Les derniers boniments phallocrates d’Evo Morales

Comment Evo Morales rend compte publiquement de ses rapports avec les femmes. Quelques exemples.

 

Certains jugements à l’emporte-pièce du président bolivien sont bien connus. C’est notamment le cas des formules qu’il a utilisées à l’occasion de son discours d’inauguration de la Conferencia Mundial de Los Pueblos sobre el Cambio Climático y los Derechos de la Madre Tierra tenue le 21 avril 2010 à Tiquipaya : « Le poulet que nous consommons est bourré d’hormones féminines. En conséquence, lorsque les hommes mangent du poulet, ils deviennent moins virils »[1] ; « Que les frères européens me pardonnent, la calvitie est une maladie européenne ; presque tous sont chauves. Et c’est en raison de leur alimentation. Tandis qu’il n’y a pas de chauves au sein des peuples indigènes parce que nous ne consommons pas de ces aliments. Il suffit de me regarder pour s’en rendre compte»[2]

SI bien qu’en 2011, le journaliste et poète Alfredo Rodríguez, président de l’association des écrivains de Santa Cruz, a eu l’idée de réunir « ces phrases populaires et controversées » dans un livre  intitulé Evadas ; un titre que l’on pourrait traduire par les âneries d’Evo, ou plus gentiment par les élucubrations d’Evo[3].

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Celles qui concernent les femmes, donnent un éclairage cru sur la mentalité du jefazo[4].

Dernièrement, lors d’un entretien radiodiffusé[5], il a cru bon de narrer deux anecdotes. Un jour, à l’occasion d’une fête, des dirigeantes du monde agricole cocalero de Cochabamba, dont Silvia Lazarte, qui présida l’Assemblée Constituante, et Leonilda Zurita, élue au conseil départemental de Cochabamba, lui auraient confié: « On aimerait te voir plus souvent pompette ». « Pourquoi », leur a-t-il demandé? « Parce que lorsque tu es pompette tu es plus câlin. »

Emporté par son élan, il a ensuite raconté que lors d’une parade militaire, en 2010 ou 2011, une jeune fille s’était approchée de lui et ils avaient échangé les paroles suivantes : « Evo tu es le meilleur président que la Bolivie ait jamais connu. Comment t’appelles-tu ? Je connais tes parents? Evo, je veux te faire un enfant. Quoi ? Je ne vais pas t’embêter, je ne vais rien te demander. Pourquoi ? Je veux faire un enfant pour le meilleur président de la Bolivie ».

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’il se confie au sujet de ses rapports avec les femmes – ni sans doute la dernière.

On peut diviser ses propos en deux groupes. D’abord celui où il fait dire aux femmes qu’il est un séducteur désirable, un partenaire irrésistible et de surcroît un reproducteur fertile. En l’occurrence, c’est la vantardise qui prévaut, l’égolatrie, ou l’évolatrie, la fatuité du mâle.

En voici un échantillon.

« Savez-vous ce qu’ont dit les femmes lors d’un meeting à Cochabamba : « Femmes ardentes, Evo président ». Elles m’ont fait peur ! Une autre compañera a lancé « Femmes torrides, Evo intrépide ». Je ne mens pas, c’est passé à la télé. D’autres femmes, plus agressives ou audacieuses ont crié : « Femmes soyez tenaces, Evo jamais ne se lasse[6]. »

Ou encore : « Quand je vais dans les villages, toutes les femmes s’arrondissent et sur leur ventre s’affiche « Evo m’a honorée», lance-t-il en 2011, à l’occasion du XVIe anniversaire du MAS[7]. »

Au moment du carnaval 2012, devant le palais présidentiel, accompagné de musiciens et de supporters, dont la ministre de Transparencia y Lucha Contra la Corrupción, Nardy Suxo qui poussa la chansonnette avec lui, il ose :
« Ce président au cœur vaillant fait baisser la culotte à toutes ses ministres »[8] ; « Notre président est très coquin, il en veut une mais s’en fait trois » ;
« Ces bartolinas[9] sont réputées parce que je les conduis prestement au canapé».

Hormis ces confidences qui le valorisent, il tient publiquement des propos encore plus révélateurs de ses préférences sexuelles et de ses façons avec les femmes.

Le 15 juin 2008, il déclare : « Je l’ai déjà dit, lorsque je cesserai mes fonctions, je me retirerai sur mon carré de coca avec ma jeunette de quinze ans et mon charango. "[10]

Au goût pour les tendrons s’ajoute celui du harem: “Parmi un échantillon de déclarations “sincères” à une revue espagnole de variétés, Evo Morales confesse que lorsqu’il arrive quelque part pour se reposer ses “fiancées” l’attendent, et si elles ne sont pas disponibles, il en convoque d’autres”. Tel un cheik, il dispose de son harem pour décompresser quand il en a envie, des femmes, des jeunes filles (jovencitas), comme le dénonçait son ancien allié Román Loayza, prêtes à le servir “quand le jefazo l’exige.”[11]

Pour briser la résistance acharnée des opposants à la route San Ignacio de Moxos-Villa Tunari qui doit couper en son milieu le territoire indigène et parc naturel Isiboro Securé (TIPNIS) pour relier le département de Cochabamba à celui du Beni – et donner satisfaction aux convoitises des compagnies pétrolières, forestières, des éleveurs, et de ses alliés cocaleros – Evo Morales lance la consigne suivante le 1 août 2011: « Si j’avais le temps, j’irai baratiner nos compagnes Yuracaré pour les convaincre de ne pas s’opposer (à la construction de la route) ; aussi, jeunes gens, allez séduire les Yuracaré Trinitaria pour qu’elles cèdent. C’est le président qui l’ordonne. Vous êtes d’accord ? »[12]

Inaugurant l’année électorale 2010, il feint de se  demander : « Les femmes me doivent beaucoup. Que vont-elles me donner en échange ? Je ne le sais pas… »[13]

Un bon conseil conseil qu’il donne aux jeunes gens en novembre 2011 : « Si tu engrosses ta fiancée, file à la caserne », l’armée te protégera.[14]

Enfin, cerise sur le gâteau, lors d’une cérémonie officielle, alors qu’il égrenait son discours, la ministre de la Santé, Ariana Campero (un médecin de 29 ans) bavardait avec une autre femme. Visiblement excédé le président l’apostrophe : « Je ne peux pas croire que tu es lesbienne compañera ministre. Écoute-moi !»[15]

*

Certes, ce type de discours n’est pas l’apanage du seul Morales[16]. Il reflète une vulgarité machiste largement répandue dans le pays. Ce qui est nouveau, c’est la publicité qu’un chef d’État donne à ses frasques pour se faire valoir en tant que mâle.

Morales prétend qu’il défend la cause des femmes car elles n’ont jamais été aussi bien représentées, tant au gouvernement que dans les assemblées et conseils. Ce qui est vrai. Mais il oublie de dire que les décisions gouvernementales se prennent au sein d’une camarilla exclusivement masculine. Il passe sous silences les harcèlements et les brimades à l’égard des élues qui sont monnaie courante[17], la loi qui est censée punir ces violences n’étant pas appliquée. Et il ne se soucie guère que ses rodomontades exhibitionnistes cautionnent et renforcent les stéréotypes sexistes et l’instrumentalisation politique des femmes.

 

[1] "El pollo que comemos está cargado de hormonas femeninas. Por eso, cuando los hombres comen pollos, tienen desviaciones en su ser como hombres"

[2] "Algo interesante sobre la calvicie, y perdonen los hermanos europeos: la calvicie (…) es una enfermedad en Europa; casi todos son calvos, y esto es por los alimentos que comen, mientras que en los pueblos indígenas no hay calvos porque no comemos esos alimentos. Pueden verme a mí por si acaso",

[3] La cinquième édition vient de paraître. Elle a pour titreLa última evada’. Dans cette  nouvelle compilation  l’auteur ajoute aux divagations de Morales des déclarations polémiques de responsables politiques d’Amérique latine animés par leur soif de pouvoir. http://www.eldeber.com.bo/extra/La-ultima-Evada-reune-frases-llamativas-de-lideres-latinoamericanos-20180819-9084.html

[4] Grand chef. Titre du livre de Martín Sivak : Jefazo. Retrato íntimo”de Evo Morales, 2008.

[5] https://www.paginasiete.bo/nacional/2018/8/13/evo-silvia-leonilda-me-dijeron-borrachito-eres-mas-carinosito-190403.html

[6] http://eju.tv/2009/11/evo-mujeres-ardientes-evo-presidente/ Pendant la campagne électorale en 2009. "¿Saben que han dicho las mujeres en un evento en Cochabamba? Las compañeras en sus consignas dicen: Mujeres ardientes, Evo presidente ¡Me han hecho asustar! Otra compañera dice: Mujeres calientes, Evo valiente. No estoy mintiendo, está grabado en la televisión. Otras mujeres, unas compañeras más agresivas o atrevidas, dicen: « Mujeres aguantan, Evo no se cansa"

[7] En référence  au programme social géré par le ministère de la Présidence, « Bolivia cambia, Evo cumple

 Morales Ayma reparte discrecional y directamente a los municipios recursos o instalaciones —canchas de fútbol sintético, mercados—, de acuerdo con su criterio personal y la afinidad política de los munícipes.   "Cuando voy a los pueblos, quedan todas las mujeres embarazadas y en sus barrigas dice "Evo Cumple

[8] https://www.youtube.com/watch?v=Zyr0brXF9DI    “este presidente de buen corazón, a todas las ministras les quita el calzón"; "nuestro presidente muy pícaro es, solo quiere una y se come a tres" ; Estas bartolinas tienen mucha fama, porque yo las llevo directo a mi cama

[9] Organisation syndicale de paysannes favorables au gouvernement dont le nom provient de Bartolina Sisa, l’épouse de Tupac Katari, leader d’une révolte contre la couronne espagnole, au XVIIIème siècle.

[10] Yo dije alguna vez que acabo mis años de gestión (y me voy) con mi cato de coca, mi quinceañera y mi charango". Un cato équivaut à une parcelle de 40m sur 40m .Dans le monde andin l’anniversaire des quinze ans de la jeune fille donne lieu à un rite de sortie de l’enfance. Voir : https://www.cairn.info/revue-recherches-familiales-2012-1-page-21.htm. Le charango est un instrument à cordes utilisant la carapace d’un tatou comme caisse de résonnance.

[11] Aquelarre Rojo, Las “novias” de Evo, http://www.masas.nu/html%20art%C3%ADculos%20para%20%C3%ADndex/Las%20novias%20de%20Evo/Las%20novias%20de%20Evo.htm       “Entre una serie de declaraciones “sinceras” a una revista española de variedades, Evo Morales confiesa que cuando llega a algún lugar a descansar lo esperan sus “novias” y “si no están disponibles llama a otras”. Cual un jeque tiene su harén para desahogarse cuando lo necesita, mujeres, jovencitas, como denunciaba su antiguo aliado Román Loayza dispuestas “cuando el jefazo lo requiera“. Dans une chronique récente qui se réfère aux deux confidences du 13 août intitulée, No trago tu semen, vomito tu humillación,  Maria Galindo rapporte:“Cometió con Gabriela Zapata el delito de estupro, cuando ella era menor de edad. Actualmente, con jóvenes integrantes de equipos de fútbol femenino, continúa cometiendo este delito, a cambio de pequeñas prebendas y con una impunidad reforzada. Nadie ya se atreve a denunciarlo ». https://www.paginasiete.bo/opinion/maria-galindo/2018/8/15/no-trago-tu-semen-vomito-tu-humillacion-190568.html

[12] “Si yo tuviera tiempo, iría a enamorar a las compañeras yuracarés y convencerlas de que no se opongan; así que, jóvenes, tienen instrucciones del Presidente de conquistar a las compañeras yuracarés trinitarias para que no se opongan a la construcción del camino. ¿Aprobado?”.

[13]Las mujeres me deben mucho; ¿cómo me pagarán?, no lo sé…”.

[14] https://peru21.pe/mundo/evo-morales-embarazas-novia-huye-cuartel-4634 

« Si embarazas a tu novia, huye al cuartel’

[15] "No quiero pensar que es lesbiana compañera ministra. Escúchame". https://www.bbc.com/mundo/noticias/2015/11/151118_bolivia_evo_morales_lesbianas_men ; https://elpais.com/internacional/2015/11/17/actualidad/1447788400_619916.html

[16] Il a un sérieux rival en la personne de Donald Trump. Publiant son portrait en 1992, le New York Magazine, rapportait ce propos de lui: « Vous devez les traiter (les femmes) comme de  la merde »    https://www.politico.com/story/2015/12/trump-hate-216539

[17] https://www.eldeber.com.bo/bolivia/Registran-65-denuncias-de-acoso-politico-contra-autoridades-mujeres-20180503-9550.html

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