Bolivie : le résultat des élections primaires du 27 janvier

Des élections marquées par un taux élevé d’abstentions et une faible mobilisation des partisans d’Evo Morales

 

À l’occasion du referendum du 21 février 2016 la majorité du pays s’est opposée à ce qu’Evo Morales brigue un quatrième mandat présidentiel.  Ne se donnant pas pour vaincu le chef de l’État bolivien a fait valider sa candidature aux élections présidentielles d’octobre 2019 par le Tribunal Constitutionnel. Puis il a utilisé le Tribunal électoral pour organiser des élections primaires auxquelles  ont été obligés de concourir tous les partis désirant présenter un candidat à ce même scrutin ; une nouvelle manière d’accréditer sa candidature et celle de son accompagnateur candidat à la vice-présidence, Álvaro Garcia Linera, tout en obligeant ses adversaires à désigner précipitamment  leurs  propres candidats. Seuls les membres de chacune des formations politiques préalablement agréées par le Tribunal électoral ont eu le droit de voter pour élire leur propre candidat.

Finalement, chacun des partis ou front électoraux habilités (neuf en tout) pour participer à cette joute électorale n’a présenté qu’un seul binôme présidentiel  et, par conséquent, les électeurs n’ont eu le choix qu’entre le valider, ou l’invalider par un vote nul ou blanc, ou encore de s’abstenir.

Le parti du président, le MAS, a fait inscrire en masse ses militants et a forcé l’ensemble des fonctionnaires publics à faire de même. Les partis d’opposition, hostiles à l’ensemble de la procédure, ont appelé au contraire au boycott du scrutin.

Le résultat                                                        

Voici un aperçu des résultats après le dépouillement de 95,48 % des suffrages, le 28 janvier dernier.

Notons d’abord que l’appel à l’abstention des partis d’opposition a été entendu puisque seulement 3,6 % à 7,6% des électeurs potentiels de ces formations se sont allés voter.

Second enseignement : le MAS est très loin d’avoir fait le plein de votants puisque sur 991 092 inscrits, seuls 400 858 se sont déplacés, dont 41 801 pour émettre des votes blancs ou nuls. Autrement dit, un peu plus du tiers seulement des inscrits du MAS ont voté en faveur du couple Morales-Linera.

C’est dans le département de Cochabamba que les partisans du président ont été les plus nombreux à voter (57%), alors que ceux de La Paz (31% de votants) ont battu les records d’abstention. Cependant, même  les inscrits cocaleros du tropique de Cochabamba ont traîné des pieds puisque  dans une des  trois municipalités concernées seuls 45% ont mis un bulletin dans l’urne.

Et sans surprise la participation au vote a été plus forte à la campagne (49%) que dans les agglomérations urbaines (35%).  Les seuls départements pour lesquels le décompte était terminé le 28 janvier étaient ceux de Tarija (30% de votants) et de Pando (41% de votants). Le dépouillement final va sûrement augmenter  légèrement le pourcentage des votants, mais il n’affectera pas ce résultat d’ensemble.

Votes des inscrits du MAS © Los Tiempos Votes des inscrits du MAS © Los Tiempos

Les commentaires

Evidemment, l’opposition ne peut que se réjouir de ce résultat. Et elle ne s’en prive pas, sans toutefois  pavoiser.

Pour le MAS la pilule est amère.  Evo Morales avait pourtant anticipé un résultat triomphal : « Le 27 janvier  la vérité, la tolérance et la révolution démocratique s’imposeront  face au 21 février du mensonge, du racisme et de la provocation antidémocratique. Par son vote, le peuple ouvrira un nouveau cycle de changement pour un présent et un futur assurés ».  C’est raté. Alors il s’en prend au Tribunal électoral où quelqu’un manipulerait les résultats pour lui porter préjudice[1].

Ses ministres et ses alliés font valoir que les primaires sont bénéfiques pour la démocratie et que du fait que ces élections ne sont pas obligatoires, elles donnent lieu à des taux d’abstention élevés dans le monde entier.  Et ils considèrent que le fait d’avoir amené plus de  400 000 personnes à voter est une grande victoire, et que finalement le MAS sort renforcé de cette confrontation électorale. L’opposition clame au contraire qu’elle en a montré les faiblesses puisqu’il n’est pas arrivé à entraîner ses partisans dans les bureaux de vote.

 

La suite

Au bout du compte ce vote confirme les données de la plupart des sondages. Evo Morales peut mobiliser autour de 30% d’électeurs, soit deux fois moins qu’il y a cinq ans. Sa popularité a donc considérablement diminué ainsi que sa possibilité de contraindre de larges segments de la population à voter pour lui.

Pour autant, il est probable qu’en dépit d’une opinion majoritairement convaincue de l’illégalité de sa démarche, et de la diminution du nombre de ses suiveurs, il ne renoncera pas à se présenter aux élections d’octobre.  Il vient d’ailleurs de reconstituer un cabinet ministériel de combat en rappelant près de lui des ministres qui l’avaient accompagné au temps de sa période  rose : notamment le ministre de l’Économie  Luis Arce  et surtout l’ancien militaire Juan Ramon Quintana qui redevient  ministre de la Présidence après avoir passé quelques années à la tête de l’ambassade bolivienne de La Havane.

Mais tant l’évolution interne du pays du point de vue politique, économique et social que celle du contexte international ne devrait pas lui faciliter la tâche.  

 

 

[1] « Alguien está manipulando, alguien está usando y alguien nos quiere perjudicar desde el Tribunal Supremo Electoral, a mí me ha sorprendido esta información ». https://www.eldeber.com.bo/bolivia/Evo-dice-que-desde-el-TSE-alguien-manipula-para-perjudicar-a-su-partido-20190128-7522.html

 

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