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Billet de blog 27 janvier 2017

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Hommage à Henry Chabert

Monsieur Chabert, je vous ai vouvoyé pendant 20 ans. Henry, je t’ai tutoyé pendant 10 ans. Monsieur Chabert, nous nous sommes connus aux Minguettes, moi Chef de Projet et vous référent politique pour le Grand Lyon. Puis j’ai été votre conseiller technique durant près de 12 ans tandis que vous preniez le poste d’adjoint et vice président du Grand Lyon chargé de l’urbanisme.

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Illustration 1
Lyon quartiers BD

Nous en avons fait des choses grâce à vous.

Sous votre direction, nous avons amélioré les espaces publics de l’agglomération, mis Lyon en lumière, intégré l’art dans la ville, dans le métro, créé des jardins comme celui du Rosaire, des parcs comme celui de Gerland. La Cité Internationale, Champ du Pont, la rénovation de la Presqu’île, la réparation des grands ensembles, tout cela a été fait sous votre responsabilité, en prêtant la même attention à Lyon ou à Vaulx en Velin, en y ayant la même qualité de relation.

Du fait de ces changements Lyon est, à l’image de Barcelone, devenue  en quelques années un exemple en France, en Europe et dans le monde. Alors, en même temps que les habitants du Grand Lyon réinvestissaient leur territoire, des centaines de délégations de professionnels venaient nous visiter.

Avec ces initiatives que vous avez portées, les urbanistes et bien d’autres professions qui touchent à la cité vous doivent d’avoir porté plus loin l’approche et la compréhension des villes et des agglomérations, celle des quartiers et des espaces publics. Ils vous doivent la sensibilité aux gens et leur prise en compte dans les politiques urbaines. Ils vous doivent la conviction de la dimension sociale, culturelle et politique de l’urbain et la nécessité de la traduire dans les actes.

Ils vous doivent ce principe édicté par vous et appliqué dans les projets de prendre soin de tout lieu et de chacun, de travailler tous les sujets en même temps et ensemble, d’être attentifs à toutes les échelles, depuis la planification de ce que deviendrait Lyon jusqu’à la largeur du trottoir pour le piéton, l’emplacement d’un banc. Avec vous la réflexion prenait toute son importance et son corollaire : la nécessaire traduction concrète.  

Cher Henry, tu as continué ton chemin (l’INTA, l’ANRU et bien d’autres…) et moi le mien…

L’homme politique que j’ai connu…

Ce sont des convictions, un engagement, une intelligence, des choix courageux, et en effet des actes, essentiels pour que Lyon avance malgré intérêts divergents et contradictions.

On était loin de l’image parfois donnée de la politique, celle des étalages d’égos, des seuls rôles de représentations ou de la communication aussi omniprésente qu’affligeante : c’était une leçon de politique donnant une vision, un chemin et entraînant les autres jusqu’au bout, au service de la société et de la ville.

On était loin des concepts théoriques si éloignés du réel qu’ils n’ont aucune chance de se concrétiser, loin du clientélisme et du populisme.. Nous étions dans une application admirable des convictions, une manière de faire de la politique exigeante, respectueuse, intègre, humaine, engagée : en 15 ans, jamais je ne vous ai vu prendre un chemin dont nous pourrions avoir honte. Vous avez fait des choix qui honorent la responsabilité qui était la vôtre et nous honoraient tous qui vous accompagnons.

Le « Monsieur Chabert » que j’ai connu, l’homme…

C’était une grande capacité à trouver les bons chemins, à arbitrer au service de l’intérêt général. Aujourd’hui où l’on peut raconter n’importe quoi, des contrevérités avérées, trafiquer la réalité, l’histoire, vous êtiez au contraire toujours à l’affût du sens des choses. Vous donniez de la noblesse et de l’humanité à tout ce que vous touchiez toujours avec cœur. Durant tout ce temps je vous ai vu défendre les autres, notamment ceux qui sont dans le besoin.

Vous êtiez inlassable, courageux, de 6h à 21h et plus, épuisant parfois.

Vous aviez le courage d’affronter avec respect ceux qui n’étaient pas d’accord avec vous, vous l’avez eu aussi quand il a fallu affronter la justice en une période qui reste un énorme gâchis humain et politique.

Toujours vous aimiez à expérimenter et à aller plus loin : avec vous on a mobilisé des dessinateurs de BD, des écrivains, des sociologues, des artistes. Vous aviez une grande écoute envers les créateurs avec toujours la même exigence : pourquoi l’on fait cela, quel sens, pour qui ?

Vous êtiez curieux voulant tout voir, tout comprendre, tout ressentir.

L’homme que j’ai connu était intègre, honnête, fidèle, efficace, élégant, intelligent…

Les gens qui vous ont accompagné…

Pascale, Michel, Christine, Frédéric, Pierre, Sandrine, Florence et bien d’autres…tant de ceux qui sont là pourraient témoigner de leur douleur, de leur émotion et aussi raconter des tranches de leur vie proche d’Henry Chabert.
« Du temps de Chabert, dans la période Chabert, les années Chabert »… Sa famille, ses enfants et petits enfants, sachez qu’il fut un guide pour nous, un cadeau pour ceux qui avaient envie d’avancer, nous aidant à donner le meilleur de nous mêmes

Madame Michu…

Vous m’avez appris à connaître et comprendre mieux Lyon, à l’aimer, ville, disiez vous, qui n’est jamais meilleure que quand elle se préoccupe de l’humain.

Vous m’avez appris l’écoute, l’échange, le goût des équipes, le respect des autres, à ne pas avoir peur de défricher de nouveaux terrains si le but est que la société urbaine s’améliore. Et chaque fois à agir, à faire.

Vous m’avez appris la tolérance mais aussi à aller jusqu’au bout de mes convictions, à défendre mes valeurs, pas de manière théorique mais dans les choix puis les actes.

A Lyon et grâce à Henry, j’ai connu Mme Michu, lyonnaise d’origine et à qui il faisait souvent référence.

« Si Mme Michu marche sur des pavés avec ses talons et se tord les pieds, alors nous avons tout faux. Si Mme Michu se trouve bien dans ce que nous avons fait, si nous répondons à ses attentes, alors nous avons réussi. Si elle comprend ce que nous disons, c’est que nous sommes assez clairs ».

Si c’était bon pour Mme Michu, c’était bon pour tout le monde, manière imagée de « faire une ville pour l’homme », de mettre les gens, les usages au centre de toute action.

Aujourd’hui, quand je travaille à Montpellier, Bordeaux, Saint-Denis ou Copenhague, je fais du Chabert, me référant à Mme Michu,

Monsieur Chabert, vous régliez votre montre avec un quart d’heure d’avance, non pour être à l’heure mais pour que votre retard ne soit pas trop homérique. Pourtant, combien de fois avons nous du faire patienter vos visiteurs ! Pourquoi ? Parce que lorsque vous engagiez un échange, vous vouliez aller jusqu’au bout. Toujours cette curiosité, cet engagement, cette passion.

Je crois savoir Henry  que tu t’es amélioré avec le temps.

Pourtant là tu exagères. Tu as réglé ta montre beaucoup trop tôt, beaucoup trop d’années en avance. Partir si vite, si tôt est, excuse moi de le dire ainsi, une vraie faute de goût.

Tu nous laisses bouleversés. Seuls ? Non car les liens qui se sont tissés perdurent, car ce que tu as changé dans les pratiques, dans ta ville, dans le monde perdurent. Car ce que tu as déposé discrètement dans nos cœurs nous accompagne. Nous pouvons te retrouver en chacun de nous qui sommes à présent en partie faits de toi.

Seuls non mais dans l’obligation comme tu nous l’a appris, de maintenant trouver en nous les ressorts qui nous permettront de dépasser ta mort.

Au revoir Monsieur Chabert ! Salut Henry !

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