Bolivie: du brasier aux trafics de terres

Bilan provisoire des incendies qui ravagent la Bolivie : constats, causes, effets, réponses

 

La forêt amazonienne est la proie des flammes. Les média français relatent quotidiennement cette tragédie qui affecte largement le Brésil.

« Le 13 août 2019, les fumées dégagées par les différents incendies s'étendaient sur une superficie de 3,2 millions de km2. Ce sont ces fumées, mêlées à celles de pays voisins, qui auraient plongé São Paulo dans la pénombre, bien que la ville se situe à plusieurs milliers de kilomètres des différents incendies. Au Brésil, les feux de forêt ont bondi de 83 % en 2019 par rapport à 2018, sur la période allant du 1er janvier au 19 août[1]. » Et de nouveaux foyers surgissent. Si bien que le président brésilien a mobilisé l’armée pour tenter d’enrayer leur progression.

Cependant peu de place est consacrée aux foyers qui consument les pays voisins. Or le bassin amazonien s’étale sur 10 pays (dont la France) et la plupart d’entre eux sont touchés. Les forêts du bassin du Rio de la Plata sont elles aussi concernées, notamment celles du  Paraguay[2].

Concentrons-nous sur la Bolivie dont les deux tiers de la superficie, 110 millions d’hectares, sont situés dans les bassins de l’Amazone et du Rio de la Plata. Cette année, comme au Brésil,  la dévastation par le feu a pris une ampleur inaccoutumée puisque selon l’estimation de La Fundación Amigos de la Naturaleza fondée sur les images en provenance de la NASA et de l’Agence spatiale européenne, en date du 27 août, 2,1 millions d’hectares – soit une superficie supérieure à celle de l’État d’Israël, ou de la région Picardie – de friches, de savanes et de bois (environ un tiers du total) se sont déjà envolés en fumée[3] : la majeure partie dans le  département de Santa Cruz, plus d’1,4 millions d’ha, suivi du Beni, 640 milles ha. Le feu s’est étendu dans 16 municipalités[4] situées dans les forêts sèches[5] de la  Chiquitania[6] et dans le Pantanal[7], des aires de biodiversité uniques au monde.

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Fin juillet, 310 000 hectares avaient déjà brûlé, soit plus que la moyenne annuelle. Et le feu s’est intensifié, début août. L’agence officielle Autoridad de Bosques y Tierras (ABT) a comptabilisé 17 000 foyers d’incendie entre le 1 et le 18 août, dont 11 000 pour le seul département de Santa Cruz[8]. Et sur la base des photos des satellites de la NASA il en a été détecté 26 731 du 1er au 31 août dans l’ensemble du pays[9].

Voici quelques estimations provisoires supplémentaires qui, sans nécessairement s’ajuster, montrent l’ampleur des dégâts. 566 738 hectares de forêt ont été brûlés dont 40% dans la forêt chiquitana, 34% dans celle du Chaco, 10% dans celle d’Amazonie…[10].

Les parcs et réserves naturelles de Santa Cruz ont été largement affectés : 497 162 hectares dans les aires protégées nationales, et 306 966 hectares dans celles qui ont un statut départemental ou local[11]. « Les plus  touchés sont l’ Área Natural de Manejo Integrado San Matías amputé de 227 402 hectáreas, le Parque Nacional Otuquis plus de 192 824, les Áreas de Conservación e Importancia Ecológica Ñembi Guasu 220 615  et la Reserva Municipal de Vida Silvestre Valle de Tucavaca 28 002[12]." Il faut y ajouter Ñembi Guasu dans le Gran Chaco (département de Santa Cruz),  et El Dorado et les Grandes Lagos Tectónicos de Exaltación dans le département du Beni[13].

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La Fundación para la Conservación del Bosque Chiquitano estime que 40 millions d’arbres ont été brûlés et que des milliers d’animaux (1200 espèces pour certaines déjà en danger d’extinction dont 43 d’amphibiens, 140 de reptiles, 788 d’oiseaux et 242 mammifères[14]) sont morts calcinés ou ont vu leur habitat détruit[15].

Les habitants les plus proches des foyers  souffrent non seulement de la contamination de l’air (fumées, monoxyde et dioxyde de carbone…)[16] et de troubles respiratoires et ophtalmiques, mais aussi de pénurie d’eau et d’électricité et plus de 2000 familles se retrouvent sans toit. Au moment de la publication de ce billet, les feux continuent. Le nombre de foyers est moindre et ils ont baissé d’intensité, mais il en démarre de nouveaux.

 

Les causes

L’agriculture sur brûlis est une pratique coutumière et la plupart de ces feux sont intentionnellement provoqués[17] chaque année pour nettoyer et fertiliser des terres déjà en exploitation, ou pour en habiliter de nouvelles de manière rapide et économique, qu’il s’agisse de savanes ou de bois. Le déboisement a constamment augmenté ces trente dernières années. Il est passé d’une moyenne de  150.000 hectares par an dans les années 1990 à quasi 350.000 par an en 2016-2017[18].  

Et la moyenne des surfaces incendiées n’a pas baissé pendant la présidence d’Evo Morales, elle a au contraire augmentée. Et 2010 a été l’année de la destruction la plus massive jamais constatée : 10 046 000 ha[19].

Cependant le ravage de 2010 n’a guère ému le gouvernement. Il semble au contraire l’avoir inspiré. En effet, peu de temps après, il a mis en place une politique d’expansion des terres agricoles exposée dans  l’Agenda Patriotique 2025.  Entré en vigueur le 9 août 2012, ce plan prévoit le déboisement d’un million d’hectares par an afin de quadrupler la surface agricole, au  motif d’assurer la sécurité alimentaire du pays. Fort heureusement la destruction du massif forestier n’a pas atteint cet objectif insensé.

Voici une liste (non exhaustive) des dispositifs légaux qui facilitent le déboisement et la pratique du chaqueo (essartage par brûlis). La loi 337 du 11 janvier 2013 de Apoyo a la Producción de Alimentos y Restitución de Bosques légalise les desmontes effectués sans autorisation du 12 juillet 1996 au 31 décembre 2011, à la condition que les bénéficiaires restituent 10% de la superficie affectée – une clause généralement non respectée. C’est ainsi que plus de 18.000 propriétés dédiées à l’agriculture ou à l’élevage ont été grossies d’1,5 millions d’hectares déboisés illégalement entre 1996 et 2011[20].  Une large majorité de ces terres, 78,9%, sont situées dans le département oriental de Santa Cruz. Sur le total des terres légalisées 56% sont destinées à la production de viande et de lait.

La loi 741 de septembre 2015 autorise jusqu’à 20 hectares de déboisement par coupes et brûlis (chaqueo) sur les petites propriétés privées ou communautaires – cinq hectares seulement auparavant. Et le décret suprême 3973, du 10 juillet dernier permet le déboisement par brûlis (ou chaqueo) dans les départements de Santa Cruz et du Beni en vue de développer l’agriculture et l’élevage[21].  

Selon un groupe d’experts[22] ces dispositifs permissifs ont dopé l’usage de brûlis devenus incontrôlables dans un contexte d’anarchie et de trafic de terres pour justifier leur accaparement ou possession, et dans d’autres cas pour accroître les surfaces consacrées aux cultures industrielles[23].  C’est aussi l’opinion du Colegio de Ingenieros Forestales de Santa Cruz qui considère comme une aberration le fait d’autoriser l’installation de colons dans cette zone sèche impropre à la production agricole[24].

Mais la plus grande partie des brûlis et des coupes sont effectués illégalement. De l’aveu même des autorités de l’ABT, entre 2012 et 2016, ce sont plus de 670 000 hectares de bois qui avaient été coupés illégalement, alors que 227 733 l’avaient été légalement[25] et cette année, en date du 24 août, selon cette même agence, 97% des brûlis du département de Santa Cruz étaient illégaux, ou si l’on préfère 3% seulement des chaqueos avaient été déclarés et autorisés[26].

Le processus d’accaparement des terres et de leur concentration est bien décrit dans une chronique qui cible plus précisément les colons cocaleros mais que l’on peut étendre à l’ensemble des zones de colonisation. Les colons s’installent dans un coin de forêt avec ou sans permission, ouvrent des chemins et déboisent, puis commercialisent le bois abattu si sa qualité se prête à ce négoce. Quand la zone est devenue cultivable elle est accumulée par les plus riches d’entre eux et ensuite louée ou vendue aux éleveurs ou aux agro industriels, boliviens ou étrangers (Argentins, Paraguayens, Brésiliens …) dont la production est destinée à l’exportation[27]. Le président du Comité Cívico de Concepción, une des municipalités les plus durement touchées, assure que le déboisement est la principale activité des communautés récemment installées et qu’elles vendent ensuite illégalement le bois et les terres. « Seulement à Concepción, il y a trois ans, on avait recensé 80 cas de vente de terres communautaires attribuées par l’INRA » ajoute-t-il.  Or les terres réparties à des communautés sont légalement inaliénables[28].

Selon l’organisme officiel ABT, les terres déboisées et incendiées vont principalement aux propriétaires privés : 63%. 31% passent aux communautés paysannes (colons et parmi eux les cocaleros) et 6% à des communautés indigènes. Et la même source informe que dans l’intervalle 2000-2010 les éleveurs ont été les bénéficiaires de 52% des terres déboisées ; 65% entre 2005 et 2010 pendant les premiers mandats d’Evo Morales[29].

 Cette année, les superficies incendiées sont principalement situées dans les zones où l’ABT a projeté d’étendre la frontière agricole pour y conforter l’élevage intensif (Chiquitania-Pantanal) et l’agro-industrie : le corridor Santa Cruz-Beni. La déforestation en vue de l’élevage a toute les chances de connaître un nouveau coup d’accélérateur avec l’ouverture de marchés pour la viande bolivienne en Chine et au Vietnam ; un négoce que le gouvernement encourage. En plein désastre, le 28 août dernier Evo Morales n’a pas hésité à fêter cérémonieusement l’envoi des premières cent tonnes de viande en Chine en compagnie du  président de la Confederación de Ganaderos de Bolivia (CONGABOL)[30].

Les seconds bénéficiaires de cette expansion sont les producteurs d’oléagineux. La municipalité de San Ignacio de Velasco, au cœur de la Chiquitania, qui comptait 1279 ha de culture de soja en 2013 en totalisait 18 000 en 2018. Entre 2016 et 2017 il s’y est déboisé 43 719 ha. Et le déboisement accéléré est observable dans les municipalités voisines San José de Chiquitos, Pailón, Concepción…[31].

Depuis mars dernier, outre ses usages alimentaires le soja est aussi destiné à la production de biodiesel. Et dans ce but le gouvernement a autorisé l’usage de semences transgéniques résistantes à la sécheresse.

Quant aux  producteurs de canne à sucre, outre le sucre et l’alcool qu’ils produisent traditionnellement, ils sont maintenant appelés à fournir l’éthanol nécessaire à l’élaboration d’un nouveau carburant à indice d’octane 97 (Loi 1098 relative aux additifs d’origine végétale du 15 septembre 2018).

Il va de soi que de nouvelles terres doivent être mise en culture pour répondre à cette politique de production de carburants improprement nommés bio. Rien que pour ce qui est du biodiesel le directeur de la Fondation Tierra, estimait  en mars dernier qu’il faudrait doubler la surface annuelle de déforestation pour arriver à substituer les quantités de diesel importé[32].  Pour cette année, l’objectif a été largement atteint.

Les organisations de colons, rebaptisées interculturales après l’arrivée d’Evo Morales à la présidence et celles de producteurs de coca ne sont pas moins voraces que celles des groupes d’éleveurs et des agroindustriels. Noyaux durs des soutiens à Evo Morales, ils bénéficient largement des distributions de nouvelles terres et des libéralités d’un pouvoir d’autant mieux disposé à leur égard qu’ils lui servent à gagner des voix dans l’arc oriental bolivien ( la media luna) qui lui était majoritairement hostile à son arrivée au pouvoir. C’est ainsi, par exemple, que des groupes de colons cocaleros ont été envoyés en 2008 dans le département du Pando maintenant gagné à la cause du MAS.  

Depuis 2006, au moins 1.000 communautés de paysans venus de l’intérieur du pays (Cochabamba, Sucre, Oruro…) se sont installées dans le département de Santa Cruz, pour beaucoup dans la Chiquitania et certaines dans les parcs naturels et zones protégées, notamment El Paquió, Tucabaca, Laguna Concepción, Espejillos, le Fuerte de Samaipata … ; des installations autorisées par l’Instituto Nacional de Reforma Agraria (INRA). La journaliste Lupe Cajías en témoigne : en janvier dernier, « j’ai vu de mes propres yeux des groupes de chapareños (originaires de la région cocalera du Chaparé) ouvrir des chemins (zanjas) dans le parc national de San José, à Roboré, à San José de Chiquitos. On sait que les institutions officielles, l’ABT, l’INRA ont distribué la terre aux colons sans se concerter avec les autochtones. En échange de votes ? D’autres instances ont conduit des militants du MAS (masistas) à la Chiquitania en échange de parcelles aujourd’hui habilitées (chaqueadas). Y-aura-t-il un tribunal pour les juger ?[33] »

Cette situation a provoqué l’exaspération de la population locale qui s’est sentie envahie[34]. Quand, à la fin de l’année 2018, neuf communautés ont reçu des terres dans les municipalités de Pailón, Roboré et San José de Chiquitos, dont deux à proximité du parc naturel de Tucavaca les habitants de la municipalité de Roboré se sont vivement dressés contre cette colonisation afin de préserver l’intégrité du parc[35].

Cependant, depuis mars dernier les autorisations de nouvelles colonisations dans la Chiquitania  se sont multipliées[36].  Par exemple, du 11 et 17 mars les communautés suivantes ont reçu des terres : la Communauté interculturelle agro écologique Marcelo Quiroga Santa Cruz (650 ha) et la Communauté interculturelle El Quebracho (1.350 ha) à San Miguel de Velasco ; la Communauté interculturelle Alborada (1551 ha) à San Ignacio ; le syndicat Interculturels Pampa Grande (1350 ha) à San Rafael.

Puis l’INRA a distribué 26 157 ha de terres patrimoniales à la Federación de Interculturales de Santa Cruz, dans les provinces Chiquitos, Cordillera, Ñuflo de Chávez et Velasco. Et 26 communautés affiliées à la Central Única de Campesinos de Santa Cruz, ont bénéficié de plus de 60 mil hectares à raison d’une moyenne de 1.500 ha par communautés entre février et avril 2019.

Fin mars, quand le directeur de L’INRA, actuellement vice-ministre de Tierras a attribué des terres domaniales à la fédération des interculturales de Santa Cruz il a pressé les bénéficiaires de les exploiter rapidement : « Sur ces 26 000 ha nous voudrions que dès l’année prochaine 6000 ha soient cultivés ». Puis comme cela a déjà été souligné, le 9 juillet le conseil des ministres a approuvé le décret 3973 autorisant le déboisement des « terres communautaires » (seules les terres privées y était autorisées précédemment sous certaines conditions).

Et c’est bien dans ces zones de colonisation situées en bordure des forêts domaniales que les incendies ont été les plus dévastateurs. Pour beaucoup d’observateurs une des causes de leur propagation vient du fait que  ces nouveaux colons, peu familiarisés avec les spécificités d’un environnement qui leur était étranger jusqu’alors, ont mis le feu aux branches des arbres qu’ils avaient coupé. La sécheresse (quatre mois sans pluie) et les vents ont ensuite accéléré la propagation des flammes[37].

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Les réponses

La catastrophe de 2010 n’a pas incité le gouvernement bolivien à mettre sur pied un système de lutte contre les incendies : le pays ne dispose ni du budget, ni du personnel spécialisés, ni des équipements pour éteindre les foyers. Chaque année les autorités attendent que le retour des pluies stoppe le feu. 

Si bien que dans la Chiquitania, quand les flammes sont devenues menaçantes, seules des équipes de pompiers volontaires avec des équipements précaires et sans véritables moyens ont tenté, tant bien que mal, de freiner les incendies.

Face à l’ampleur du sinistre, le 8 août, le gouvernorat du département de Santa Cruz a déclaré l’alerte rouge et demandé à la Autoridad de Bosques y Tierras (ABT) d’ordonner « une pause administrative » des autorisations de défrichage et de brûlis  (desmonte y  quemas). Sans résultat.

Mais le pouvoir central – le seul à pouvoir engager une riposte proportionnée à l’ampleur du sinistre – à réagit tardivement à l’extension des incendies. Tout occupé à sa campagne électorale en vue des élections d’octobre, Evo Morales a attendu le 19 août pour survoler pour la première fois l’épicentre des foyers de la Chiquitania, quand les appels au secours des populations locales sont devenus déchirants et pressants dans les rues, les médias et les réseaux.  La veille encore il lui importait surtout de justifier les chaqueos : « Il est important de contrôler les feux, mais je veux que vous sachiez que si les petits producteurs ne pratiquent pas le chaqueo sur leurs parcelles, ils ne peuvent pas vivre. C’est pour cultiver le maïs, un demi hectare, le riz un hectare, de quoi survivre[38]

Et au terme de son inspection, il a considéré que les incendies étaient sous contrôle et qu’il n’y avait pas lieu d’avoir recours à l’aide internationale réclamée avec insistance par les sinistrés.  L’aide internationale « n’est pas nécessaire. Nous sommes préparés. Je salue la solidarité du peuple bolivien[39], a-t-il affirmé. »

Comme d’habitude, en cas de catastrophe – notamment les inondations –, le gouvernement a découragé les quelques initiatives venant des gouvernorats régionaux, cette concurrence lui étant intolérable. C’est ainsi qu’il a fait avorter l’initiative d’Adrián Oliva le gouverneur de Tarija qui, le 22 août, avait obtenu de l’Argentine un avion bombardier d’eau, deux hélicoptères et une brigade de pompiers spécialisés[40].

Mais la progression des feux l’a finalement décidé à louer à grand frais les services d’un avion bombardier d’eau (Boeing Tanker 747), le plus grand au monde, qui a commencé son travail d’aspersion le vendredi 23 août. Et trois hélicoptères ont été ajoutés aux trois qui opéraient déjà, ainsi que 10 avionnettes citerne pouvant transporter mille litres chacune.

Cependant de nombreuses voix continuaient de réclamer avec insistance que le gouvernement autorise l’entrée de l’aide internationale, dont celle du  gouvernorat de Santa Cruz par la voix de son secrétaire général qui affirmait le 25 août que plus d’un million d’hectares avaient déjà été détruits dans le département, et que  les parcs naturels étaient plus que jamais menacés. Finalement, ce même jour, Evo Morales s’est déclaré  ouvert à cette coopération et a demandé au ministère de la Défense et à la Chancellerie de la coordonner.

Même si les offres de collaboration tant pour lutter contre les incendies que pour faire face à ses conséquences se sont multipliées depuis, l’aide entre au compte-goutte, dans le désordre et l’improvisation[41].

Puis le chef d’État a annoncé le 25 août qu’il allait faire une pause dans sa campagne électorale dans le but d’affronter cette situation critique. En réalité il lui a donné un nouvel élan. Le lendemain de sa déclaration, il s’est fait filmer et photographier par une dizaine de cameramen sur le front des incendies, revêtu d’une combinaison ignifuge bleue –les couleurs de campagne du MAS – une lance à la main, en train d’asperger un brûlis de broussailles[42]. Sur d’autres images on le voit en chemisette, au milieu d’un groupe de pompiers lourdement équipés, muni d’une sorte de battoir, appliqué à étouffer le feu. Et comme si cela ne suffisait pas, il a raconté qu’il s’était perdu pendant une heure, en compagnie d’une brigade d’intervention, pendant la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 août, à cause de la fumée. En quelques jours l’homme qui minimisait la gravité des incendies s’est ainsi transformé en héros du feu[43].

Puis le 27 août il a proclamé une pause écologique. Jouant sur les mots, il s’est en fait contenté de stopper momentanément les transactions foncières agricoles : « Malheureusement dans cette zone de la Chiquitania la sécheresse a sévit. Combattre ces incendies est notre obligation. (...) nous allons déclarer une pause écologique en prohibant la vente de terres dans les zones affectées par l’incendie, et proposer un plan post incendie », a-t-il déclaré[44].

Pendant ce temps les chaqueos continuent[45] et ils vont se poursuivre pendant les mois de septembre et d’octobre, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la saison sèche. Ces derniers jours, plusieurs groupes de pompiers volontaires, à pied d’œuvre depuis des semaines, ont dénoncé des incendiaires qui ranimaient les feux après leur passage[46]. Cependant, le gouvernement n’a toujours pas interdit les brûlis et il n’entend aucunement renoncer à l’installation de nouvelles colonies dans la Chiquitania. Le ministre du Desarollo rural y Tierras a déclaré le 26 août «  Nous devons créer de nouvelles colonies parce que sinon, la nourriture va manquer dans le futur. 70% des aliments que nous consommons sont produits par les communautés ; si nous n’augmentons pas le nombre des communautés nous manquerons d’aliments dans le futur[47]. »

Cette argumentation nous l’avons vu est démentie par les faits puisque la plus grande partie des superficies déboisées finissent majoritairement dans les mains des éleveurs et de l’agrobusiness exportateur, quand elles ne servent pas à étendre encore les champs de coca.

 

 

[1] https://www.brut.media/fr/news/incendies-en-amazonie-les-internautes-se-mobilisent-664ecead-f6d6-47be-aad7-3b3bf2e8ae9c?fbclid=IwAR3Evzi47CEwba4dvdvcreOsvYhMgQxPKodn8Q3yzmzvCsVPxG7ALsPo5ak

[2] Un aperçu d’ensemble : https://wattsupwiththat.com/2019/08/24/amazon-fires-are-in-the-amazon/

[3] https://es.mongabay.com/2019/08/bolivia-incendios-bosques-chiquitania-fotos/  https://www.paginasiete.bo/sociedad/2019/8/31/fan-incendios-quemaron-21-mm-de-ha-de-bosques-229342.html

[4] Ascención de Guarayos, Roboré,Charagua, San José de Chiquitos, San Ignacio de Velasco, San Rafael, Carmen Rivero Torrez, San Matías, Charagua, Pailón, Puerto Suárez, Concepción, El Puente, San Antonio de Lomerío, San Javier et San Miguel de Velasco.

[5] « La forêt sèche, ou forêt xérophile, à feuilles caduques, aussi appelée hiémisylve, est l'écosystème d'une végétation arborée dense ou semi-dense, qui alterne de brefs climats pluvieux saisonniers avec des climats secs plus longs. »Wikipedia
Lire plus: https://www.aquaportail.com/definition-11721-foret-seche.html

[6] Para entendernos, el Bosque Seco Chiquitano necesita 150 años para que un árbol llegue a tener 40 cm de diámetro y se necesitan 40 años para reparar los efectos de un incendio.

[7] « Le Pantanal bolivien occupe une superficie de 31 899 km², soit une étendue supérieure à celle de la Belgique et a une grande importance écologique car c'est une mosaïque très complexe de lacs de lagunes de marais, de rivières, et de savanes inondées, de palmeraies, de forêts sèches et de collines » Wikipedia .

[8] https://www.paginasiete.bo/sociedad/2019/8/20/morales-repite-que-mas-del-70-del-incendio-esta-controlado-228111.html ;

[9] http://eju.tv/2019/09/la-frontera-agropecuaria-efectos-de-los-incendios-y-propuestas-alternativas/

[10] http://eju.tv/2019/09/la-frontera-agropecuaria-efectos-de-los-incendios-y-propuestas-alternativas/

[11] https://www.noticiasfides.com/economia/incendios-forestales-afectaron-una-superficie-de-801128-hectareas-en-16-areas-protegidas-400559

[12] https://es.mongabay.com/2019/08/bolivia-incendios-bosques-chiquitania-fotos/ https://www.paginasiete.bo/sociedad/2019/9/2/10-areas-protegidas-unicas-por-su-fauna-flora-cultura-estan-en-riesgo-por-el-fuego-229475.htmlhttps://www.lostiempos.com/actualidad/pais/20190822/20-dias-5-parques-riesgo-millon-ha-quemadas?fbclid=IwAR1qc9IP9JsKOiOcjPWmPBao-WKfgac5r6EQ17YQqNm_H40DBAYpq6I3JTE

[13] https://www.paginasiete.bo/sociedad/2019/8/31/fan-incendios-quemaron-21-mm-de-ha-de-bosques-229342.html . Cette liste est sûrement incomplète et comme la situation est évolutive, elle va sûrement encore s’allonger.

[14] https://visorbolivia.wordpress.com/2019/09/02/siniestro-de-la-chiquitania-destapa-masiva-distribucion-de-tierras-del-oriente-para-interculturales/?fbclid=IwAR1kuNsC1nPsf_6vOUgBCSGRrhjbpGTd-6THk_dt42lH5DYRiylfZ65GVQE

[15] https://actu.orange.fr/societe/high-tech/incendies-en-bolivie-pour-de-nombreux-animaux-il-est-deja-trop-tard-CNT000001ib9h6.html

[16] Voir les cartes actualisées diffusées sur le site : https://atmosphere.copernicus.eu/charts/cams/fire-activity?facets=undefined&time=2019082900,24,2019083000&projection=classical_south_a et merica ; et pour d’autres images https://www.youtube.com/watch?v=ZG9kyNKI_VY ; vidéo

https://www.jpl.nasa.gov/news/news.php?feature=7486

[17] https://www.paginasiete.bo/sociedad/2019/8/20/en-cinco-dias-de-fuego-bolivia-perdio-mas-superficie-de-bosque-que-en-todo-un-ano-228194.html

[18] https://inesad.edu.bo/dslm/2019/01/nuevos-datos-sobre-la-deforestacion-en-bolivia-hasta-finales-del-2017/

[19] https://es.mongabay.com/2019/08/bolivia-incendios-bosques-chiquitania-fotos/

[20] http://www.eldeber.com.bo/economia/Regularizan-15-millones-de-hectareas-desmontadas-20180725-0030.html

[21] Une liste plus complète figure dans l’article suivant : https://visorbolivia.wordpress.com/2019/09/02/siniestro-de-la-chiquitania-destapa-masiva-distribucion-de-tierras-del-oriente-para-interculturales/?fbclid=IwAR1kuNsC1nPsf_6vOUgBCSGRrhjbpGTd-6THk_dt42lH5DYRiylfZ65GVQE

[22] Cf. la pétition signée par plus de trente organisations scientifiques.https://www.paginasiete.bo/sociedad/2019/8/23/conozca-las-10-solicitudes-que-hacen-las-organizaciones-ante-el-incendio-forestal-228489.html

[23] https://www.paginasiete.bo/sociedad/2019/8/23/incendios-se-extienden-cerca-de-800-mil-ha-en-la-chiquitania-228448.html et

http://m.eldia.com.bo/articulo.php?articulo=Arde-Bolivia-%C2%BFPor-que?&id=1&id_articulo=285350

[24] http://m.eldia.com.bo/articulo.php?articulo=Arde-Bolivia-%C2%BFPor-qu%C3%A9?&id=1&id_articulo=285350

[25] http://www.eldiario.net/noticias/2018/2018_01/nt180105/nacional.php?n=31&-despoblacion-forestal-ilegal-afecto-a-670-000-ha

[26] https://www.eldeber.com.bo/santacruz/ABT-Solo-el-3-de-las-quemas-en-Santa-Cruz-cuenta-con-permiso-20190822-0021.html?fbclid=IwAR2NmDtnGZlr_JMkcevLdVy4uCianqrmVoGxa-YEA62dmJ8NuQDRzWB_PxA

[27] https://www.lostiempos.com/actualidad/opinion/20190901/columna/no-es-incendio-sino-megachaqueo

[28] https://www.lostiempos.com/actualidad/pais/20190909/indicios-asentados-trafican-tierra-madera-no-cumplen-funcion-social?fbclid=IwAR2u11Tawv0IXQgVlmwh8KJ_cvpYKX512H1LzwlFCOXrDAjAIqSZ_o8dOUk

[29] http://brujuladigital.net/sociedad/en-mas-de-13-anos-evo-promulgo-cuatro-leyes-y-un-decreto-contra-la-tierra-y-bosques; https://eju.tv/2019/04/agroindustria-ganaderia-y-megaproyectos-amenazan-a-bosques-de-bolivia/

[30] https://www.paginasiete.bo/economia/2019/8/28/gobierno-envia-primeras-100-toneladas-de-carne-china-228981.html  Lors de cette cérémonie, le président de l’association d’éleveurs Fegasacruz a indiqué qu’il espérait que la Bolivie deviendrait rapidement un des quinze premiers pays exportateurs de viande.

[31] https://www.paginasiete.bo/sociedad/2019/8/18/recrudecen-la-sequia-incendios-en-san-ignacio-de-velasco-causa-de-la-deforestacion-227928.html

[32] https://biodiesel.com.ar/13563/el-gobierno-de-bolivia-autoriza-la-soja-transgenica-para-producir-biodiesel

[33] https://www.lostiempos.com/actualidad/opinion/20190906/columna/hombre-que-odiaba-arboles-hombre-que-no-sabia-calcular

[34]https://www.cfb.org.bo/noticias/medioambiente/cinco-areas-protegidas-del-oriente-fueron-invadidas-con-aval-del-inra.htmlhttps://www.lostiempos.com/actualidad/economia/20190323/chiquitania-se-moviliza-contra-reparto-inra

[35] https://visorbolivia.wordpress.com/2019/09/02/siniestro-de-la-chiquitania-destapa-masiva-distribucion-de-tierras-del-oriente-para-interculturales/?fbclid=IwAR1kuNsC1nPsf_6vOUgBCSGRrhjbpGTd-6THk_dt42lH5DYRiylfZ65GVQE   

[36] http://eju.tv/2019/04/el-inra-entrega-48-resoluciones-de-asentamiento-en-santa-cruz/?fbclid=IwAR3xzF07O_gdJ_1pkzGsFXvGi8lAYYtSYk7JenCFnq3FSVtN676eJaDuivY

[37] Ce mécanisme de propagation des incendies a été observé par les scientifiques dans le cas de la forêt amazonienne brésilienne : « Según Morton, las imágenes satelitales prueban que el proceso de la deforestación en la Amazonía consiste en dos partes y comienza con la tala y el secado de los árboles. «Lo que vemos ahora es la segunda parte. En función de nuestra observación con datos satelitales, vemos que esas mismas pilas de madera que fueron cortadas hace varios meses son las que están ardiendo» http://eju.tv/2019/08/cientifico-de-la-nasa-contradice-a-bolsonaro-sobre-la-causa-de-los-incendios-en-la-amazonia/

[38] https://www.lostiempos.com/actualidad/pais/20190819/morales-dice-que-si-pequenas-familias-no-chaquean-no-tienen-comer

[39] http://www.erbol.com.bo/nacional/morales-dice-que-no-es-necesaria-la-ayuda-internacional-frente-incendio

[40] https://www.noticiasfides.com/economia/oliva-denuncia-que-burocracia-estatal-espanto-a-dos-aeronaves-para-chiquitania-400350

[41] https://www.paginasiete.bo/sociedad/2019/8/31/mas-de-20-dias-de-los-incendios-en-la-chiquitania-18-aeronaves-combaten-el-fuego-229355.html

[42] Video : https://www.lanacion.com.ar/el-mundo/evo-morales-se-vistio-bombero-ayudo-apagar-nid2282592

[43] Les journaux français ont largement relayé cette opération de propagande.

[44] https://www.lostiempos.com/actualidad/pais/20190827/morales-anuncia-pausa-ecologica-chiquitania

[45] http://eju.tv/2019/09/verifican-y-denuncian-nuevos-asentamientos-y-desmontes-en-san-miguel-de-velasco/ ; https://www.lostiempos.com/actualidad/pais/20190830/alcalde-san-rafael-velasco-denuncia-que-nuevos-asentamientos-realizan

[46] ; http://eju.tv/2019/09/bomberos-voluntarios-denuncian-que-apagan-incendios-y-los-colonos-los-vuelven-a-encender/  L’article est accompagné de diverses vidéos accusatrices. D’autres circulent sur les réseaux sociaux.

[47] https://www.lostiempos.com/actualidad/pais/20190827/pese-rechazo-gobierno-permitira-mas-asentamientos-chiquitania

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