Bolivie : carnaval socialiste et dictature

L’imposture érigée en mode de gouvernement.

 

Il ne se passe pas un jour…

 

Il ne se passe pas un jour sans qu’Evo Morales ne fustige le capitalisme, ou l’impérialisme (yankee, bien sûr), le plus souvent les deux,

Mais il ne se passe pas un jour sans que le gaz, le pétrole, les minerais exploités par les compagnies transnationales capitalistes n’alimentent le trésor public bolivien qui serait vite asséché sans ces recettes.

Et il ne se passe pas un jour sans que les cultivateurs de coca n’alimentent le marché capitaliste sauvage et maffieux de la drogue – principalement  les cultivateurs du Chaparé, dont Evo Morales est le chef.  À la différence des compagnies transnationales capitalistes, les cocaleros ne payent pas d’impôts.

De qui se moque-t-on ?

 

Pas une occasion ne passe sans qu’Evo Morales en Bolivie comme du haut de tribunes internationales ne se présente comme un défenseur de la nature, et de la Terre Mère (Pachamama).

Mais il ne se passe pas un jour sans que la terre bolivienne ne soit polluée par les résidus miniers, les fuites des puits d’extraction du gaz et du pétrole, les herbicides et pesticides utilisés sans frein pour l’agro-industrie comme pour la production de la coca et les produits chimiques toxiques nécessaires au raffinage de la cocaïne.

Et il ne se passe pas un jour sans que le déboisement ne ravage un pan de la forêt, à moins qu’elle ne soit détruite par des incendies volontaires. Aucune politique publique sérieuse ne cherche à limiter la déforestation  et l’empoisonnement de la Pachamama.

De qui se moque-t-on ?

 

Il ne se passe guère de jours sans qu’Evo Morales  ne se dise  victime de la guerre (sale, toujours) que lui livrent les medias, les ONG, les réseaux sociaux et même l’Église.

Mais tous les jours il restreint leur espace de liberté par des intimidations des décrets et des lois. Un texte est en préparation destiné à censurer les réseaux  sociaux – des poubelles, selon ses dires.

De qui se moque-t-on ?

 

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À chaque cérémonie d’investiture à la présidence Evo Morales se présente en chef des Indiens boliviens, voire des Indiens du continent américain.  Pour qu’on y croit, il s’accoutre en empereur inca.

Mais il ne se passe pas de jour sans que ne disparaissent des indigènes des Basses Terres, seuls ou par familles entières, repoussés par les colons qui s’emparent de leurs territoires et de leurs ressources avec la bénédiction du Movimiento al  Socialismo (MAS), entrepreneurs forestiers, éleveurs, agro-industriels mais aussi planteurs de coca.  Aucune politique publique n’est mise sérieusement en place pour assurer leur survie.

De qui se moque-t-on ?

 

Un jour de mars 2012, Evo Morales a fait approuver la Loi contre le harcèlement et la violence politique à l’égard des femmes[1], et un jour de 2013, il a promulgué  la Loi intégrale pour garantir aux femmes une vie sans violence   (Loi 343) – soi-disant la plus en avance d’Amérique latine.

Mais tous les trois jours une femme est assassinée,  et sur les 10759 cas de violence dénoncés dans l’année qui a suivi la promulgation de la loi 343, seulement 186 ont débouché sur une accusation formelle, trente ont donné lieu à un jugement,  mais pas un seul agresseur n’a été sanctionné[2].

De qui se moque-t-on ?

 

Un jour de février 2009, Evo Morales a créé  le ministère de la Transparence institutionnelle et de la lutte contre la corruption  (MTILCC)[3], et un jour de mars 2010, il a pondu la Loi pour la lutte contre la corruption, l’enrichissement illicite et l’enquête sur les patrimoines  (investigación de fortunas)[4]Noble programme !

Mais il ne se passe pas de semaines sans que l’on ne dévoile un nouveau scandale dans lequel sont impliqués des membres du gouvernement et de la haute administration, et ceux qui les dénoncent courent, plus que les corrompus, le risque de finir en prison.

Et il ne se passe pas de jour sans que l’appareil judiciaire et le dispositif policier – aussi notoirement corrompus l’un que l’autre–  ne soient employés à traquer quelque opposant au régime.

De qui se moque-t-on ?

 

Finalement, il ne se passe pas de jour sans qu’Evo Morales et ses séides ne fasse un pas de plus vers la dictature.

 

On peut comprendre les manœuvres et les mensonges du caudillo. La seule chose qui lui importe – et qui motive sa cour d’adulateurs – c’est de se perpétuer au pouvoir  et de jouir de tous ses attributs. À ce seul objectif tendent tous les discours et toutes les manœuvres.

Mais comment comprendre qu’il se trouve des alliés, ici, en France, et ailleurs dans le monde, qui considèrent ce tyranneau comme un progressiste, qui en font  un modèle pour la gauche ? Comment-peut-on s’aveugler à ce point et prendre des vessies pour des lanternes ? Pourquoi ne veut-on pas regarder la réalité en face? Pourquoi  faut-il s’inventer un bon sauvage au loin pour en faire le bon révolutionnaire qu’on semble avoir renoncé à imaginer chez nous ?

 

 

 


[1] Censée protéger les femmes occupant des charges électives.

[2] http://www.la-razon.com/sociedad/Elizabeth-Gutierrez-Ley-insuficiente-violencia_0_2011598897.html

19 femmes ont été assassinées entre le 1 janvier et le 29 février 2016. 

[3] Décret  Nº 29894  du 7 février 2009. Il comprend deux secrétariats d’Etat (viceministerios): 1) de Prevención, Promoción de Ética y Transparencia et 2) de Lucha Contra la Corrupción.

[4] Loi Nº 004 Marcelo Quiroga Santa Cruz,  31 mars 2010.

 

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