LE CONSEIL NATIONAL DE L'ORDRE DES MEDECINS, LE GRAND DEBAT ET LES GILETS-JAUNES.

Voici quelques jours, le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) a adressé à toute personne inscrite au tableau une lettre dont certains passages auraient mérité un peu plus de précision.

Voici quelques jours, le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) a adressé à toute personne inscrite au tableau une lettre dont certains passages auraient mérité un peu plus de précision.

«C’est aujourd’hui grâce à nous qu’il (le système de santé) répond aux attentes des Français; mais combien de temps encore pourrons-nous remplir ce rôle, si une véritable réforme de notre système de santé n’intervient pas?»
Chacun dans notre pays, surtout s’il est prolétaire, a déjà peu ou prou directement ou non goûté aux délices des REFORMES: ce sont presque toujours les plus faibles qui en pâtissent, et les plus forts qui en profitent.

«L’abstention thérapeutique est une thérapeutique»; enseigne-t-on en France dans toutes les facultés de médecine. Excipant de cette vérité on peut sans grand risque de se tromper, affirmer que l’abstention en politique est une position politique; alors, au nom de quoi le Conseil national de l’Ordre des médecins invite-t-il ceux-ci à participer au fumeux Grand Débat?...

«Conscient des difficultés auxquelles nous faisons face, conscient de l’importance du rôle des médecins auprès des patients, je veux vous inviter dans ce moment charnière à prendre pleinement part au Grand débat initié par le Gouvernement, en particulier aux réunions organisées dans vos territoires pour y parler des médecins et du système de santé dans les valeurs éthiques et de dévouement qui nous rassemblent

Sur le tableau de l’Ordre figurent des fascistes -- j’en ai rencontrés, des proto-fascistes plus nombreux qu’on ne le croit, des marxistes çà et là, et surtout le marais. Afin de tenir en cohésion tout ce monde, il était d’usage que l’Ordre des médecins adoptât une attitude de neutralité politique; or avec cet appel solennel voire pathétique, il vient de franchir la ligne de neutralité; j’ignore si cet outrepassage est légal, mais il ne me semble pas d’usage hors cas particulier. Ce qui m’est le plus perturbant dans l’affaire, est que cette transgression par le CNOM est perpétrée sous le drapeau des valeurs éthiques. Comment se fait-il qu’il n’ait pas vu l’antilogie entre VALEURS ETHIQUES et GRAND DEBAT?

C’est justement parce que ce Grand Débat ne répond pas aux valeurs éthiques du débat public que madame Chantal JOUANNO a refusé de cautionner cette mascarade. À ce sujet voir Médiapart du 25/01/2019. Le Conseil National de l’Ordre des médecins qui est pour les médecins l’instance suprême prescrivant l’éthique, appelle à participer à un débat organisé à l’antipode de l’éthique: bizarre, bizarre!

Dans son entretien du 04/03/2019 avec monsieur Pierre JACQUEMAIN du journal «Regards», monsieur le Professeur Axel KAHN citait ce qui lui semblait être les quatre critères de l’éthique: «L’autonomie, la bienveillance, la non-malveillance et la justice
*L’autonomie. Difficile mais non impossible de croire encore à l’autonomie de l’Ordre après l’effacement de la ligne de neutralité et l’appel à l’accompagnement de la politique gouvernementale qui fait tant de mal aux plus faibles d’entre nous.
*La bienveillance. Si envers les Gilets-Jaunes elle est indéniable de la part de certains médecins, elle nous semble bien cryptique tant de la part du Gouvernement que de l’Ordre.
*La non-malveillance. Pour ce qui est de l’Ordre, j’ignore sa position officielle: je n’en parlerai donc pas; mais s’agissant du Gouvernement, je ne reviendrai pas sur les éborgnés, les manchots, blessés matraqués gazés, mais sur les paroles de monsieur le Président de la République grand concepteur du Grand Débat devant l’Eternel: «Ne pas parler de répression ou de violence policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit(...) Après des semaines je constate qu’il n’y a eu aucun mort du fait des forces de l’ordre.» C’est vrai, il n’y a eu aucun mort du fait des forces de l’ordre mais une morte: madame Zineb REDOUANE qui non contente de pousser l’outrecuidance de n’être pas homme, s’est payé le luxe de naître Arabe; et ça, aucune rubrique n’est affectée à ce genre d’individus dans les statistiques de l’Elysée.
*La justice. Là, nous sommes au coeur du sujet:les Gilets-Jaunes exigent la justice sociale; or nul n’ignore au CNOM que l’OMS définit la bonne santé comme «Un état de bien-être physique, mental et social»! Si la bonne santé des femmes et hommes habitant notre pays est le souci premier du Conseil National de l’Ordre des Médecins, plutôt que d’appeler à investir le Grand débat, s’il fallait nécessairement outrager l’usage n’eût-il pas été plus judicieux de susciter une Grande journée Gilet jaune dans les hôpitaux, cliniques et cabinets médicaux afin de faire saisir au Gouvernement l’exaspération des gens? Le Conseil national eût pu par la même occasion rehausser son crédit tant auprès des médecins -- je dis médecins mais non prestataires de services médicaux, que de la population générale.

Dans un article intitulé «Luttes de classes en France», article paru dans «Le Monde diplomatique» de février 2019 N°779, messieurs Serge HALIMI et Pierre RIMBERT exposent une vérité difficilement réfutable: «Dans les instants de cristallisation de la lutte de classes sans fard, chacun doit choisir son camp. Le Centre disparaît,le marais s’assèche. Et alors,même les plus libéraux, les plus cultivés, les plus distingués oublient les simagrées du vivre-ensemble»; le Conseil National de l’Ordre des médecins aurait-il déjà choisi son camp, celui des riches et de leur Président?... J’ose encore avoir la naïveté de croire que non; mais... peut-être me trompé-je

 

 

 

 

 

 

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