III. L'alignement des planètes

Carpe diem. J’apprends à vivre l’instant présent. Et c’est une découverte, après une vie professionnelle passée à anticiper ce qui allait venir plus tard, dans cinq ans, dans dix ans.

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Aujourd’hui confinement. Demain ? Comme le dit la sagesse populaire, « demain sera un autre jour ». Pour l’heure j’apprends à vivre l’instant présent. Et c’est une découverte, après une vie professionnelle passée à anticiper ce qui allait venir plus tard, dans cinq ans, dans dix ans. Je suis urbaniste. Avoir la conscience que le monde urbain est en mouvement est une qualité. Même s’il ne s’agit pas de jouer les devins mais seulement de rendre, jusqu’à un certain point, possible l’accueil de ce qui adviendra. Pour ce faire, on ne réalisera pas un projet comme si la vie était figée pour toujours et laissera la possibilité qu’elle évolue. On ne considérera pas les déplacements en autos comme immuables mais préparera une évolution vertueuse. On ne démolira pas tout mais veillera à conserver ce qui peut l’être. Considérant que la vie et la ville ne s’achèvent pas après nous, on n’aura pas la vanité de vouloir tout terminer et en gardera pour les autres…Et on travaillera à la stratégie, aux choix, aux méthodes, aux actes pour que cela soit rendu possible. Bien d’autres exemples pourraient illustrer cette position professionnelle et peut-être philosophique, ce terme n’étant pas considéré comme un gros mot.

Mais elle montre également un état psychologique bizarre. Ne faut-il pas être dérangé pour toujours regarder le présent à l’aune de ce qui pourrait être après ? Il peut sans doute y avoir du bon, du positif dans ce drôle de trait de caractère, dans la profession que j’exerce par exemple. Mais il y a surtout une étrange et troublante appréciation de la réalité qui méritera que l’on y revienne.

« Vivre l’instant présent ». Ce peut être une véritable découverte. Imaginons quiconque a passé sa vie à espérer autre chose que ce qu’il avait, que ce qu’il était, à vouloir vivre ailleurs, accompagné d’autres que ceux avec qui il vivait. Le résultat ? Probablement une insatisfaction chronique, du fait de l’attente toujours d’un changement et de l’impossibilité à apprécier la vie présente. Dans ces conditions, le travail intérieur qu’il faut faire pour littéralement atterrir doit être considérable et probablement partagé par nombre d’entre nous, fut-ce à des degrés différents. Car prendre conscience du caractère précieux du réel et de notre propre présence sur terre n’est pas donné à tout le monde. Il faut aller le chercher. Et le trouver n’est pas sans effet sur le point de vue que l’on porte sur le monde et sur notre capacité à y agir. Comme une conséquence, la finitude de la vie devient ainsi tangible, évidente. Cette découverte, cette certitude nouvelle apprise risquerait-elle de créer de l’amertume ? Au contraire, elle apporte de la sève, de la valeur à ce qui reste de vivre. Comme une source à laquelle chaque jour s’abreuver.

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