Bolivie. De l’indignation à la révolte

Quelques remarques et réflexions à propos des résultats des élections nationales et des affrontements qu’ils suscitent entre le gouvernement d’Evo Morales et ses partisans d’une part, et l’opposition politique et citoyenne qui en conteste la validité, d’autre part.

Alors que l’affichage du dépouillement du scrutin des élections nationales boliviennes du 20 octobre dernier et les sondages sortie des urnes laissaient présager l’organisation d’un second tour entre les deux candidats à la présidence arrivés en tête, Evo Morales et Carlos Mesa, il fut brusquement interrompu  vers 20h pour ne reprendre que 24 heures plus tard. Finalement, le 25 octobre Evo Morales fut déclaré vainqueur par le Tribunal suprême électoral après une fin de dépouillement mouvementée (47,08% des voix contre 36,51% à son concurrent)[1]. De forts soupçons de fraude pèsent sur l’organisation et le déroulement de ces élections. Une mission de l’organisation des États américains (OEA) réalise actuellement une expertise du vote.

Le prévisible

Seuls les crédules et les mal informés pouvaient imaginer qu’Evo Morales accepterait de perdre des élections dont il avait, par une série d’artifices, imposé la tenue au mépris de la Constitution. Au reste, dès son arrivée à la présidence du pays, en 2006, lui et ses proches annonçaient déjà qu’ils avaient conquis le pouvoir pour le garder. « Nous ne sommes pas logés au palais (du gouvernement) en locataires, et nous ne sommes pas de passage, nous y sommes arrivés pour y rester définitivement, si c’est possible plus de 500 ans » répétait-il encore en 2014[2].

Au risque de paraître suffisant, il me paraît utile de rappeler certains passages de billets publiés antérieurement sur ce blog qui annonçaient la situation dans laquelle la Bolivie se trouve maintenant plongée.

Evo Morales. Feu vert pour le quatrième mandat diffusé le  8 décembre 2018 : « Il serait cependant tout à fait naïf de croire qu’Evo Morales cèdera la direction du pays à une autre équipe, parviendrait-elle à se faire élire en octobre prochain. Il se battra jusqu’au bout pour la conserver avec toutes les armes dont il dispose, en employant la violence qu’il faut, car pendant ces treize années de présidence son seul et unique objectif – qui a sous-tendu toutes ses décisions politiques – a été d’occuper le pouvoir pour en jouir de toutes les manières possibles. Tout le discours sur la défense des Indiens, de l’environnement, de l’honnêteté (cf. le ministère anti-corruption) et même de la démocratie, aussi bien que sa vindicte anti impérialiste n’est que poudre aux yeux. Ce n’est que l’habillage, le masque, le piège à gogos de cet unique et grisant objectif. Parcourant quotidiennement le pays, en avion, en hélicoptère et en voiture, il n’a d’ailleurs jamais cessé d’être en campagne électorale. »

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Bolivie 2018 : la dictature en marche diffusé le 2 janvier 2018 : « Et même si Evo Morales venait à perdre les élections de 2019, il dispose d’un tel pouvoir qu’il pourrait en invalider le résultat et continuer à gouverner à la manière du régime vénézuélien. De plus, en l’état actuel des choses, son successeur éventuel ne pourrait prendre appui sur aucune majorité parlementaire – les partis politiques d’opposition sont rivaux et en charpie – ni sur aucune institution publique, car toutes sont profondément gangrenées et asservies au régime actuel. Enfin, les cocaleros du Chaparé, arrimés aux trafiquants de cocaïne dont dépend leur survie en tant que producteurs, conforment maintenant un bloc économique et politique incontournable, très difficile à intégrer dans une démocratie entièrement à réinventer.

S’il y a une leçon à tirer de cette évolution politique, c’est qu’il ne faut pas laisser une dictature s’installer. Lorsqu’elle est en place, il devient très difficile et très coûteux de la faire cesser. »

Que l’on me comprenne bien. Je ne me répète pas pour le plaisir de me répéter. Ma seule préoccupation depuis que j’ai ouvert ce blog a été de tenter de démonter les artifices de  la propagande du gouvernement bolivien – diablement efficace – et lui opposer les réalités de sa politique. Ce travail  a apporté  de nombreuses preuves  que cette politique n’est en rien progressiste – c’est ainsi qu’elle se présente et qu’une partie de la gauche européenne veut la voir – et qu’au contraire ce gouvernement est autocratique, hostile aux populations indiennes des basses terres dont il contribue à la fragilisation voire pour certaines à la disparition, profondément corrompu,  vecteur ou au moins protecteur du trafic de cocaïne,  prédateur et pollueur des ressources naturelles d’un pays qui en est si merveilleusement pourvu qu’elles pourraient assurer à jamais la subsistance de sa population pour peu qu’on y conduise des politiques appropriées.

Je n’étais évidemment pas le seul à prévoir un tel scénario. Voici, parmi de nombreuses autres annonces, celle du chroniqueur Agustin Echalar en décembre 2017 : «Tout laisse à penser qu’Evo Morales restera au pouvoir après le 22 janvier 2020. Il peut gagner l’élection à laquelle, selon la Constitution, il n’a pas le droit de se présenter, et s’il ne gagne pas il trouvera le moyen d’habiter son horrible palais[3]. »

L’inattendu

Si la conduite prépotente et frauduleuse du gouvernement était prévisible, la mobilisation inédite de larges secteurs de la population – des millions de personnes –dans toute l’étendue du pays, depuis une quinzaine de jours, l’était beaucoup moins. La somme des abus, des humiliations, des insultes des gouvernants et l’arrogance mégalomane de son leader ont débouché sur une colère et une opposition déterminée

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Il y avait bien eu une vague d’indignation à la suite de la répression de la marche indigène de 2011 qu’avaient conduite les opposants à la construction d’une route traversant le territoire indigène et parc protégé Isiboro Sécuré (TIPNIS ), mais avec obstination le gouvernement avait repris la main, en divisant les organisations indigènes à coup de prébendes et d’intimidations et en contraignant au silence les ONG environnementalistes et de défense des droits de l’homme par des tracasseries administratives et financières.

Il y avait eu ensuite, en 2015-2016, une floraison de groupes citoyens appelant à refuser la réforme constitutionnelle soumise à referendum pour annuler les articles limitant la candidature présidentielle à deux mandats successifs. Et depuis, régulièrement, le camp du Non organisait des manifestations pour rappeler que la majorité du pays s’était prononcée contre la réélection de Morales le 21 février 2016.

Mais finalement le gouvernement avait déroulé  son plan d’organisation électorale et diffusé sa propagande massive dans un pays qui paraissait subir ses diktats dans une sorte d’apathie. La pauvre campagne d’une opposition divisée et dont les candidats semblaient plus occupés à se combattre les uns les autres qu’à abattre celui qui fixait les règles du jeu d’un combat illégal, inégal et truqué confortait ce sentiment que la population prenait ses distances à l’égard du jeu électoral et s’était résignée à la permanence du caudillo au pouvoir.

Mais le 20 octobre au soir la colère éclata après que le tribunal suprême électoral eut suspendu la diffusion du décompte des votes. Les appels à la mobilisation se multiplièrent sur les réseaux sociaux. Les manifestations suivirent et aboutirent à l’incendie de plusieurs tribunaux électoraux et de sièges départementaux du MAS (Chuquisaca, Potosí, Tarija, Pando[4]) tandis que les queues s’allongeaient devant les stations d’essence et les supermarchés[5].

Le lendemain, après que le décompte eut repris, la mission des observateurs de l’OEA exprima sa surprise face « aux changements drastiques des résultats » et pointa « l’inégalité évidente entre les candidats » en raison de « l’usage des ressources publiques par le parti gouvernant [6] ».

Depuis lors des manifestations de toute sorte (cabildos abiertos (assemblées populaires), opérations ville morte,  défilés, rassemblements, barrages, grèves, grèves de la faim, concerts de casseroles …) agitent les capitales départementales (toutes) et de nombreuses villes ou agglomérations secondaires. Elles sont relayées hors du pays par les résidents boliviens de l’étranger.  Et elles n’ont pas baissé d’intensité depuis le 20 octobre[7]. Si bien que certains chroniqueurs évoquent un « printemps bolivien[8]. »

Des secteurs organisés dont on attendait qu’ils soutiennent le parti gouvernemental s’unissent aux contestataires, notamment au sein de la centrale ouvrière bolivienne (COB[9]) dont la direction nationale s’était engagée dès novembre dernier en faveur de l’élection d’Evo Morales. C’est le cas  des ouvriers de manufactures (fabriles) du département de Cochabamba et des Centrale ouvrières départementales de Sucre  et de Potosi[10]. Les  mineurs des coopératives du département de Potosi rattachés à la FENCOMIN  participent aux manifestations antigouvernementales[11], de même que les chauffeurs salariés du transport national et international (SCHATIN)[12]. Il s’est trouvé aussi des effectifs de policiers refusant de réprimer comme à Sucre et à Potosi[13] ou pour soutenir la protestation, comme les retraités de Cochabamba[14]. Un groupe d’officiers de l’armée appartenant à la réserve active a appelé à l’unité des militaires avec le peuple[15]. Le bruit court qu’il y a des tensions dans l’armée entre partisans et adversaires de la répression des manifestants[16]. On notera aussi que des dissidents du MAS ayant occupé des postes de confiance pendant les premières années de la présidence de Morales se joignent au mouvement : Rebeca Delgado, Eduardo Maldonado, Alex Contreras,  Rafael Puente,  notamment[17]. Il y en a beaucoup d’autres parmi les occupants de postes plus secondaires.

Mais les mobilisations sont surtout le fait des jeunes citadins[18]. Alors que la jeunesse en général –2,6 millions de 16 à 28 ans (23% de la population selon les projections de l’INE) –, notamment les étudiants et lycéens, s’était montrée plutôt atone depuis l’arrivée d’Evo Morales à la présidence, elle est maintenant au cœur du combat. Son réveil a débuté en 2015 à l’occasion du référendum destiné à modifier la Constitution. Les jeunes  se sont alors organisés en multiples mouvements citoyens à  forte présence féminine. La loi électorale a fait en sorte qu’ils ne puissent pas se présenter en tant que tel aux élections. Une partie d’entre eux se sont retrouvés derrière Carlos Mesa dans le front Comunidad ciudadana (CC) – dont le nom a bien sûr été choisi à dessein. Globalement, cette jeunesse mobilisée est en quête de démocratie, de moralisation de la vie politique et de respect de l’environnement.

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« Les jeunes qui occupent les places et les rues en arborant le drapeau bolivien comme symbole sont porteurs de valeurs de convivialité.  Les minots (changos) qui nous interpellent quotidiennement par leurs slogans "personne ne se lasse", "personne ne lâche" ont ouvert une brèche dans un pays qui n'a plus besoin de répertorier ses différences pour se sentir authentique, qui se considère et se montre sans affectation. C’est votre tour, ne reculez pas, il nous reste à vous remercier et à céder la place. » écrit Rafael Archondo Q[19].  C’est eux qui majoritairement dressent des barricades, organisent les manifestations et les meetings,  inventent les slogans et les chants, tournent les vidéos et les font circuler sur les réseaux sociaux dont ils font un usage constant, inventif et efficace ; et c’est eux aussi qui sont au cœur des chaînes de solidarité et assurent la logistique du mouvement

Enfin il est fondamental de rapporter les prises de position des groupes indigènes de l’Orient bolivien même si leur capacité de mobilisation est relativement faible dans le contexte actuel.

Le comité organisateur de la Xème marche  des peuples indigènes du Chaco et  de l’Amazonie qui rassemble entre autres les 34 groupes unis dans la Confederación de Pueblos Indígenas de Bolivia (CIDOB),  constitué  pour obtenir l’abrogation des décrets autorisant les brûlis dans les départements de Santa Cruz et du Beni (actuellement basé dans la ville de Santa Cruz après un mois de marche), demande l’annulation des élections et la démission des membres du tribunal électoral[20].

Et le 27 octobre dernier, après qu’Evo Morales eut lancé la consigne d’assiéger les villes, La Coordinadora Nacional de Defensa de Territorios Indígenas Originarios Campesinos y Áreas Protegidas (Contiocap)  qui regroupe des organisations indigènes et paysannes menacées par les projets de barrages géants, les chantiers d’exploitation des hydrocarbures et ceux des infrastructures routières, déclara : « Le gouvernement , sous une fausse identité indigène, se présente face à la communauté internationale comme la victime d’un complot raciste (…) Cependant ces derniers jours, et en dépit de cette posture indigène, tels les patrons qui dans le passé faisaient de nous des esclaves, il a menacé le peuple mobilisé pour défendre ses droits constitutionnels d’une répression et d’un siège violent »[21].

 La suite

La seule chose que l’on peut affirmer actuellement, c’est que la Bolivie est entrée dans une période de turbulences politiques et sociales dont on ne voit pas l’issue. Au risque de me tromper, voici tout de même un pronostic.

Le plus probable, dans l'immédiat, est que le gouvernement d’Evo Morales se maintienne, quel que soit le verdict de la mission des observateurs de l’OEA qui réalise l'audit du scrutin (en s’en tenant au seul vote du 20 octobre, selon les annonces officielles). S’il demeure en place en respectant les résultats du vote du 20 octobre, bien qu’ayant la majorité absolue à la chambre des députés et au sénat ses marges de manœuvre seront réduites. Actuellement, en effet, la majorité des deux tiers lui permet de faire entériner la nomination des hauts fonctionnaires et du haut commandement de l’armée à son gré, sans avis de l’opposition.  De plus son crédit sur la scène internationale sera nettement entamé: de nombreux pays se sont prononcés en faveur d'un second tour.

Le climat social est durablement détérioré et il n’y a aucune chance pour qu’un nouveau gouvernement du MAS puisse rétablir une forme de confiance et la paix sociale.

Enfin la situation économique est plus critique qu’il n’y paraît au vu de la croissance du PIB[22] (un chiffre qui aveugle bien des commentateurs qui vantent le miracle bolivien). Or depuis la fin du boom du prix des matières premières en 2014, la balance commerciale est déficitaire. La commercialisation future du gaz est incertaine (la principale source de revenus fiscaux) car ses principaux acheteurs, le Brésil et l’Argentine disposent maintenant de réserves propres. Excepté le Venezuela le déficit fiscal du pays  est le plus élevé d’Amérique du sud (chiffres de 2017 et 2018)[23]. Les réserves de change ont diminué de moitié en quatre ans. La dette ne cesse de croître (notamment la dette bilatérale avec la Chine). La pauvreté recommence à augmenter. Et n’oublions pas que la Bolivie demeure de loin le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, tandis que 70 à 80% de sa population active travaille dans le secteur économique informel dans des conditions précaires, sans respect du droit du travail, sans sécurité sociale, sans retraite… Les services de santé et d’assainissement, le système éducatif, les transports sont à la traîne[24].  Ce bilan sommaire signifie que le gouvernement qui s’installera en janvier prochain, quel qu’il soit, devra prendre des mesures impopulaires d’ajustement.

On peut se demander combien de temps les opposants et les manifestants – dont certains  commencent à fatiguer –  pourront tenir dans la rue alors que les citadins souffrent de problèmes d’approvisionnement et vont bientôt manquer de numéraire? Pour le moment le gouvernement joue la montre tout en faisant intervenir la police et en lançant des sortes d’attaques commandos contre les barragistes : des groupes de militants du MAS attaquent les bloqueurs, des mineurs les provoquent à la dynamite, des nervis recrutés dans la pègre les assaillent armés de bâtons et de pierres... Jusqu’ici, en deux semaines de grève et de manifestations, il y a eu deux morts et environ 140 blessés[25].  

Mais la répression pourrait bien se durcir, surtout après le départ de la mission de l’OEA. Selon le ministre de la présidence Juan Ramon Quintana, «  La Bolivie va devenir un grand champ de bataille, un Vietnam moderne ». Il annonce deux types de riposte « récupérer l’initiative dans la rue » et faire en sorte que le système de comptage des votes (re)devienne transparent ce qui « redonnerait sa légitimité au gouvernement. » « Et cela va être une rude bataille, un champ de bataille contre la virulence mensongère des médias et des réseaux», prévoit- il[26].

Si on ne voit pas bien comment rendre transparente une comptabilisation auparavant rendue opaque, en revanche l’offensive pour occuper l’espace urbain devient palpable, notamment à La Paz, où dans la journée du 5 décembre s’est déroulée une marche d’appui au régime encadrée par la COB, un violent affrontement entre un groupe de médecins et d’étudiants et des paysans (au moins huit blessés), et une occupation de l’aéroport encadrée par plusieurs proches du gouvernement dont la candidate à la députation pour le département de La Paz et deux anciens ministres, pour empêcher le leader du comité civique de Santa Cruz, Luis Fernando Camacho, d’approcher le président pour lui demander de démissionner. Ce groupe contrôlait les arrivées et les sorties de l’aéroport et se plaisait à humilier les passagers en provenance de Santa Cruz[27].  Et pas moins de huit journalistes ont été agressés par les troupes de choc du MAS pendant cette même journée[28].

Il est par ailleurs inquiétant de voir que les opposants qui s’étaient finalement regroupés le 23 octobre pour conformer  la Coordinadora de Defensa de la Democracia adoptent des stratégies divergentes. D’un côté il y a des leaders de comités civiques (au premier chef celui de Santa Cruz, de loin le plus puissant) qui, enflammés par la réussite des manifestations, somment Evo Morales de démissionner, et de l’autre Carlos Mesa, candidat à la présidence pour le compte de CC qui réclame l’annulation des  élections et la convocation à un nouveau scrutin. De plus, certains comités civiques (Sucre, Cochabamba) commencent à se démarquer du leader crucénien auxquels ils reprochent des prises de position personnelles et précipitées.

Dans ce contexte, incertain et volatile, l’attitude des policiers et des militaires, va être cruciale. Pour fidéliser les policiers, le gouvernement vient de les gratifier d’une prime exceptionnelle de 3000 bolivianos (392 euros)[29].

On ne sait pas si les militaires ont bénéficié du même traitement. Le commandement en chef des forces armées a émis un communiqué selon lequel « elles veilleront au maintien de la démocratie, à l’unité du peuple bolivien et à la souveraineté nationale » dans la conjoncture actuelle de « mise en péril de l’ordre constitutionnel, de la stabilité et de la tranquillité de l’État[30]; une annonce vague  somme toute prudente.

Addenda

La journée du six novembre a été particulièrement agitée. Les contestataires du résultat des élections ont paralysé le fonctionnement de plus d’une quarantaine d’institutions publiques dans huit départements, tandis que le transit frontalier était bloqué dans les départements du Beni et de Tarija, notamment par les chauffeurs de poids lourds.

À Cochabamba les affrontements très violents entre partisans du MAS convoqués pour en découdre (paysans des  vallées, cocaleros, femmes paysannes syndiquées (Bartolinas..), et l’opposition, des groupes de jeunes urbains et des ouvriers du textile principalement, ont fait un mort et 90 blessés. À Vinto, une municipalité proche aux mains du MAS, après que la rumeur eut couru que les affrontements avaient causé plusieurs morts parmi les opposants, la maire, accusée de payer les paysans et de répartir de la dynamite a été séquestrée et molestée, tandis que la mairie était saccagée.

À Oruro une  grande assemblée générale publique (cabildo) a décidé d’organiser une marche sur La Paz lundi prochain pour occuper  « les institutions les plus corrompues » et exiger de nouvelles élections.

À La Paz, des chauffeurs de bus ont débloqué violemment l’accès à la zone Sud, tandis que des barrages étaient érigés dans le centre de la ville par les étudiants, les personnels de l’université publique, des médecins du Sindicato de Ramas Médicas de Salud (Sirmes), et les habitants. Les  bloqueurs de certains services publics se sont heurtés  à la résistance des fonctionnaires ou à des barrages de police.

À El Alto, une municipalité aux mains de l’opposition, des groupes de choc ( selon la maire de la ville, une partie d’entre eux étaient des cocaleros du Chaparé arrivés en convoi) ont endommagé la mairie,  et agressé les centaines de jeunes qui étaient allés à l’aéroport pour accueillir le leader du comité civique de Santa Cruz venu demander une nouvelle fois à  Evo Morales qu’il signe une lettre de démission. Ils ont finalement été évacués par la police qui est intervenue tardivement. José Luis Camacho et ses accompagnateurs, notamment l’ancien président Jorge Tuto Quiroga, et le candidat à la vice-présidence pour le compte du CC ont été transférés dans le centre de La Paz. On n’en sait pas plus au moment où j’écris ces lignes.

Et ce ne sont là que quelques épisodes d’affrontements qui continuent de se produire dans de nombreuses agglomérations du pays.

Pendant ce temps, les témoignages et rapports concernant les fraudes qui ont émaillé la journée électorale et  le dépouillement du scrutin se multiplient. 

 

[1]  Selon la loi électorale bolivienne  dans le cas où le premier candidat obtient plus de 40% des voix et si l’écart avec le second est supérieur à 10%, le premier est déclaré élu dès le premier tour. En l’occurrence les  0,57% au-delà du 10% représentent un peu moins de 18 000 voix.

[2] Une formulation qui renvoie aux 500 ans écoulés depuis la conquête.

[3]  http://www.paginasiete.bo/opinion/agustin-echalar-ascarrunz/2017/12/31/2018-ganas-164927.html

Lire aussi : https://www.eldeber.com.bo/154726_no-fue-por-falta-de-aviso

[4] https://urgente.bo/noticia/un-d%C3%ADa-despu%C3%A9s-de-elecciones-pac%C3%ADficas-la-violencia-sacude-bolivia-la-polic%C3%ADa-en-sucre-evita https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/10/21/bolivia-estalla-en-indignacion-se-lanza-contra-el-tse-el-mas-235130.html

[5] https://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-50134374

[6] https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/10/21/oea-expresa-profunda-preocupacion-ante-cambios-drasticos-de-resultados-electorales-235129.html

« La OEA expresa su sorpresa ante los cambios drásticos de los resultados", indicó y señaló además que la misión vio una "inequidad evidente entre las candidaturas" en condiciones “muy complejas” debido a un “notorio uso de recursos públicos” por parte del partido de Gobierno »

[7] Pocas veces se ha visto una reacción tan contundente de la oposición en todo el país para defender su voto. A diario, en las “mil esquinas”, la sociedad civil realiza bloqueos, cabildos, manifestaciones y cacerolazos. https://www.paginasiete.bo/opinion/veronica-ormachea-gutierrez/2019/10/29/bolivia-enganada-235762.html

[8] https://www.paginasiete.bo/opinion/francesco-zaratti/2019/11/2/la-primavera-boliviana-236121.html

[9] En el pasado era indiscutible que el actor principal era la COB , a la cual trabajadores asalariados o no recurrían  en búsqueda de justicia y defensa de sus derechos políticos

[10] https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/1/centrales-obreras-de-potosi-de-cochabamba-se-fracturan-236090.html

[11] http://eju.tv/2019/10/mineros-marchan-contra-evo-en-potosi-y-en-santa-cruz-crean-bolivia-tv-ciudadana/

[12] http://www.erbol.com.bo/nacional/choferes-del-sector-pesado-piden-anular-elecciones-y-renuncia-del-tse-para-que-cese-la

[13] https://www.infobae.com/america/america-latina/2019/10/22/tension-en-bolivia-manifestantes-quemaron-oficinas-electorales-en-sucre-y-potosi-en-medio-de-gritos-de-fraude/

[14] https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/6/policias-pasivos-de-cochabamba-piden-respeto-al-voto-agradecen-camacho-236502.html

[15] https://fmbolivia.com.bo/ffaa-de-reserva-activa-pide-unidad-a-la-sociedad-e-insta-a-militares-que-esten-al-lado-del-pueblo/

[16] https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/2/denuncian-que-la-base-de-operaciones-del-mas-esta-en-unidad-militar-crucena-236136.html

[17] https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/10/29/disidentes-del-mas-rompen-el-silencio-critican-evo-por-aferrarse-al-poder-235799.html

[18] https://www.paginasiete.bo/opinion/rodolfo-erostegui-t/2019/10/29/actores-sociales-cambio-de-guardia-235758.html

[19]  https://www.paginasiete.bo/opinion/2019/10/31/nadie-se-cansa-235941.html

Voir aussi :https://guardiana.com.bo/opinion/evo-y-los-jovenes/ et https://www.paginasiete.bo/opinion/2019/11/5/la-generacion-evo-la-democracia-236408.html

[20] https://www.eldeber.com.bo/155083_las-elecciones-deben-anularse-el-12-del-padron-esta-viciado ;

https://www.opinion.com.bo/articulo/cochabamba/suman-voces-sectores-piden-nuevas-elecciones/20191031030204734737.html

[21] https://www.noticiasfides.com/nacional/politica/coordinadora-de-pueblos-indigenas-denuncia-a-evo-por-pretender-esclavizar-con-cercos--401950  Sur les prises de position de CONTIOCAP voir aussi : https://www.notiboliviarural.com/mediambiente/contiocap-no-cree-en-pacto-de-leticia-y-apunta-a-evo-de-promover-destruccion-de-la-amazonia CONTIOCAP fut créée en décembre 2018 dans la réserve de flore et de faune de Tariquia menacée par un projet d’exploitation pétrolière.

[22] https://brujuladigital.net/inaset/realmente-el-pib-crecio-cuatro-veces-desde-2006;  Entre  2016 et 2018, le PIB augmentait d’environ 4%. Chaque année. Il ne dépassera pas 3,38%  au second semestre de 2019.

[23] https://fundacion-milenio.org/economy-bolivia-con-el-deficit-fiscal-mas-alto-de-la-region-despues-de-venezuela/

[24] https://www.lostiempos.com/actualidad/opinion/20190929/columna/desmitificando-evonomics-nueve-tweets

[25] https://www.brujuladigital.net/politica/ffaa-dicen-que-esta-en-riesgo-el-orden-constitucional-y-prometen-velar-la-democracia

[26] https://mundo.sputniknews.com/america-latina/201910301089163547-bolivia-se-prepara-para--campo-de-batalla-un-vietnam/

[27] https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/6/la-policia-reprime-medicos-protege-los-grupos-del-mas-236560.html ; https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/6/masistas-marchan-intimidan-en-el-centro-con-dinamitazos-palos-236555.html ; https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/6/las-nueve-horas-de-camacho-en-el-aeropuerto-de-el-alto-236549.html

[28] https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/6/grupos-del-mas-golpean-periodistas-de-siete-medios-236559.html?fbclid=IwAR1LZV2yUcFN5VAol8T8MNzL3red_SaFaPYDfeyWj6_AdzMMSQTLvcBwZSc

[29] https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/5/gobierno-da-bono-lealtad-de-bs-3000-policias-algunos-repudian-el-deposito-236395.html

[30] https://brujuladigital.net/politica/ffaa-dicen-que-esta-en-riesgo-el-orden-constitucional-y-prometen-velar-la-democracia ; https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/5/ffaa-velaremos-por-la-unidad-la-democracia-236448.html 

 

 

 

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