Antoine Defoort : l’escalade des « Parapluies de Cherbourg » par la face nord

Que peut-il y avoir de commun entre « Les Parapluies de Cherbourg » et une randonnée alpestre, entre Diderot et un paquet de Pepito, entre grosso et modo ? Un drôle de zig, sorti de l’école supérieure d’expression plastique de Tourcoing : Antoine Defoort.

Que peut-il y avoir de commun entre Les Parapluies de Cherbourg et une randonnée alpestre, entre Diderot et un paquet de Pepito, entre grosso et modo ? Un drôle de zig, sorti de l’école supérieure d’expression plastique de Tourcoing : Antoine Defoort.

Les amis de l’Amicale de production

On le connaît bien comme étant l’une des chevilles ouvrières (allons jusqu’au mollet) de l’Amicale de production, mi-start-youp (version hilare de la start-up), mi-labo rigolo ayant mis au point un accélérateur de ciboulots. Halory Georger et Julien Fournet sont avec Defoort les fondateurs de l’Amicale de production associée au 104 et au Phénix de Valenciennes. Ils ont signé ensemble plusieurs spectacles qui déshabillent la notion de spectacle, tel leur fameux Germinal (lire ici). Cette fois Antoine Defoort est seul.

Il nous accueille avec deux vasques de Pepito, ronds comme des hosties. L’absolution a un goût de chocolat. Le pain béni arrive sans attendre avec une introduction qui peut s’avérer participative : Antoine Defoort nous raconte que les dimanches après-midi pluvieux, lui et ses potes se font plaisir en rejouant-chantant entre eux Les Parapluies de Cherbourg. Tila lala tila lala… On a tous les airs en tête, on a tous été un peu Guy, un peu Roland Cassart, un peu Geneviève. Defoort fait tous les personnages avec une belle dextérité mais s’arrête net : les héritiers de Jacques Demy (ses enfants) lui ont refusé les droits.

« Pas question d’adapter au théâtre Les Parapluies de Cherbourg », ont dit les ayants droit. Alors que faire ? Faire un spectacle sur les droits, les droits d’auteurs ! C’est d’une logique imparable. Un parapluie pouvant en cacher un autre, la métaphore étant contagieuse, nous voici partis en randonnée, éclairés par le siècle des Lumières.

Faut-il faire une montagne de l’originalité ?

Un fortiche le Defoort. Il nous prend par la logique, les sentiments, la main, et nous offre en prime la blague du micro. Il nous embobine en prouvant par A + B que C comme ça et par autrement. Ça va loin, jusqu'au Boléro de Ravel et le ballet des prétendants. On longe bientôt dans un cratère volcanique où s’est formé le lac baptisé Un faible degré d’originalité (il a donné son nom à la conférence-spectacle). L’originalité étant l’un des fondements ancestraux du droit d’auteur.

On crapahute ainsi depuis un fauteuil club de la City jusqu’au séisme que provoquèrent les premières lois en matière de droits d’auteurs. Cette soirée en forme de fricassée propre à pimenter les neurones est aussi, in petto, un cours du soir. Avec une tonicité sans égale, et un bagout je ne vous dis que ça, Defoort nous entraîne jusqu’aux rives des « ressources rivales » et des « ressources non rivales ». Ça a l’air compliqué mais  l’exemple des Pepito (publicité gratuite) nous fait tout avaler.

Tout est bien qui finit bien : Antoine Defoort remercie les ayants droit de Demy, de lui avoir dit non. Ce n’était pas une si bonne idée de tenir tout un spectacle avec ça, confesse-t-il. En titrant sa conférence-spectacle Un faible degré d’originalité, il pointe ce que son spectacle n’est pas, comme tous les produits délurés sortis de l’Amicale de production : faible et convenu.

Avec son parapluie, Antoine Defoort ouvre au 104 le mini-festival intitulé « Les singuliers ». Il sera suivi par Alice et Sonia, ses cousines par alliance, les fameuses aalliiccssccaannnne&ssoonniiaaddeerrzzyyppoollsskkii et leur fort recommandable prestation en binôme : Le titre du spectacle est aléatoire (lire ici). Comme Defoort, elles ne viennent pas du théâtre et c’est peu dire qu’elles font la paire. En commun chez ces pinailleurs du réel : quelque chose comme la gaité de l’intelligence, les joies de la logique et le plaisir du dire. Et c’est rien de l’écrire. 

Un faible degré d’originalité, Centquatre, 19h ou 19h30 selon les jours jusqu’au 10 octobre.

Le titre du spectacle est aléatoire, Centquatre, 20h, du 6 au 10 octobre.

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