussée lui-même est actif, avec des commerces, des artisans, des entrées d’immeubles accueillantes, des gens, de la vie en somme.Nos règles sophistiquées, appliquées avec soin dans les nouveaux quartiers, sont loin de produire ainsi ce qui est pourtant une des valeurs de la ville : son animation. Ne faut-il pas que nous les réinterrogions, que nous favorisions plus ce qui fait vie que ce qui fait ordre ? N’y-a-t’il pas des vertus dans le désordre, et jusqu’à quel point ? Plutôt que de fixer toujours des règles, valables quel que soit le lieu ou l’époque, ne faut-il pas les oublier et adapter à chaque situation la solution ?

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