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Billet de blog 8 oct. 2019

On achève bien les chevaux…pourquoi pas les athlètes ?

L’émir du Qatar vient de baisser le pouce pour mettre fin aux souffrances de compétiteurs venus du monde entier et vendus comme de la viande par les patrons de l’athlétisme mondial. Le Qatar vend du Gaz et nous lui livrons en retour les matières premières qui lui font défauts: des ouvriers, des consultants, des sportifs...

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La compromission de l’IAAF et de la FIFA nous fait honte… celle de nos politiques nous scandalise… eux pour qui les seules fumées nocives sont celles qu’ils peuvent taxer… De nombreux journalistes donnent échos au scandale… mais curieusement aucun officiel ne remue le sourcil. Sans doute attendent-ils la fin du massacre pour verser une larme. Achetée à grands frais par QSI et son émissaire Nasser Al Khelaifi, cette mascarade sportive n’a pour objectif que de faire une démonstration de soft power et d’humilier les dirigeants occidentaux. 

Après les ouvriers qui construisent, dans des conditions condamnées par les plus respectables ONGs, des stades pour la coupe du monde en 2022, c’est au tour des athlètes de subir les affres de l’entente entre le pouvoir qatari et les instances sportives internationales.

Les Championnats du monde d'Athlétisme au Qatar sont une ignominie. 

Les meilleurs d’entre eux, ceux qui ont atteint les finales par orgueil ou par devoir, ont qualifié de : « effrayant »1 ces mondiaux d’Athlétisme et les conditions de compétition de « grand n'importe quoi »2

Les responsables de l’Association Internationale des Fédérations d’Athlétisme sont sous le feu des projecteurs après une ouverture désastreuse et 10 jours de compétition aux Championnats du monde de 2019 à Doha.  Les conditions climatiques sont décrites par tous les participants comme inhumaines. Quant à l’organisation, elle est, aux dires de la plupart des observateurs indépendants, une démonstration d’incompétence jamais égalée.

La finale masculine du 100 mètres, épreuve reine des mondiaux d’athlétisme, s’est déroulée devant un stade vide. En réalité, c’est d’abord du championnat du monde de la corruption dont il est question... et accessoirement d’athlétisme ! Des scènes grotesques et choquantes ont été diffusées lors du marathon féminin et de la course masculine des 50 km marche le soir suivant. Le marathon féminin, qui a débuté à minuit par une chaleur de 32 degrés, a vu un tiers des participantes abandonner l’épreuve dans des conditions qualifiées de « brutales »3. Du jamais-vu, et pour cause.

Imagine-t-on un tiers des 22 footballeurs finalistes de la coupe du monde 2022 quitter le terrain, et laisser la partie se dérouler à 6 contre 6 ? La coupe du monde de football devenant un tournoi de sixte de village.

Les athlètes ne retiennent plus leur colère envers l’IAAF

La Kenyane Ruth Chepngetich, qui a remporté la médaille d’or, n’a pu s’exprimer que pour déclarer qu’elle n’avait couru qu’avec sa tête4 ; la Biélorusse Volha Mazuronak, arrivée cinquième, déclarait quant à elle : « L’humidité vous tue. Il n’y a rien à respirer. Je pensais que je ne finirais pas »5 ; la Croate Bojana Bjeljac considère que ce marathon dantesque fut le plus dur de sa vie : « Ils n’auraient jamais dû donner le départ ! »6.

Avant la course pourtant, l’IAAF avait émis une déclaration confirmant que le marathon aurait lieu dans des conditions de risques acceptables pour la santé des athlètes, précisant que tout avait été fait pour minimiser les conséquences de la chaleur sur les organismes.  Effectivement, les téléspectateurs calés dans leur fauteuil, une bière à la main, ne risquaient rien eux…

Tous les athlètes et les entraîneurs fulminaient après la course, blâmant l’IAAF pour son « manque de respect »7 et se comparant à des « cobayes »8 de laboratoire. L’entraîneur éthiopien de l’équipe nationale de marathon, Haji Adillo Roba, a vu trois de ses champions contraints de s’arrêter, y compris le vainqueur du marathon de Tokyo, Ruti Aga. Roba a déclaré : « Nous n’aurions jamais couru un marathon dans ces conditions dans notre propre pays. »9.

La Britannique Charlotte Purdue, troisième coureuse de marathon la plus rapide de l’histoire, s’est retirée après le début de la troisième boucle, préférant sa santé à une hypothétique médaille. L’entraîneur britannique ayant conclu un deal avec les organisateurs préservant à la fois santé de ses poulains et la rétribution correcte de leurs prestations, l’objectif de Charlotte Purdue n'était autre que d’effectuer trois tours et de rentrer à son hôtel.

Les déclarations de Kevin Mayer, champion du monde de décathlon, lors de son interview avec les journalistes de L’Équipe sont édifiantes : « On voit tous que c'est une catastrophe, qu'il n'y a personne dans les tribunes. La chaleur n'est pas du tout adaptée […]. C'est triste. »10

« Il faut laisser la place à la raison et plus se concentrer sur la passion sinon j'aurais boycotté ces Championnats. On n'a pas vraiment mis les athlètes en avant en organisant les Championnats ici, on les a mis en difficulté. […] c'est sûr que l'on n'est pas du tout dans les bonnes conditions pour faire des performances. »11. La nuit suivante, 18 des 46 coureurs ont abandonné la finale masculine du 50 km marche, dont le français champion en titre et détenteur du record mondial Yohann Diniz. Les températures ne sont jamais descendues plus bas que 29,5° C au cours de l’épreuve de quatre heures.

Une seule bonne nouvelle : il n’y a pas de victime à déplorer. Du moins pas chez les sportifs. Car parmi les ouvriers, nombreux sont ceux qui ont payé de leurs vies la construction des stades. 

A l’issue de ce désastre historique, il reste tout de même une question dont l’évidence me semble confondante : comment peut-on encore envisager d’organiser la prochaine coupe du monde de football au Qatar ? Que faut-il de plus pour s’indigner, pour retirer au Qatar l’organisation de la compétition sportive la plus légendaire, la plus populaire, la plus médiatique du monde ? Les infrastructures construites dans des conditions inhumaines, l’impact carbone désastreux de 8 stades climatisés, un vote corrompu pour l’attribution de la compétition et aujourd’hui l’expérience catastrophique des dix derniers jours… quand les responsables internationaux ou à défaut les fédérations nationales ou bien sûr, les sélectionneurs et les joueurs trouveront la dignité de dire que ça suffit ?

Les Championnats mondiaux d’athlétisme ont donc été un immense succès médiatique qui a rempli d’aise Sebastian Coe qui fut un grand champion à qui l’on reconnaîtra à défaut d’intégrité, la reconnaissance du ventre. Un bémol néanmoins est à noter à cette cacophonie corruptrice, une omission regrettable… L’Émir du Qatar avait tout fait bien comme il faut, il avait tout acheté comme dans la chanson de Nino Ferrer :  les cornichons, les journalistes, les fédérations, les télévisions et la radio. Les entraîneurs et les champions…mais il était trop pressé et il a oublié d’acheter des spectateurs dans les stades. Oups ! Mais ce n’est que partie remise, nul ne doute que cette minuscule bévue sera prise en compte pour la prochaine compétition internationale, en 2026… l’Organisation à Doha des jeux Olympiques…d’Hiver ! Promis, il neigera dans le désert … l’Office International de la Météorologie Improbable a déjà encaissé son chèque.

___

1 : « Mondiaux d’athlétisme : malaises, abandons... C'était l'enfer à Doha pour les marathoniennes » dans BFM avec RMC Sport, le 28 septembre 2019 ; https://rmcsport.bfmtv.com/athletisme/mondiaux-d-athletisme-malaises-abandons-c-etait-l-enfer-a-doha-pour-les-marathoniennes-1776640.html

2 : « Mondiaux d’athlétisme au Qatar : « Du grand n’importe quoi », peste Yohann Diniz » dans Le Parisien, 24 septembre 2019 ; http://www.leparisien.fr/sports/mondiaux-d-athletisme-au-qatar-du-grand-n-importe-quoi-peste-yohann-diniz-24-09-2019-8158413.php

3 :  Pittet Lionel, « A Doha, les démons de minuit » dans Le Temps, le 29 septembre 2019 ; https://www.letemps.ch/sport/doha-demons-minuit

4 : « Mondiaux de Doha : la Kényane Ruth Chepngetich sort victorieuse d’un jeu de massacre » dans Le Monde, le 28 septembre 2019 ; https://www.lemonde.fr/sport/article/2019/09/28/mondiaux-de-doha-la-kenyane-ruth-chepngetich-sort-victorieuse-d-un-jeu-de-massacre_6013398_3242.html

5 : Bai Stéphanie, « Marathon féminin à Doha : La kényane Chepngetich championne du monde » dans Negronews, le 29 septembre 2019 ; http://negronews.fr/marathon-feminin-a-doha-kenyane-chepngetich-championne-monde/

6 : « Malaises, abandons : sous 40°, les Mondiaux d'athlétisme au Qatar virent à la catastrophe » dans La Depêche, le 28 septembre 2019 ; https://www.ladepeche.fr/2019/09/28/plus-de-300c-stades-vides-abandons-les-mondiaux-dathletisme-au-qatar-sont-une-catastrophe-estime-kevin-mayer,8444585.php

7 : Arigasci Jean-Pascal, « Mondiaux d’athlétisme. Yohann Diniz n’a pas voulu aller au bout de l’enfer » dans Ouest France, le 29 septembre 2019 ; https://www.ouest-france.fr/sport/athletisme/mondiaux-d-athletisme-yohann-diniz-n-pas-voulu-aller-au-bout-de-l-enfer-6541512

8 : Burnier Damien, « "Les athlètes vont servir de cobayes aux footballeurs" : au Qatar, les Mondiaux d'athlétisme font polémique » dans Le Journal du Dimanche, le 29 septembre 2019 ; https://www.lejdd.fr/Sport/les-athletes-vont-servir-de-cobayes-aux-footballeurs-au-qatar-les-mondiaux-dathletisme-font-polemique-3922380

9 : Ingle Sean, « Doha world championships ‘a disaster’, says decathlon record-holder Mayer” dans The Guardian, le 28 septembre 2019 ; https://www.theguardian.com/sport/2019/sep/28/world-athletics-championships-doha

10 : « Mondiaux : Kevin Mayer estime que le rendez-vous qatari est « une catastrophe » » dans L’Equipe, le 28 septembre 2019 ; https://www.lequipe.fr/Athletisme/Actualites/Mondiaux-kevin-mayer-estime-que-le-rendez-vous-qatari-est-une-catastrophe/1063817

11 : Ibid

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