Comment la France en est-elle arrivée à dépendre à ce point du Qatar ?

Insidieusement, afin de ne pas heurter une opinion publique sous perfusions médiatiques des lobbys pros qatariens, le plus riche État de la planète a infiltré notre économie et nos institutions démocratiques.

Historiquement, les relations entre la France et le Qatar débutent avec l’ère du pétrole, la décolonisation et les mouvements d’indépendance des ex-colonies. Elles connurent une accélération avec l’émergence politique de Nicolas Sarkozy en France. En avril 2017, durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron promettait qu’il mettrait fin aux complaisances de l’administration Sarkozy avec le Qatar. François Bayrou, alors garde des Sceaux, alla même jusqu'à déclarer : « Sous Sarkozy la République française a donné au Qatar un avantage fiscal incroyable ». De fait l’avenant à la convention fiscale entre la France et le Qatar voulue par Nicolas Sarkozy n’a jamais été remise en question par François Hollande, ni par Emmanuel Macron. Le manque à gagner ? 150 millions d’euros par an.

La Famille Al Thani gouverne depuis 1971, date de l’indépendance du Qatar. En 2007, quand Nicolas Sarkozy arrive au pouvoir, cela fait plus de dix ans que Sheikh Hamad a renversé son père et qu’il règne sur le Qatar. En quête d’influence, Hamad cherche des alliés et il ne connaît qu’une façon d’y parvenir, son chéquier. Pour lui, chaque homme à son prix, et son mépris de l’Occident atteint son paroxysme quand, avec son cousin et premier ministre, Hamad Bin Jassim Bin Jaber Al Thani (HBJ), ils découvrent la vénalité des hommes politiques occidentaux. Pour l'Émir du Qatar, désireux d'assumer le rôle de chef religieux, il n’existe pas d’exigence de moralité envers les kouffar, les infidèles. Hamad ne s’embarrasse donc pas d’éthique, tout est à vendre en Europe, alors il va tout acheter, en premier lieu la sécurité de l’émirat.

Si le Qatar ne peut pas jouer du hard power (puissance militaire), il veut pouvoir compter sur le soft power (l’image, la communication, l’influence) afin d’attirer l’attention, et donc la protection, du reste du monde.

En 2007, le Qatar devient économiquement autonome ayant finalisé les investissements gaziers. Jusque-là, la production de gaz et de pétrole appartenait aux Américains, aux Anglais et aux Français qui ont réalisé les installations de production et se sont rétribués en nature. En 2007, tout change le Qatar est désormais propriétaire de ses ressources.

En France, en 2007, Nicolas Sarkozy fait du Qatar le pivot diplomatique au Moyen-Orient. HBJ est le premier invité de Nicolas Sarkozy à l’Élysée et l’invité d’honneur lors du défilé du 14 juillet. Le message est fort. L’armée française défile devant l’Émir du Qatar… renvoyant au monde un message de protection… voire d’avertissement. Déjà, alors qu’il n’est que ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy avait négocié des contrats de défense avec le Qatar. En avait-il la légitimité ? Lors de ces voyages, le financement de sa campagne politique a-t-il connu une avancée significative ? C’est à la justice française, qui s’est emparée récemment et incroyablement tard du dossier, de trancher. 

En 2008, la crise financière provoque la modification de la convention fiscale avec le Qatar. Celle-ci existe depuis 1990. C’est un accord qui réglemente comment les biens du Qatar et des Qatariens sont imposés en France. Ce genre d’accord existe avec l’Arabie saoudite, les Emirats, le Koweït et d’autres nations. Les premières conventions ont été signées dans les années 80. En 2008, Nicolas Sarkozy fait la tournée des pays du Golfe arabique. Il passe quelques heures en Arabie saoudite, mais passe la nuit au Qatar. En faisant cela, il désigne le Qatar comme l’interlocuteur privilégié de la France au Moyen-Orient. Le président français rédige alors la motion de modification de la convention fiscale. Cela devient la priorité des premiers mois de son mandat. Ce genre de modification prend généralement des années pour être ratifiée. Il s’agit de procédures techniques interministérielles et qui doivent passer par différents organes intermédiaires, avec énormément d’amendements. Dans ce cas précis, la procédure ne prendra que quelques mois ; actée en janvier 2008, ratifiée en février 2009. Désormais, les plus-values réalisées par le QIA ne sont plus imposables. Les Qataris résidents en France sont exemptés d’ISF.  

La France a servi de marchepied au Qatar dans son Djihad économique. 

Avant 2007, le Qatar n'était présent que dans le Groupe Lagardère et actionnaire d’EADS. Depuis le Qatar a pris des participations dans Vinci, Suez Environnement, Vivendi, Orange, le groupe Le Tanneur, Total, LVMH. En retour, plus de 120 entreprises françaises sont présentes au Qatar : de la franchise commerciale (Dior, Louboutin, Fauchon, mais aussi Camaïeu ou Jennyfer) à la grande entreprise (Total, Accor, Vinci, etc.) qui exploite des gisements de pétrole dans le pays, construit des routes ou encore des lignes de métro. Mais le QIA ne s’arrête pas là, il investit également dans les grands hôtels et dans l’immobilier de prestige. Quant à ses prises de participation dans bon nombre de médias français, elles visent à assurer, sinon le silence de la presse, au moins sa bienveillance. La France a achevé de devenir la vitrine du Qatar avec le rachat du PSG en 2011, et le lancement de beIN Sport qui est la propriété d’Al Jazeera, le groupe de médias qatari.

La France a servi de marchepied au Qatar dans son Djihad économique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, et les investissements du Qatar s’étendent désormais dans les banlieues, dans les mosquées salafistes et dans les organisations terroristes présentes sur le sol français. Le Qatar subventionne des islamologues tels que Tariq Ramadan ou Romain Caillet pour véhiculer l’idéologie extrémiste des frères musulmans.

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