Confinement, transition écologique et élections municipales

L'ALIGNEMENT DES PLANETES Raconter ma vie actuelle de confiné n'a aucun intérêt. Ceux qui nous soignent sont bien plus méritants. J'ai décidé au contraire de réfléchir à l'après et aux raisons éventuelles d'être optimiste. Voici donc ma contribution de ce jour à la "re-construction" à venir.

th-1
Nous vivons une drôle de période, déconcertante pour tout le monde, douloureuse pour beaucoup, dramatique pour certains. A un moment, dans quelques semaines, tout sera terminé. Peu à peu, la tristesse s’estompera, la vie reprendra. Au « temps du coronavirus », on aura appris à vivre et à penser autrement. Des situations inimaginables seront nées de la nécessité sanitaire.

Les villes étaient polluées, bruyantes, elles sont silencieuses et l’air y est pur comme jamais. Même les insectes sont de retour. La vie grouillait, les citadins se serraient les uns contre les autres dans des transports en commun bondés. Se rapprocher à moins d’un mètre est formellement déconseillé. Les parents voyaient leurs enfants entre deux portes. Ils doivent cohabiter toute la journée avec eux dans l’espaces clos du logement familial. On n’avait le temps à rien, on courait partout. Le temps s’écoule sans autre contrainte que le rythme familial, les vidéoconférences et quelques obligations sans importance que parfois l’on s’invente. Le moteur de la vie collective était l’économie et les finances. Apparaissent de nouveaux personnages essentiels : le personnel soignant, les services publics comme les éboueurs ou les policiers, le boulanger, l’épicier, le livreur…

Hier, tout le monde ou presque s’accordait sur la nécessité de la transition écologique. Sans bien savoir quelles conséquences elle aurait sur nos vies et nos choix. Des bouchons interminables s’étiraient à l’approche des villes. Ils sont à présent terminés et l’on est pour l’heure à l’arrêt chez soi. L’activité humaine est en sommeil et, conséquence immédiate et tangible, la pollution n’a jamais été si faible depuis longtemps. Diminuer la consommation semblait impossible, prospérité économique et emploi obligent. Les magasins sont partout fermés, sauf ceux qui proposent l’essentiel : se nourrir, se soigner.

Et si, de ce changement imposé de mode de vie, de ce que l’on aura appris, l’on tirait des enseignements. Va-t-on recommencer à vivre à cent à l’heure, à considérer l’achat comme le but ultime de notre présence sur terre ? Va-t-on de nouveau accepter que l’air de nos villes soit irrespirable et induise plus de morts peut-être que le coronavirus ? Sera-t-il possible de continuer à mesurer l’intérêt d’une production à l’aulne des dividendes qu’elle apporte ? Et limiter les moyens des hôpitaux car pas assez créateurs de richesse sonnante et trébuchante ?  Quelle leçon pour tout le monde et pour certains que cette crise ! La transition écologique devra se traduire dans les actes, globalement et localement, en un temps qui est maintenant compté. Serons-nous capables de tirer des enseignements de ce que l’on aura vécu, d’en faire émerger des choix puis des actions au service de ce qui est à présent une obligation ? N’est-ce pas le moment des remises en cause ? Les faits imposés ne sont-ils pas l’occasion de construire, de créer un autre mode de relations sociales, de relation au monde et à la planète ?

Ici, en France, les élections municipales viennent de se passer d’une manière inédite. Elles finiront bien par trouver une issue, dans deux mois, dans six mois…De nouveaux élus vont engager un mandat, dans des conditions elles-aussi inédites. N’est-ce pas l’occasion d’ouvrir des perspectives nouvelles ? De réinterroger le but de nos sociétés locales, ce qu’elles recherchent, les priorités qu’elles se donnent, les actions qu’elles doivent privilégier, là où elles doivent mettre leur énergie, la manière dont elles font vivre la démocratie ? L’échelle globale fait peur car nous avons le sentiment de n’y pas pouvoir grand’chose. Au moins ne soyons pas effrayés par ce qui nous concerne directement, là où l’on vit, là où l’on intervient. Rappelons-nous la situation après les deux guerres mondiales. N’a t’il pas fallu recommencer à vivre, remettre en place des relations sociales mises à mal par les conflits, redémarrer l’économie alors que beaucoup de jeunes étaient morts ?

Les leçons du coronavirus, les obligations écologiques, la situation politique locale nouvelle. Et si, tout à coup, les planètes se trouvaient alignées pour qu’un changement positif advienne ? Il ne viendra pas tout seul ? Il est en tout cas nécessaire. Et dans le territoire dans lequel on est, dans notre responsabilité, avec notre compétence, avec ceux avec qui l’on vit ou travaille, nous avons la possibilité de faire évoluer la situation. L’alignement des planètes crée, même si c’est dans la douleur, des conditions exceptionnelles. Nous ne parvenions pas à les mettre en place. Plutôt que de ne voir que la part sombre de la situation profitons des circonstances pour, au contraire, dégager une partie des nuages. Ensuite ? On verra bien mais déjà, ne ratons pas cette occasion.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.