APRÈS LE BOGANDA SECOND. (1) À M.N.C-K.

Ce texte qui débute comme un poème, continue tel un roman, et se termine à l’instar d’un récit est l’histoire d’un délire œnolique né de la rencontre d’un consommateur de boganda avec une passante et l’image de celle-ci dans le bar Tenezrouf (pays de la soif).

Toi, Moi ;

Tous deux

Notre enjeu

Est la déité.

Toi, moi : néant, éternité.

Puisque la passion est dit-on amour versipèle,

Je t’offrirai la constance, mêmeté et ipséité dans unique coupelle.

Constance, déesse tutélaire de l’amour versicolore qui rétrécit l’espace et dilate le temps, guidera nos pas.

Portés tous les deux par les délices d’un commun délire nourri de souvenirs inventés, les appas délusoires de l’amour brasier de charme qui est carpelle de fleur stérile, ne nous séduiront pas.

Amour, naissance, mort ; amour, naissance, mort ... Qui suis-je ? Linéarité, point, instant, soma ; je t’imagine circularité, cosmos, temps, germen dont les linéaments dessineront les contours de notre flamme, Sirius dans un ciel limpide. Je suis... Puisses-tu devenir ? Nous pourrions alors... mais... ici et maintenant, tu n’es qu’un bouton.

Assis dans un jardin public, j’observe ce bouton de rose qui me regarde, me fascine, m’hypnotise. Rouge sombre il est, presque noir. J’entends le clapotis du temps qui coule, s’écoule du clocher de l’église voisine ; j’attends qu’à l’horloge placée devant moi, il passe ; mais peine perdue il demeure là, figé, statufié en deux aiguilles rivées à midi, ou peut-être minuit ; alors, à bout de patience, je passe à autre chose, d’autres rêves notamment à une rêverie sur un bouton de porte ornant tel un cabochon.

Quel meilleur usage de notre quotité disponible d’humanité, que d’aimer ? Chérir en chacun une parcelle de nous par lui portée ? La sente menant vers toi me sera jeu de l’oie, le six et le trois fusionneront en deux pétales d’un bouton de rose que je tiendrai à la main en jouant à la marelle jusqu’au Ciel où il deviendra bouton de porte. La porte est bindu, origine et aboutissement c’est-à-dire point de convergence mais aussi instant où Un mue en Plusieurs, lieu où unité et infini se mélangeant nous empêchent de sentir venir le moment de conclure. Tombe la pluie, brille le soleil ; dans la caresse d’une brise, le murmure d’une fontaine, le chant des oiseaux en forêt, le pleur d’un enfant, par la moire paressant dans les champs un soir d’automne ou par l’œil de Vénus sur le lac, sous le pli d’une robe, l’éclat d’un pétale paré de rosée, tu es bouton de rose symbole de beauté, bouton de porte promesse d’infini.

Mes yeux sur la rose, mon cœur plein d’espérance. Vogue le pétale sur l’onde frémissante quand mon âme plonge dans la rivière implorer Mami Wata, Aphrodite ondine. Sous la douce lumière du clair de lune, emporté par une quête avide de permanence je crains et espère en marchant près de toi ; dans l’onde transparente, ton visage me sourit ; pourtant tu ne t’y trouves pas, toi bouton de rose croissant dans le jardin clos de mon cerveau. La vie ne serait-elle qu’un rêve passager ou pis, passant, et l’impermanence sa vraie permanence ? D’aucuns auraient feuilleté la marguerite : tu n’es pas composacée, mais rose en bouton. Hélène, Thaïs, Salomé : Troie et Persépolis réduits en cendre, la tête de Jean-Baptiste sur un plateau d’argent pour un sourire ; mais ni Agamemnon, ni Alexandre, ni Hérode Antipas je ne suis. Nous longeons main dans la main, le canal qui chatoie ; pas synchrones, cœurs à l’unisson, nous marchons aspirés par un amour glouton : un sentiment diffus et confus nous imprègne. Eperdus, nous nous croyons perdus pour de bon ; mais nos âmes s’élèvent vers le Beau : vers, verre, vair ou souvenir d’un peigne ; je ne sais plus, je n’en peux plus. Ô quelle torture que de n’aimer tel un ribaud! Je raisonne, raisonne... servilement : mon amour a arraisonné ma raison. Amour, Amitié, tout s’est fondu en flamme, confondu en mon esprit bien racorni.

 

(la suite, le weekend prochain.)

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