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Billet de blog 16 janv. 2017

Le vote électronique, une fausse bonne idée ?

Les Français de l'étranger ont été les premiers électeurs en 2012 à participer à un scrutin en utilisant le vote électronique pour une consultation nationale. François Fillon, candidat investi par la droite et le centre à l'élection pour la présidence de la République française, veut généraliser le vote électronique pour chaque consultation. Mais est-ce une bonne idée ?

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En octobre dernier, quand il n'était encore qu'un des candidats à la primaire de la Droite, François Fillon a déclaré qu'il voulait « généraliser le vote électronique pour chaque consultation ». La Haute autorité pour la primaire de la droite avait d'ailleurs autorisé le vote électronique pour les Français de l'étranger malgré l'opposition de Nicolas Sarkozy.

En 2014, l’Assemblée nationale a rejeté l’extension du vote électronique suite à une proposition de loi UMP pour permettre aux Français de l’étranger de voter par Internet à l’occasion des élections présidentielles et européennes comme c'est déjà le cas pour les législatives depuis 2012. L'objectif était de «  simplifier la vie de l’électeur qui se trouve parfois à de longues heures de son bureau de vote, et de renforcer par la même occasion la participation électorale ». Les élus socialistes s'y sont opposés car « la sécurité du vote électronique n’était pas garantie, de surcroît pour une élection aussi importante que les présidentielles, et que le caractère secret et personnel du vote n’était pas non plus assuré » explique Next INpact. Et le Secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur, de la promotion du Tourisme et des Français de l’étranger Matthias Fekl dit qu'il n'est pas possible d'établir que le vote électronique favorise la participation électorale mais qu'il a « principalement eu pour effet de remplacer d’autres modalités et supports de vote ». 

Un rapport sénatorial de 2014 défavorable au vote électronique explique que « l’introduction du vote par internet n’a pas permis d’élever notablement le taux de participation aux élections organisées hors de France ». Surtout, il n’y a « aucune garantie que la personne votant par internet soit l’électeur concerné » car « l’authentification de l’électeur à l’aide uniquement d’un identifiant et d’un authentifiant adressés par voie postale ne constitue pas une garantie absolue ». Et aussi qu'il « est impossible à l’électeur de savoir si l’information enregistrant son vote a correctement retranscrit le choix qu’il a effectué et si cette information, à la supposer correcte, n’a pas été modifiée en cours d’acheminement jusqu’au serveur collectant les bulletins électroniques ». Un des sénateurs explique d'ailleurs que « des informaticiens lui avaient démontré le risque de fraude par introduction d’un logiciel permettant le détournement du vote ».

Dans un référé du 10 janvier dernier, la Cour des comptes explique que l'organisation des élections hors du territoire national coûte cher et note la « faible participation des Français de l'étranger aux élections, malgré les nombreuses facilités offertes » par le vote électronique. La Cour des comptes estime aussi que son fonctionnement « n'est pas satisfaisant » car le choix du prestataire « n'a pas été entouré de toutes les précautions souhaitables », et évoque des « difficultés techniques ».

A lire cet article sur deux chercheurs américains qui pensent que l'élection américaine de 2016 n'a pas été piraté mais que « l’élection de 2020 pourrait bien l’être. Nous faisons face à de plus en plus d’attaquants étatiques » expliquent-ils. 

Mais en novembre 2016, un groupe d'informaticiens et d'avocats invitait Hillary Clinton à demander un nouveau dépouillement dans le Michigan, le Wisconsin et en Pennsylvanie  car la candidate démocrate aurait « reçu 7 % de voix en moins dans les comtés où l’on votait électroniquement par rapport aux bureaux de votes papier ». 

D'ailleurs le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian a déclaré dernièrement qu'il « ne peut être exclu que des opérations de même nature que celles observées aux États-Unis cherchent à perturber le processus électoral français ». Rappelons que les Etats-Unis accusent la Russie d'avoir piraté des serveurs du parti démocrate.

Et si vous croyez que le logiciel libre est la solution pour le vote électronique, voir ce diaporama d'un membre de l'association April (qui milite pour la démocratisation et la diffusion du logiciel libre et des standards ouverts) et qui pense que « l'utilisation de logiciels libres n'est pas suffisante pour rendre le vote électronique acceptable ».

Et pour le matériel, « tout le problème est qu'il faut là encore faire confiance aux prestataires privés et à leurs promesses » explique Numerama en parlant de la société espagnole Scylt, chargée par l'Etat français de fournir la solution technologique du vote par internet aux élections législatives.

En 2015, un chercheur argentin a dénoncé des failles de sécurité dans le système de vote électronique utilisé par la mairie de Buenos Aires.

En 2015, Le Parlement wallon a adopté une proposition de résolution demandant l’abandon du vote électronique.  En 2014, c'est le gouvernement norvégien qui a annoncé l'arrêt des tests sur le vote électronique.  L'Allemagne a abandonné la généralisation des dispositifs électroniques de vote tout comme l'Irlande, qui avait  commencé à introduire le vote électronique en 2002, et a suspendu cette expérience en 2012. Et les Pays-Bas ont abandonné définitivement le vote électronique en 2008. Donc avant de prendre des décisions hâtives et de généraliser le vote électronique pour chaque consultation, nous ferions bien de regarder l'expérience de nos voisins européens.

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