Mobilisons-nous pour la sortie du nucléaire !

Le 11 mars prochain sera la date anniversaire de la dernière grande catastrophe nucléaire : celle de Fukushima au Japon. Cette date marquera le début de 50 jours de mobilisations entre les anniversaires des accidents de Fukushima et Tchernobyl. Je vous propose un voyage dans le monde du nucléaire militaire et civil... Franckushima mon amour ?

Dans mes recherches pour écrire cet article sur le nucléaire, j'ai appris deux mots en japonais : Hibakusha et Hibakujumoku.

Hibakusha : un-e survivant-e de la bombe atomique d’Hiroshima et de Nagasaki. 

Hibakujumoku : les arbres qui ont aussi survécu à ces bombardements. Le plus connu d'entre eux est le Ginkgo biloba.

Oui, heureusement, après les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki en août 1945 par l'armée américaine, la Vie a continué...

Pour le bombardement d'Hiroshima, le nombre estimé de victimes est de 140.000, dont 70.000 tuées sur le coup, en raison essentiellement de la chaleur intense déclenchée par l'explosion, de l'onde de choc et des radiations. Et pour Nagasaki, le nombre de victimes est estimé à 74 000.

Dans ce reportage du journal l'Humanité datant de 2015, Hibakusha, une vie de luttes contre la relégation, on découvre l'histoire de ces survivant-e-s : "atteints dans leur chair, parfois difformes, handicapés, souffrant de douleurs innommables, les enfants d’Hiroshima et ­Nagasaki effraient d’autant plus qu’on ne sait pas les soigner et que l’espoir de guérison est faible. Ils vomissent, crachent du sang, perdent leurs cheveux, ont la peau qui part en lambeaux, meurent les uns après les autres… et le personnel hospitalier manque de tout. Le matériel médical non plus n’a pas résisté à la puissance de feu de la bombe atomique." Mais malgré la mort sociale vécue par le passé, "celle des irradiés déshumanisés, flanqués de maux inconnus, que personne ne souhaite côtoyer", les Hibakusha témoignent et certain-e-s sont également des militants antinucléaires...

Dans cet article du Monde de 2015, Hiroshima : le combat des « hibakusha » contre l’oubli, on apprend que "pendant des années, les victimes du feu nucléaire furent abandonnées à leur sort et à leurs angoisses. Au début de l’occupation américaine, les hôpitaux militaires furent fermés. En dépit des médicaments fournis par la Croix-Rouge internationale et l’armée américaine et du dévouement d’infirmières et de médecins japonais, les atomisés furent laissés pratiquement sans soins en raison du secret que les Etats-Unis entendaient maintenir sur les effets de la bombe."

Tsutomu Yamaguchi est un Hibakusha et le seul homme à avoir survécu à Hiroshima et Nagasaki : il "part en croisade contre le nucléaire, à 89 ans. Il écrit un livre ("Nagasaki-Hiroshima: deux fois atomisé"), et se rend dans les lycées pour transmettre la mémoire de cette horreur aux jeunes générations. A la tribune de l'ONU en 2006, il appelle à l'abolition des armes nucléaires."

Hashizume Bun, une survivante d’Hiroshima a aussi témoigné : "j’ai été atomisée à 1,5 kilomètre de l’hypocentre de la bombe. J’ai été très gravement blessée et j’ai frôlé la mort mais j’ai pu survivre grâce à l’aide de trois personnes qui m’ont sauvé la vie. Lorsque nous vivions dans les baraques, je souffrais de maladies fulgurantes dues à la radioactivité telles que, par exemple, de fortes fièvres, des saignements de nez et des gencives, de terribles diarrhées et vomissements, des taches pourpres sur tout le corps ou la perte des cheveux. Pourtant, là encore miraculeusement j’ai pu survivre. Cependant par la suite et jusqu’à aujourd’hui, j’ai souffert de nombreuses maladies et il n’est pas un seul jour où j’ai été en bonne santé."

En 2017, Fumiko Nakahara, elle aussi victime de la bombe larguée sur Hiroshima, a parcouru la planète avec son bateau le Peace boat pour sensibiliser le monde aux dangers de l'arme nucléaire. Escale à Bordeaux.

Et même en 2017, le calvaire continue pour des survivants de Nagasaki privés de leur statut de victimes par la justice : "les 387 requérants vivaient à moins de 12 km du lieu de l’explosion. Pas assez proche, selon la Cour suprême japonaise, qui les prive ainsi de la gratuité de soins médicaux."

Pourquoi faites-vous ces essais chez nous puisque vous affirmez qu’ils sont sans danger ?! 

Nous, les français, avons procédé à deux cent dix essais nucléaires au total entre 1960 et 1996. Avec comme conséquences des contaminations et des irradiations au Sahara et en Polynésie. 

En juillet 1985, le Rainbow Warrior, navire de l'ONG Greenpeace, à quai en Nouvelle-Zélande, a été coulé par les services secrets français : le photographe Fernando Pereira, membre de l'équipage de Greenpeace est mort noyé quand deux explosions ont transpercé la coque du navire. Trente ans après cet attentat, le colonel Jean-Luc Kister, l’homme qui a coulé le Rainbow Warrior s’explique longuement dans une interview à Mediapart où il exprime ses regrets et présente ses excuses, notamment à la famille de Fernando Pereira.

En 1992, le président François Mitterrand fait annoncer, par le premier ministre Pierre Bérégovoy, un moratoire des essais nucléaires français. Mais en 1995, le président Jacques Chirac annonce que la France va reprendre ses essais nucléaires dans le Pacifique. Le 1er septembre 1995, le Rainbow-Warrior II, navire de Greenpeace tente de forcer l'entrée de l'atoll de Mururoa où doit être effectué le premier essai nucléaire mais il est stoppé par la marine nationale. A Paris le même jour, deux cents manifestants écologistes qui bravent l'interdiction de la préfecture de police sont interpellés. Et toujours en septembre, des émeutes éclatent à Papeete contre la reprise des essais nucléaires à Mururoa. 

Les derniers essais souterrains français sont effectués à Mururoa le 28 décembre 1995.

Le mémorial des essais nucléaires en Polynésie explique que pendant des années, "les Amiraux, Généraux, Commandants Supérieurs, Ministres, Présidents de la République, Scientifiques disaient : "ces expériences n’auront aucun dommage d’aucune sorte pour les chères populations de la Polynésie"! Et qu'il "aura fallu attendre le 27 novembre 2008, soit plus de 42 ans après le premier essai à Moruroa du 2 juillet 1966 pour que les Polynésiens reçoivent confirmation que toutes ces hautes personnalités leur avaient menti. Enfin, un ministre de la Défense reconnaissait les responsabilités des dirigeants français." Sur ce sujet, lire aussi ces deux articles : "Les essais nucléaires français à l'origine de cancers chez des militaires" et "Essais nucléaires en Polynésie : la France méprise toujours les conséquences de l’héritage radioactif" : le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), lui, n’a accepté d’indemniser que 17 malades sur les 931 dossiers reçus. "On dénonce le mépris de la France", déplore Roland Oldham, militant anti-nucléaire et président de l’association Moruroa e tatou.

L'association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) créée en 2001 regroupe les personnels militaires, les personnels du CEA et les personnel d'entreprises sous-traitantes ayant été engagés dans les essais nucléaires effectués par l'État français. Voila ce qu'on peut lire dans un de ses derniers communiqués suite à la visite en Polynésie du Président Hollande en 2016 : "les associations auraient espéré une reconnaissance officielle pour tous les vétérans civils et militaires ayant participés à doter la France de sa force de dissuasion." Et la conclusion : "en attendant nous enterrons chaque année une centaine de nos camarades qui ont eu le tort d’avoir eu vingt-ans au Sahara ou en Polynésie." Sans commentaires.

Saviez-vous que les Nations Unies ont adopté par 122 voix pour - un contre, et une abstention - en juillet 2017 un traité qui interdit catégoriquement les armes nucléaires ? Et que les États possédant des armes nucléaires, dont la France, ont boycotté les négociations qui ont amené à ce traité ?

La Campagne Internationale pour Abolir les armes nucléaires l'ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) a reçu le prix Nobel de la paix en 2017 pour "ses efforts de promotion du désarmement nucléaire et son rôle dans l’élaboration du Traité d’interdiction des armes nucléaires." Pour information, l'ICAN compte 468 organisations partenaires dans 101 pays.

Setsuko Thurlow, une autre survivante d’Hiroshima était présente lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix : "Avec une bombe, ma ville bien-aimée avait ainsi été effacée. La plupart de ses habitants étaient des civils qui avaient été calcinés, pulvérisés, carbonisés. Parmi eux, des membres de ma propre famille et 351 de mes camarades de classe."  

Dans son article, Pour l’abolition de l’arme nucléaire, Edwy Plenel rappelle les paroles d'Albert Camus après le bombardement d’Hiroshima : "la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques." Oui, il va falloir choisir, car en 2018 l’Amérique de Donald Trump accroît les risques d’une course à l’arme nucléaire. L'heure est grave : "il est minuit moins deux minutes : le risque nucléaire fait avancer l'horloge de l'apocalypse." 

Alors ? Mobilisons-nous pour l'abolition de l'arme nucléaire avant qu'une nouvelle catastrophe arrive car comme le dit Beatrice Fihn, directrice de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires : "les armes nucléaires seront abolies un jour. C’est ma conviction. J’espère simplement que cette abolition aura lieu avant que de telles armes ne soient utilisées." 

La ratification du traité d'interdiction des armes nucléaires a commencé en septembre 2017. A ce jour, 5 pays l'ont ratifié : Le Vatican, Cuba, le Guyana, le Mexique et la Thaïlande. 

L'ONG Le Mouvement de la Paix a lancé une pétition en direction des parlementaires, du Président de la République et du gouvernement français pour que la France ratifie ce traité.

Passons maintenant au nucléaire civil... 

Tchernobyl et Fukushima au sommet des catastrophes nucléaires 

Les accidents nucléaires de Tchernobyl en 1986 en Ukraine et de Fukushima en 2011 au Japon sont les plus graves catastrophes nucléaires classées au niveau 7, le plus élevé sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES).  Les bilans humains ? Lire "Tchernobyl, combien de morts?" et "Catastrophe nucléaire de Fukushima : combien de cancers et de morts ?" Pour approfondir ce sujet, voici une liste d'accidents nucléaires depuis... 1942 !

Tchernobyl et son fameux nuage radioactif vous vous souvenez ? Regardez ces deux vidéos sur le site de l'INA "Tchernobyl : rétro des mensonges" et du Monde "La progression du nuage de Tchernobyl en une minute."

D'ailleurs, il semblerait que de Tchernobyl à Fukushima, c'est toujours le même mensonge officiel sur la radioactivité : "les instances scientifiques officielles minorent l’effet de la radioactivité dégagée par les catastrophes nucléaires.

En 2017, une juridiction japonaise a jugé que l'exploitant Tokyo Electric Power (Tepco) et le gouvernement japonais s’étaient rendus coupables de négligence et que leur responsabilité dans le drame de Fukushima était engagée.

Et la vie quotidienne à Tchernobyl ? "Trente années après la catastrophe nucléaire, des milliers de personnes travaillent encore dans la zone interdite entourant la centrale. Dans Traverser Tchernobyl, Galia Ackerman leur donne la parole."

Ces dernières années, des associations comme le Secours PopulaireAccueil Santé Enfants de Tchernobyl ou encore Nord Solidarité continuent toujours à accueillir des enfants biélorusses et ukrainiens vivant dans les zones contaminées par les retombées radioactives car ils ont besoin de respirer un air pur.

Et 30 ans après la catastrophe de Tchernobyl, la pollution radioactive est toujours présente et la contamination des sols persiste. Résultats détaillés sur le site tchernobyl30.eu.org mis en ligne par l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (ACRO).

Et sur la vie à Fukushima lire cet article de 2017, six ans après le désastre nucléaire, rien n’est réglé : "la radioactivité fait obstacle au démantèlement et à la reconstruction économique, alors que les dégâts provoqués par le désastre nucléaire et les coûts pour décontaminer la zone ne cessent d’augmenter. La radioactivité est telle qu’une personne qui y serait exposée mourrait presque instantanément et les robots, dans les cas les plus difficiles, n’y résistent pas mieux que l’homme et meurent souvent en cours de route, avant même d’avoir achevé leurs investigations." Flippant non ? Alors, Franckushima mon amour ?

Sinon, en novembre 2017, la Russie a reconnu avoir détecté une pollution radioactive sur son territoire. Et pour la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), "30 ans après Tchernobyl, on se rend compte qu'on n'a toujours pas accès à une information fiable."

Et si on parlait des centrales de Fessenheim, de Flamanville, de Paluel, de Golfech, du Tricastin et du Bugey ?

Le 2 mai 2012, le candidat François Hollande s'était engagé pendant le débat de l'entre-deux tours : "une seule centrale fermera, Fessenheim. C'est la plus vieille de France et elle se trouve sur une zone sismique. Je comprends la position des travailleurs qui veulent conserver la centrale, mais tous les emplois seront conservés." A savoir qu'en 2012, des syndicalistes CGT, CFDT, FSU et Solidaires avaient lancé un appel solennel pour l’arrêt de Fessenheim, chose possible sans casse sociale, selon eux.

Puis en septembre 2012, le Président Hollande avait déclaré que cette centrale serait fermée à la fin 2016. Nous sommes en février 2018 et la centrale tourne toujours... Lire "EDF fait payer au prix fort la centrale de Fessenheim." Elle devrait fermer fin 2018 ou début 2019 et l’Etat vient de lancer un projet de réindustrialisation pour Fessenheim. Sur place, certains élus veulent repousser la fermeture mais pas les militants antinucléaires : "Vous envisageriez donc avec sérénité la présence sur notre sol d’une structure nucléaire inutile, dangereuse pour notre environnement, tant humain que naturel ?"

La centrale de Fessenheim est considérée par les militants antinucléaires comme dangereuse depuis longtemps car c'est la plus ancienne de nos centrales. En 2016, "le travail d’enquête mené par l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) dans l’affaire des anomalies du site Creusot Forge d’Areva a permis de révéler qu’EDF et AREVA NP avaient connaissance d’une irrégularité grave sur le réacteur 2 de Fessenheim." Lire aussi "Usine Creusot Forge d’Areva : une centaine d’irrégularités ont été détectées."

En mars 2017, France Inter révèle que "la forge du Creusot a fourni des pièces non conformes à la réglementation à plusieurs centrales" et que "deux documents obtenus par France Inter, et plusieurs témoignages démontrent qu'EDF et Areva avaient été alertées dès 2005 des dysfonctionnements de cette usine." Le problème c'est que "malgré cela, les deux industriels ont continué à lui confier des fabrications sensibles" notamment pour des éléments de la cuve de de l'EPR de Flamanville. "Jamais l'industrie nucléaire française n'avait connu un tel scandale" dit le journaliste Sylvain Tronchet.

Suite à ses révélations, Greenpeace publie un communiqué : le scandale des anomalies prend une nouvelle ampleur : "l’obsession de redorer le blason de l’industrie nucléaire française a pris le pas sur le maintien de la sûreté en France" dit l'ONG. "En effet, dans les plans des industriels, l’EPR devait être la vitrine d’une équipe de France du nucléaire EDF-AREVA pour de nombreux projets d’exportation. Si en 2005-2006, ces informations avaient été publiques, l’EPR aurait perdu tout son intérêt. EDF et AREVA ont souhaité sacrifier les impératifs de sûreté nucléaire pour laisser croire au renouveau de la filière. Au final, l’EPR est le symbole du naufrage de l’industrie nucléaire : des délais sans cesse dépassés, des coûts qui explosent et une dégradation grave de la sûreté."

Mais en juin 2017, l’Autorité de sûreté nucléaire a décidé de donner un avis provisoire favorable à la cuve de l’EPR de Flamanville. Pour Martine Orange,  journaliste de Mediapart, c'est un tournant : "alors que l’ASN s’est toujours montrée jusqu’alors le gardien vigilant du respect strict des règles nucléaires, sa dernière décision paraît miner sa crédibilité, sa capacité à imposer ses choix. L’autorité donne le sentiment d’un changement de doctrine : du risque zéro, qu’elle a toujours défendu, elle semble glisser insensiblement vers le risque acceptable, notion prônée par des exploitants nucléaires, qui jugent le surcoût du risque zéro trop élevé. L’exploitant de Fukushima, l’électricien japonais Tepco, était un adepte de cette théorie."

Martine Orange a aussi enquêté sur Areva et scandale Uramin : "après avoir acheté la société canadienne Uramin 1,8 milliard d’euros en 2007, le groupe nucléaire Areva est obligé de reconnaître qu’elle en vaut presque zéro aujourd’hui. Enquête sur un gigantesque fiasco."

Puis en octobre 2017, l’Autorité de sûreté nucléaire valide l’EPR de Flamanville malgré ses défauts ! Les associations Sortir du nucléaire et l'Observatoire du nucléaire dénoncent alors une décision inacceptable. 

Le Parisien a fait récemment le point sur le coût de l'EPR de Flamanville. Tenez-vous bien ! "Démarré en avril 2007, l'EPR devait coûter 3,3 Mds€ et entrer en service en 2012.  Sauf que le chantier a accumulé les déboires, dont le point culminant fut en avril 2015, après la découverte par l'ASN d'une anomalie dans l'acier du couvercle et du fond de la cuve du réacteur. La facture a explosé : autour de 11 Mds€." BOUM !!! 

Et maintenant, où en sommes-nous ? L'électricien EDF prévoit de démarrer l'EPR de Flamanville fin 2018, pour une mise en service commerciale en 2019 : "mais il doit auparavant obtenir le feu vert de l'ASN. La demande d'autorisation comporte deux phases: la mise en service partielle au moment où le combustible arrive sur le site, puis une autorisation pour l'introduction du combustible dans la cuve." Le réseau Sortir du nucléaire vous invite à contacter vos Député.e.s pour empêcher la dérogation de la Cuve de l’EPR. Trois Député.e.s (2 LREM et 1 EELV) ont déjà écrit au Premier Ministre pour lui demander de ne pas accorder de dérogation à la cuve ratée de l’EPR.

En décembre 2017, le site Bastamag a révélé "qu'un accident grave et inédit", qui heureusement n'a causé aucun blessé grave ni contamination radioactive a eu lieu à la centrale nucléaire de Paluel, en Normandie : un générateur de vapeur qui s'est effondré !

Toujours en 2017, la coordination antinucléaire du Sud-Ouest a décidé de mettre en place un réseau citoyen de surveillance des rejets gazeux des réacteurs de la centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne. Pourquoi ?  "En octobre 2016, des rejets radioactifs s'étaient en effet produits dans la centrale du Tarn-et-Garonne, admis bien tardivement – aux yeux des associations – par EDF." 

Dans leur livre qui vient de paraître, "Nucléaire, danger immédiat", les journalistes indépendants Thierry Gadault et Hughues Demeu expliquent que le site nucléaire du Tricastin serait la “pire centrale du pays”, suivie par celle du Bugey, à cause de cuves présentant des fissures susceptibles de fragiliser gravement leur structure : "en cas d'emballement nucléaire, ces fissures pourraient entraîner la rupture de la cuve, ce qui serait catastrophique", affirme Thierry Gadault. 

Malheureusement, comme le dit Jade Lindgaard, journaliste de Mediapart : "contrairement à ce qu’il se passe avec le modèle énergétique, les questions de sûreté sont très peu débattues dans le grand public. Peu de débats parlementaires, très peu de contentieux juridiques, pas de jurisprudence."

A noter que l'Assemblée nationale vient de créer en janvier dernier une commission d'enquête sur la sûreté et la sécurité nucléaires. Et elle a commencé à auditionner : Sécurité nucléaire : le cri d'alarme de Greenpeace devant les députés : "On transporte toutes les semaines du plutonium d'un bout à l'autre de la France, je ne sais pas qui a pensé cela à l'époque mais cela paraît complètement fou..." Comme dirait l'autre, "incroyable mais vrai" ! 

Mais revenons un moment sur le cas de la centrale de Flamanville. En Mars 2007, le collectif Stop-EPR a organisé 5 manifestations qui demandait "aux candidats à l’élection présidentielle de s’engager à annuler la construction de tout projet de réacteur nucléaire EPR, à Flamanville en Normandie ou ailleurs." De nombreux militants du parti Les Verts (nom du parti d'avant la création d'EELV) étaient évidemment présents.

Pendant la campagne présidentielle de 2007, les socialistes étaient divisés sur la construction du réacteur : Royal et Dray étaient contre mais Montebourg et Cazeneuve pour... Puis, dix jours avant le premier tour de scrutin, le gouvernement de Dominique de Villepin signa "un décret autorisant la construction, après que le juge des référés a rejeté les recours formés par plusieurs associations, dont Greenpeace et la Confédération paysanne."

En 2012, le candidat Hollande dit vouloir poursuivre la modernisation et achever l'EPR de Flamanville. Eva Joly, candidate EELV était contre mais il y avait déjà des remous à l'époque sur un accord avec le PS : Yannick Jadot démissionne de la direction de campagne d'Eva Joly. Et finalement, l'accord avec le PS est signé : l’accord EELV-PS : le parti d'Eva Joly renonce à l'arrêt de Flamanville

En 2017, c'est Benoît Hamon le gagnant de la primaire de la "Belle Alliance populaire" (vu le score catastrophique du candidat Hamon, pas si sûr que l'alliance populaire fût belle...). Cette fois, EELV renonce à présenter un candidat pour éviter un score sûrement ridicule et décide de soutenir Hamon. Mais les "écolos" acceptent aussi de soutenir un candidat qui ne souhaite pas l'arrêt du chantier de l'EPR de Flamanville. Greenpeace qui a analysé le programme du candidat Hamon note qu'il intègre "une sortie complète du nucléaire à l’horizon d’une génération, soit 25 ans" mais regrette que "Benoît Hamon ne souhaite pas mettre fin au chantier de l’EPR de Flamanville sous prétexte que ce chantier a déjà coûté beaucoup d’argent. Pour Greenpeace, il est clair que ce chantier doit être stoppé immédiatement afin de cesser de gaspiller des fortunes d’argent public dans ce cauchemar industriel." Et le réseau Sortir du Nucléaire a également remarqué que Benoît Hamon "ne s'oppose cependant pas au démarrage du réacteur nucléaire EPR de Flamanville." Des mauvaises langues diraient que Benoît Hamon est un écolo en carton ! laughing

Pour de nombreux militants et sympathisants d'EELV, soutenir un candidat investi par le Parti Socialiste était déjà un problème étant donné le bilan très mitigé du quinquennat Hollande sur l'environnement; mais aussi que les Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII) sont toujours défendus par des élus socialistes localement : Notre-Dame-des-Landes, le Barrage de Sivens (une pensée pour Rémi Fraisse), la ligne à grande vitesse Lyon-Turin, le projet de mégacentre commercial et de loisirs Europacity, le méga centre commercial de Val Tolosa, le projet d'implantation d'un village Center Parcs à Roybonetc.

Alors, soutenir un candidat "socialiste" qui en plus ne voulait pas mettre fin à ce chantier de l'EPR de Flamanville est juste incompréhensible alors que les écolos sont des militants historiques contre le nucléaire en général et l'EPR de Flamanville en particulier. A noter que 20% de votants EELV étaient contre cet accord. En tous cas, dans ce deal, même si EELV aura encore perdu en crédibilité auprès de ses sympathisants et de ses électeurs, il aura quand même empoché 200 000 euros des caisses du PS !

Et preuve qu'il est impossible de faire confiance au Parti Socialiste, deux jours après l'élection de Macron, le bureau national du PS a supprimé plusieurs points du programme de leur candidat Hamon dont... la sortie du nucléaire sur une génération : CQFD !

Sinon, je conseille à Benoît Hamon d'aller faire un tour à Flamanville le jeudi 15 mars prochain pour une soirée exceptionnelle avec Naoto Kan, l'ancien Premier Ministre japonais, en responsabilité au moment de la catastrophe de Fukushima en mars 2011 : "il nous dira sa profonde aspiration à un monde libéré du nucléaire, et cela à proximité du chantier de Flamanville où les nucléocrates s’acharnent à vouloir mettre le nouveau réacteur EPR en service malgré une cuve qu’ils ont reconnue non conforme, pour laquelle désormais, la rupture ne peut être exclue et par conséquent la catastrophe." Pigé Benoît ? Lire aussi Naoto Kan : "Comment Fukushima m'a rendu définitivement anti-nucléaire" : "les scientifiques nous disent qu’il ne peut y avoir de risque zéro. Dans ce cas, il faut arrêter toutes les centrales nucléaires existantes." Et Naoto Kan exhorte le Canada à renoncer au nucléaire : "j'étais pourtant convaincu que le Japon ne connaîtrait jamais ce type de tragédie, puisque nos normes technologiques étaient optimales. J'assumais donc entièrement l'utilisation du nucléaire. Cependant, l'accident de Fukushima m'a fait prendre conscience que j'avais tort".

Pour information, sur la sortie du nucléaire à l’horizon 2050 indiquée dans le programme "l'avenir en commun" du candidat Jean-Luc Mélenchon, Greenpeace dit "qu’une sortie complète du nucléaire doit être mise en oeuvre le plus rapidement possible. Elle est, de notre point de vue, possible en 2035." Vidéo intéressante de 2017 du candidat Jean-Luc Mélenchon : « Sur le nucléaire, je me suis trompé ».

Avant, Merkel était une chancelière pro-nucléaire, mais après la catastrophe de Fukushima, "elle décide de mettre immédiatement à l’arrêt huit réacteurs nucléaires allemands parmi les plus anciens, et d’en terminer définitivement avec l’énergie atomique d’ici 2022". Mais Susanne Neubronner, la responsable de Greenpace Allemagne "critique cependant une sortie du nucléaire qui ne sera pas complète tant que l’Allemagne ne fermera pas aussi ses installations d’enrichissement d’uranium". 

Avec l'Autriche à la pointe de la cause antinucléaire en Europe, c'est la Suisse qui choisi la sortie du nucléaire en mai 2017 : "hormis l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, la Stratégie énergétique 2050 acceptée par le Parlement prévoit des mesures pour réduire la consommation d’électricité, augmenter l’efficacité énergétique et promouvoir les énergies renouvelables."

Voici la Carte d’Europe du nucléaire du réseau Sortir du Nucléaire.

L’industrie nucléaire n’a pas été conçue pour résister à des attentats

Éric Guéret a réalisé un documentaire "Sécurité nucléaire : le grand mensonge" diffusé sur Arte en décembre 2017 ; "de l’attentat-suicide et la chute d’un avion de ligne sur un réacteur aux cyberattaques en passant par les drones, les actes de sabotage ou la fabrication artisanale de bombes sales – un mélange d’explosifs et de matières radioactives –, les menaces, reconnues par les experts, sont réelles. Dès lors, comment nos installations sont-elles protégées pour affronter ces risques multiples et comment la communauté internationale s’organise-t-elle pour sécuriser les matières et éviter les trafics ?" 

Dans un entretien sur Reporterre, à la question "quelles sont les solutions envisageables pour réduire les risques auxquels est exposé le parc nucléaire français ?" Voici la réponse plutôt inquiétante d'Éric Guéret : 

"Ce qui est terrible dans ce que nous avons découvert, c’est que je ne suis pas sûr que ce soit réellement sécurisable. Il y a une forme d’impasse dans cette industrie, et elle apparaît incompatible avec l’état du terrorisme actuel, avec la progression des technologies, comme les drones et certains types d’armes, avec la folie des hommes qui sont prêts à se suicider pour faire le maximum de victimes. Cela pose une question structurelle : ce mode d’énergie est-il compatible avec le monde d’aujourd’hui ?"

Après avoir publié un rapport sur la sécurité des réacteurs nucléaires mettant "en cause la sécurité des installations nucléaires françaises et belges en pointant du doigt leur vulnérabilité face aux risques d'attaques extérieures"Greenpeace a mené des actions pour alerter l'opinion publique et lancer le débat. En octobre 2017, des militants se sont introduits à l’intérieur du périmètre de la centrale nucléaire de Cattenom, en Moselle "dénoncer la fragilité et l’accessibilité de ces bâtiments pourtant chargés de radioactivité." Et en novembre 2017, ils ont investi la centrale nucléaire de Cruas : "nous voulons pointer du doigt les failles de sécurité des piscines d’entreposage du combustible usé qui sont conçues comme des bâtiment classiques avec une faible résistance. Il suffirait de faire un trou pour avoir un feu de combustibles."

Dans un article récent, le site Reporterre explique que le stockage des déchets radioactifs en "piscines" est excessivement dangereux : risque de brèche, d’attaque, dangerosité des transports, etc. La France est un des rares pays à n’avoir pas opté pour l’entreposage à sec, bien plus sûr : "Depuis 2013, les survols d’installations nucléaires par des drones se multiplient. Le 19 octobre 2014, quatre sites (Bugey, Gravelines, Chooz, Nogent-sur-Seine) ont été survolés simultanément. Dès le 30 octobre, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, avait appelé à recourir aux « dispositifs de neutralisation » contre ces objets volants. Cela n’a encore jamais été fait. Plus grave, en juillet 2017, un avion à réaction civil a survolé trois fois les zones interdites de Flamanville et de La Hague, rapporte Greenpeace."

Cédric Villani, le matheux le plus connu de France et désormais député (LREM) a qualifié de "lanceurs d’alerte" les militants de Greenpeace qui entrent dans les centrales nucléaires. 

En 2017, trente-cinq agents du PMN (Protection des matières nucléaires) s'étaient mis en grève dans le Gard car ils refusaient de voir leur activité sous-traitée : "pour faire face aux exigences accrues de sécurité, la direction envisage de sous-traiter à des entreprises extérieures. On ne veut pas faire de procès d'intention aux personnels de ces entreprises qui sont certainement très qualifiés. Mais on ne garde pas un site nucléaire comme on garde un terrain de football." Il en pense quoi Zizou ? wink

Et les centrales belges, sont-elles correctement protégées ? Greenpeace rappelle que "le 5 août 2014, alors que plusieurs centrales nucléaires françaises et belges étaient fréquemment survolées par des avions télécommandés ou des drones non identifiés, des inconnus réussissaient à commettre un acte de sabotage dans la salle des turbines du réacteur 4 de la centrale de Doel." Lire cette enquête de Libération : "la Belgique a-t-elle évité de justesse de conjuguer terrorisme et nucléaire ?"

L’invisibilité des travailleurs du nucléaire

En 2011, après l'accident nucléaire de Fukushima, la sociologue Annie Thébaud-Mony expliquait dans une tribune à quel point l'exploitation de l'atome est un danger pour la santé : "les travailleurs sous-traitants reçoivent plus de 80 % de la dose collective annuelle subie sur les sites. Parmi ces travailleurs, certains sont aujourd'hui atteints de cancer, mais rien n'est fait pour relier précisément leur cancer à leur parcours professionnel dans l'industrie nucléaire."

Annie Thébaud-Mony a un blog sur Mediapart. En 2015, suite à la diffusion d'un reportage sur France Inter "à la gloire du nucléaire militaire français", elle se fait l'écho des travailleurs du nucléaire avec l'association Henri Pézerat : "nous, victimes irradiées de la construction, de la maintenance et de la surveillance des missiles nucléaires, nous tenons à exprimer notre indignation devant une telle banalisation des dangers subis par les travailleurs, civils et militaires, travaillant ou ayant travaillé, dans les sous-marins nucléaires..."

Eh oui, car en 2011, certains sous-traitants du nucléaire réclamaient encore une protection… sociale.

Heureusement, parfois, la justice passe : "la famille d’un ouvrier de la sous-traitance nucléaire, décédé en 2012 d’un cancer lié aux rayonnements ionisants, vient d’obtenir réparation en justice."

Philippe Billard de l'association Santé sous-traitance nucléaire-chimie, qui a été employé par plusieurs sociétés, expliquait en 2014 : "on côtoie la mort pendant des années mais, lorsque la maladie arrive, qu'une personne est contaminée, son dossier a été perdu, son histoire professionnelle est difficile à reconstituer et il devient impossible d'établir une responsabilité dans son exposition aux rayonnements du nucléaire."

Un collectif de salariés militants sous-traitants de l’industrie nucléaire française s'est constitué et vous pouvez trouver de nombreuses informations sur leur site internet : "Au-delà de la question « pour au contre le nucléaire », nous voulons essentiellement ici mettre le salarié(e) au centre de la sûreté des installations. Il ne peut pas y avoir de sûreté nucléaire avec des femmes et des hommes réduits au niveau d’esclaves."

Pour information, dernièrement, des sous-traitants de Framatome se sont mis en grève à Romans-sur-Isère : "nous voulons être reconnus comme contrôleurs sûreté et pas agents de logistique comme c'est écrit sur notre contrat" explique Anthony, un des grévistes. On effectue un double contrôle sur ce site, on contrôle la matière, l'uranium et ça a été demandé par l'Autorité de sûreté nucléaire après un incident en 2014". 

Notre cadeau pour les générations futures : des poubelles nucléaires !

Le site de Bure dans la Meuse a été choisi en 1999 pour accueillir l'unique laboratoire pour l'enfouissement des déchets radioactifs avec une ouverture est prévue en 2025. En France, c'est l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) qui est chargé de la gestion des déchets radioactifs.

Pour l'Association des Elus de Lorraine et Champagne-Ardenne Opposés à l'enfouissement des Déchets RAdioactifs et favorables à un développement durable (EODRA), "ce laboratoire débouchera fatalement sur la réalisation d'une poubelle nucléaire." L'association explique que "les pouvoirs publics ont occulté volontairement les citoyens pour s'adresser à  leurs élus, en l'occurrence les conseillers généraux. Il faut rappeler que ce sont les conseils généraux de Meuse et de Haute-Marne qui ont porté la candidature de nos départements pour ce projet. Il faut dire que l'état leur a promis de l'argent et de la recherche uniquement. On leur a proposé une solution à court terme pour aider au développement de nos départements en prenant bien soin de leur mentir. Quid de la problématique de la gestion des déchets nucléaires, de l'impact économique et de l'image de nos départements ?"

Le 14 août 2016, il y a eu une forte mobilisation à Bure : "des centaines d’opposants au projet de poubelle Cigéo ont abattu le mur qui entourait le bois Lejuc, cette forêt qui, depuis le début de l’été, cristallise les tensions entre les antinucléaires et l’Andra. Un acte de sabotage collectif et joyeux. Trois générations sont présentes, des locaux, des militants historiques, des jeunes, des paysans, certains masqués, d’autres non." Quelques mois plus tard, en février 2017, le tribunal de Nancy invalidera la cession du bois Lejuc à l’Andra.

A l'été 2017, on apprend qu'il y a de nouveaux doutes sur le stockage des déchets nucléaires à Bure : "la possibilité d’aboutir à une démonstration de sûreté probante à cette échéance pose encore question pour quatre points majeurs qui pourraient entraîner des modifications substantielles de la conception du stockage" expliquent les experts de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Et dans le Monde,  trois scientifiques plaident pour l’abandon du projet d’enfouissement et pour la poursuite des recherches sur la gestion des déchets nucléaires : Déchets radioactifs : « Cigéo ou la chronique d’un échec annoncé ».

Dans ce reportage de Mediapart à Bure en Août dernier, on apprend que "dans la brochure distribuée aux habitant.e.s, il n’y a rien sur les futurs rejets radioactifs du centre, rien sur les risques liés à son exploitation, rien non plus sur l’impact délétère sur l’image du sud de la Meuse ou les effets sur la valeur immobilière." Étonnant non ?

Bure, c'est aussi des violences policières contre les opposants au projet. Lire ces deux articles de Mediapart : «Juste avant que mon pied saute, j’ai vu une grenade exploser à hauteur de tête» et «Ils pointaient leurs armes droit sur nous».  Le 13 février dernier, au tribunal de grande instance de Bar-le-Duc, deux hommes étaient jugés pour la démolition d’un mur érigé par l’agence des déchets nucléaires. Lire ce reportage : «Nous sommes tous des tombeurs de mur».

En novembre 2017, les participants au forum social contre le nucléaire étaient en visite à Bure : "parmi les visiteurs, des japonais, très sensibilisés, et même inquiets face à cette problématique nucléaire depuis le drame de Fukushima en mars 2011."

En ce mois de février 2018, le site Reporterre vient de révéler qu'EDF veut construire une piscine géante de déchets nucléaires à Belleville-sur-Loire dans le département du Cher : "EDF et l’ASN réfléchissent dans la plus grande opacité à un nouveau bassin de stockage (une « piscine ») de combustibles usés, brûlants et hautement radioactifs." Et Reporterre explique que "l’entreposage en piscine de matières radioactives est risqué. En effet, les assemblages doivent être refroidis en permanence sous plusieurs mètres d’eau, sous peine de s’échauffer et de rejeter d’énormes quantités de matières radioactives dans l’atmosphère. En 2011, après l’accident de Fukushima, les observateurs avaient retenu leur souffle quand la piscine d’entreposage du réacteur numéro 4 menaça de perdre son eau." Evidemment sur place, surprise des élu-e-s qui n'avaient pas entendu parler de ce projet : "Qui voudrait d'une poubelle à côté de chez lui?" Pas moi en tout cas !

Le 14 février dernier, la députée Caroline Fiat (Groupe France Insoumise) a interpellé le gouvernement : "vous suivez le dogme de l'opacité nucléaire et traitez des lanceurs d'alerte comme des malfaiteurs" et elle a demandé au gouvernement de rendre public tous les sites d'enfouissement de déchets nucléaires en France.

Comme le souligne Reporterre, "la secrétaire d’État Brune Poirson, représentant le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, et le gouvernement, n’a répondu à aucune des questions" de la députée Caroline Fiat. Pour Reporterre, il faut poser "correctement la question des déchets. En soulignant que la situation dans laquelle l’industrie nucléaire a conduit la France est particulièrement compliquée. Pourquoi ? "Alors que les autres pays exploitant l’énergie nucléaire n’ont à gérer qu’un seul type de déchets, les combustibles usés sortant très radioactifs des réacteurs, la France s’est engagé dans la voie du retraitement, qui aboutit à créer cinq types de déchets."

Energies renouvelables

Lors de ses vœux à la presse le lundi 22 janvier dernier, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a parlé du chantier essentiel de son ministère qui est l’élaboration de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) : "pour le développement des énergies renouvelables et leur changement d’échelle [l’objectif inscrit dans la loi est que les énergies renouvelables représentent 32 % du mix énergétique d’ici 2030]. Pour ce qui est de réduire la part du nucléaire à 50 % du mix énergétique [d’ici 2025], l’objectif est maintenu mais nous ne pouvons pas le faire au doigt mouillé. Parce que si l’on ferme des réacteurs sans avoir réussi à développer les énergies renouvelables et après avoir fermé les centrales à charbon, le risque existe de difficultés d’approvisionnement." Nicolas Hulot a ajouté que cette PPE sera enrichie d’un plan de libération des énergies renouvelables concernant l’éolien terrestre, le photovoltaïque et la méthanisation. 

Le site de la commission énergie d'EELV (pas à jour depuis 2015 mais avec des ressources intéressantes) :

https://energie.eelv.fr/la-transition-energetique/

Le livret 100% énergies renouvelables de la France insoumise :

"Des scénarios démontrent qu’une production de 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2050 est possible. C’est le cas du scénario Négawatt pour l’ensemble du secteur énergétique et dans un système totalement indépendant, c’est-à-dire sans échange avec les autres pays. L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) propose également un mix 100 % renouvelable pour le secteur électrique à horizon 2050. Ces solutions menant à une véritable transition énergétique peuvent ainsi être déployées rapidement, à l’échelle d’une génération, et à grande échelle, dès lors qu’elles sont portées par une détermination politique."

https://avenirencommun.fr/le-livret-energie/

Après s'être penché sur un scénario 100 % électrique en 2050, l'Ademe a refait l'exercice avec le gaz renouvelable. Selon l'agence, la France a les capacités de produire 100 % de gaz vert à cet horizon grâce à la généralisation de la méthanisation et du "power to gas". 

Les énergies renouvelables en France par Greenpeace :

"Le développement des énergies renouvelables représente bien entendu un coût. Mais cet investissement est rentable pour plusieurs raisons :

  • Ces énergies sont inépuisables, elles ne nous feront jamais défaut (ce n’est pas le cas avec les énergies fossiles).
  • Elles n’imposent aucun achat à la source et nécessitent peu de traitement de déchets après usage : c’est moins de frais aux deux bouts de la chaîne.
  • Leur rendement est performant (60 à 90 % pour la petite hydraulique contre 30 à 35 % seulement pour le nucléaire) : il n’y a que peu de pertes. Jusqu’à 80 % du déficit de la balance commerciale de la France correspond à l’achat de pétrole, de gaz, et de charbon !
  • Ces énergies sont réparties sur tout le territoire et fortement créatrices d’emplois (+684 000 emplois d’ici à 2050, si on veut réduire nos émissions de GES de 30 %)
  • Elles font appel à une main d’œuvre de proximité.

Alors que le recours aux énergies fossiles et au nucléaire est extrêmement coûteux, dangereux et sans avenir, le développement des énergies renouvelables assure un futur stable et respectueux de l’environnement."

 En janvier dernier, le gouvernement français a écarté le scénario d’une sortie rapide du nucléaire. alors, mobilisons-nous !

 - Le réseau "Sortir du nucléaire" organise un grand rassemblement antinucléaire sur la place de la République le Dimanche 11 mars 2018 à 14h00 – Place de la République à Paris :

"En France, une sortie du nucléaire est plus urgente que jamais, alors que l’industrie nucléaire accumule les scandales, entre incidents à répétitions, malfaçons, falsification de dossiers et dissimulation d’anomalies..."

http://sortirdunucleaire.org/Grand-rassemblement-antinucleaire-sur-la-place-de

- La France insoumise vient de lancer une Campagne pour la sortie du nucléaire et pour la promotion des énergies renouvelables :

"l’objectif de réduction de la part d’électricité issue du nucléaire d’ici 2025 a été abandonné par Nicolas Hulot. L’urgence est pourtant réelle, à l’heure où deux tiers des réacteurs nucléaires français auront atteint 40 ans de vie en 2027 et présentent de nombreuses failles mettant en danger des millions de Français.es."

La campagne se terminera par une votation citoyenne qui aura lieu du 11 au 18 mars.

Campagne pour la sortie du nucléaire et pour la promotion des énergies renouvelables

- Prochaine Journée internationale contre les essais nucléaires le 29 août 2018

http://www.un.org/fr/events/againstnucleartestsday/

12 propositions pour éviter la catastrophe nucléaire

http://www.idn-france.org/2018/02/12-propositions-didn/

Franckushima : une évocation de la catastrophe de Fukushima, et une évaluation des risques en France

https://www.sciencesetavenir.fr/decouvrir/livres/le-livre-franckushima-une-evocation-de-la-catastrophe-de-fukushima-et-une-evaluation-du-risque-nucleaire-en-france_107549

Ginkgo biloba © Famartin sur Wikipedia Ginkgo biloba © Famartin sur Wikipedia

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.