APRÈS LE BOGANDA* SECOND (4)

S’il est vrai que les rosiers inermes sont beaux, je préfère nonobstant les miens couronnés d’épines car chacune d’elles vaut une goutte de sang de l’amoureux.

 

Premier invité à paraître devant ta porte, un bouquet de roses blanches à la main. S’il est vrai que les rosiers inermes sont beaux, je préfère nonobstant les miens couronnés d’épines car chacune d’elles vaut une goutte de sang de l’amoureux. Voix claire, douce ; personne en vue : inquiétude, désarroi puis... fascination : jour et nuit, une femme paraît. Jour ambre, nuit cristalline. Par une fenêtre où mon regard se fraie une sente, moitié gauche d’un visage ovale bordé de cheveux de jais, épaule homolatérale dénudée  toutes deux effleurées par une lumière quelque peu cuivrée. Caressante touche au point de piqûre des vaccins, un voile de dentelle noire incrusté de motifs floraux court mourir dans l’obscurité mystérieuse d’un sein. Cette femme c’est toi. Passant la porte, de la maison bouche qui ingurgite ou dégurgite, je pénètre dans la première pièce ; bref instant pour imaginer la vie qui ici a été, est, sera, aurait pu être sans toi aux longues jambes gainées de bas à résille. Cette antichambre aspire, absorbe tout ce qui de la nuit aura été chassé du parc ; tout : pénombre, silence, mystère... et toi qui t’approches à pas feutrés, m’installe à ta gauche près d’Anissa professeure célibataire, femme surannée par choix ou défaut on ne sait trop. Face à moi entre France Haricotier dame patronnesse par désœuvrement, et la transsexuelle Marie Claude Barabbas, monseigneur Irénée évêque de son état. À ta droite, monsieur Barabbas ancien colonel devenu pacifiste militant a en vis-à-vis monsieur Haricotier banquier député de gauche qui, après avoir traversé le parc en lacis où il s’est complu dans l’errance en admirant les jets d’eau crachés par Neptune a, au pied d’un rouvre du jardin public, tiré le zip de son pantalon, en a extirpé son zob et, pour le charmer peut-être, de son urine a zébré l’arbre.


Ce n’est point dîner d’avocats, mais agape entre gens de bonne compagnie ; chacun ayant pris sa place habituelle, comme de coutume madame France Haricotier ouvre la conversation.

- Hier me promenant dans la ville, je suis passée devant une maison de Dieu où m’a-t-on assurée, se présentent des femmes venant recevoir l’enseignement d’une prêcheuse : abbesse ?... Rabbi ?... Postulante à l’imamat ?... Lieu secret uniquement fréquenté par la gent féminine ce n’est nullement un béguinage qui est résidence de béguines, prosélytes d’un amour impérieux mais généreux intarissable et patient, femmes célibataires et laïques se donnant la liberté d’user de Dieu c’est-à-dire de le laisser se découvrir ou non, femmes réunies pour mener une vie semi-communautaire faite de travail et de prière : pas de vie en commun ni de célibat avéré ; ce ne semble point couvent car aucun mâle n’y est admis même au parloir, ni cloître puisqu’on peut en sortir. Il faut y porter les vêtements de l’emploi couleur cendre ou terre laissant entrevoir qu’on est bien femme sans pour autant en souligner les aspects érotiques.

- Ces fidèles s’apprêteraient-elles à prendre le pouvoir ? s’inquiète le banquier.

- Sans aucun doute possible, elles ne sont chrétiennes ; dixit l’évêque.

- Qui sont-elles ? interroge le colonel.

- Des femmes formant leur opinion non par conglutination affine comme à l’église, mais par confrontation agoniste. Que sont devenus nos lieux classiques de culte aujourd’hui ?... des endroits où sont baptisés les enfants, mariés les parents, célébrés les obsèques des grands-parents : une antichambre du restaurant.

- Tout en estimant Professeure que vous exagérez quelque peu, je pense que la perversion sus-décrite résulte d’une perte de la foi, d’une vacance de sens.

- Vacance de sens ?... peut-être, mais perte de foi, certainement pas Monseigneur ! Jamais avant aujourd’hui n’avons-nous manifesté pareille ferveur pour Mammon. La foi, nous l’avons mais le trône a changé de dieu. Grâce au savoir fourni par la psychologie nous pouvons, que dis-je ? Nous devons mettre en accord vie intérieure et intérêt matériel personnel ; tout ce qui n’est pas immédiatement profitable est inutile, nuisible ; même le mystère de l’amour est en train d’être démembré afin d’assujettissement.

(La suite, demain)

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