Corruption dans le sport : Lenteurs juridiques ou… ralentissements complices ?

Les protagonistes de l’attribution de la coupe du monde au Qatar ne sont plus supposés être dans des positions d’influence. Pourtant la Justice française – et internationale – n’a toujours pas pris la moindre décision face à la démultiplication des accusations de corruption. Se décidera-t-elle un jour ?

À ce jour, les mises en examen se succèdent sans qu’une seule condamnation soit prononcée.

Nicolas Sarkozy n’est plus président de la République, Sepp Blatter ne préside plus aux destinées de la FIFA, Michel Platini n’est plus en charge de l’UEFA, Sheikh Talal est incarcéré, Tamim est émir du Qatar et la coupe du monde 2022 toujours attribuée au Qatar. Où en est la justice ? Se prononcera-t-elle en 2023, en 2050… Se prononcera-t-elle un jour ? Il existe une longue liste de cas similaires qui révèle l’incapacité de la justice française à franchir les limites politiques imposées par les dirigeants successifs de la République française.  Il est intéressant de constater que les mêmes interlocuteurs sont cités dans les différents dossiers impliquant le Qatar. Pourquoi sont-ils encore en état de corrompre ?

Sheikh Talal Abdelaziz, seul participant à la réunion de novembre 2010 désireux de parler, doit purger 22 ans d’emprisonnement avant de pouvoir le faire. À sa sortie, dans l’hypothèse où il survivrait, la coupe du monde 2022 aura rendu son verdict et les objectifs médiatiques auront été atteints. En France, un nouveau président de la République aura été élu, sans doute le quatrième depuis le début de l’enquête. Je doute qu’il soit enclin à faire la lumière sur les dérives d’un état corrupteur, lequel n’existera probablement plus…

 

Crédits : Noushad Thekkayil - EPA/MAXPP Crédits : Noushad Thekkayil - EPA/MAXPP
La lenteur de la Justice est une chose, son impact sur les populations en est une autre.

La Justice française joue-t-elle la montre ou bien suit-elle son cours tranquille et sinueux dans l’espoir de pêcher une ablette ? Durant cette interminable période de gestation juridique, des gens meurent. Les travailleurs migrants ont subi plus de 900 décès sur les chantiers de construction dans la ville de la Coupe du monde 2022 au Qatar.                                                                                           

Le Qatar compte un nombre toujours croissant de 1,8 million d’étrangers qui travaillent actuellement sur des projets liés à l’achèvement de grands projets de construction et d’infrastructure avant la Coupe du monde. En 2009, Amnesty International a signalé que les travailleurs migrants, « considérés comme des esclaves », qui représentent la partie essentielle de la main-d’œuvre du Qatar, étaient exposés aux abus et à l’exploitation par les employeurs et qu’ils étaient insuffisamment protégés contre eux. Les travailleuses domestiques migrantes étaient souvent battues et subissaient des violences sexuelles répétées. Depuis l’attribution de la CM 2022, près de 60 000 travailleurs auraient fui leurs employeurs en raison de non-paiement de leur salaire, d’heures excessives et de mauvaises conditions de travail.

La situation des migrants au Qatar était largement connue en 2010, mais cela n’a pas empêché la FIFA d’attribuer au Qatar la Coupe du Monde 2022 en dépit des conditions climatiques - battant les États-Unis dans un vote de 14-8 dans le tour décisif. C’est le retournement inattendu du vote de la France et des pays qui gravitent autour d’elle qui a permis cette attribution. La FIFA porte la responsabilité du décès de près de 900 migrants, certainement davantage.

Des témoignages, des preuves, et une justice immobile.

Au sein de la FIFA, on a fait sauter les fusibles Jack Warner et Mohamed bin Hammam pour tenter d'éteindre l'incendie du scandale de corruption entourant la campagne de bin Hammam pour la présidence de l’organe directeur mondial en 2011. Damian Collins, un député anglais conservateur qui a utilisé le privilège parlementaire en 2011 pour déclarer que deux membres de la FIFA avaient été payés pour voter pour le Qatar 2022, a déclaré : « Si l’enquête du FBI peut prouver que des paiements corrompus ont été faits à des cadres de FIFA en rapport avec la décision d’attribuer à ce pays la Coupe du Monde, alors la décision de retirer l’organisation de la compétition de la Coupe du monde 2022 devrait être prise ».

La justice française en aura-t-elle fini de tergiverser avant que les chocs écologiques et démographiques ne génèrent des déferlantes migratoires relativisant la corruption dans le sport ?

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