Le Garage-théâtre démarre en trombe

La famille Wenzel, de père en fille, ouvre un théâtre dans une ville de la Nièvre, Cosne-sur-Loire, qui en était dépourvu. Avec, au cœur d’un premier festival, une flopée de textes contemporains. Salutaire et réjouissant.

façade du Garage-théâtre © Nina façade du Garage-théâtre © Nina

Depuis deux ans, le père et sa fille cherchaient un lieu où allumer leur feu. Un lieu, un feu pour être mieux, un lieu, un feu pour vivre mieux (en écho à un poète, Paul Eluard) tout en faisant ce qu’ils savent faire : du théâtre, et du théâtre contemporain de préférence.

Le père, Jean-Paul Wenzel, formé à la bonne école du Théâtre national de Strasbourg, allait, des décennies durant, jouer, mettre en scène et d’abord écrire bien des pièces dont la plus célèbre, Loin d’Hagondange, restera comme la pièce emblématique du « théâtre du quotidien » et sera traduite en bien des langues. Wenzel, Olivier Perrier et Jean-Louis Hourdin, fameux trio de camarades à l’esprit communard, allaient fonder les Fédérés qui présideraient à la naissance du CDN de Montluçon, le théâtre des Ilets qu’ils dirigèrent de 1985 à 2002, théâtre aujourd’hui tenu par une digne héritière : Carole Thibaut. Parallèlement, les trois complices, chaque été depuis 1976, à Hérisson, village de l’Allier où vit Olivier Perrier, nous donnaient rendez-vous au bord de l’Aumance pour les vite légendaires Rencontres d’Hérisson qu’ils surent arrêter en 2002. L’année suivante, c’est en Ile de France que Jean-Paul Wenzel créa sa compagnie – Dorénavant Cie – avec sa compagne l’autrice Arlette Namiand. Ils prirent tout de même le temps de faire une fille, Lou.

La fille, donc, Lou Wenzel, formée, elle, à la défunte école de Chaillot et à celle de Saint-Etienne. Actrice et metteuse en scène, elle devait fonder sa propre compagnie, La louve, en 2005, en mettant en scène une adaptation du très beau livre de Wolfgang Borchtch, Devant la porte, puis d’autres textes contemporains. Tel père, telle fille. Au demeurant, le père devait plusieurs fois mettre en scène sa fille.

De moins en moins aidée – les DRAC sont souvent et sottement impitoyables avec les grands aînés toujours sur la brèche –, la compagnie de Wenzel est aujourd’hui lasse de l’Ile de France et s’apprête à baisser le rideau parisien. Quant à la Louve , elle a soif d’aventures buissonnières, loin des sunlights aveuglants de la capitale, sans doute aussi, biberonnée avec les légendes des Fédérés, de Montluçon en Hérisson, a-t-elle envie de prendre l’air. Donc, depuis deux bonnes années, la fille, épaulée par son père, cherchait un lieu pour y installe sa jeune compagnie. Non pas un théâtre mais un lieu qui en deviendrait un. Dans un endroit, une ville qui en était dépourvu. C’était le cas de Cosne-sur-Loire, ville de la Nièvre à deux heures de la capitale. L’Eden cinéma, orgueil de la cité, avec son extraordinaire façade était là avant que Marguerite Duras n’accapare ce nom, mais dans cette ville avec vue, de l’autre côté de la Loire, sur les vignes de Sancerre et le crottin de Chavignol, aucun théâtre n’a jamais été édifié.

C’est désormais chose faite. Alors que la Louve et son père commençaient à désespérer, après avoir visité des lieux trop grands ou trop petits dans la région, le miracle est arrivé : on leur a parlé d’un garage de taille moyenne qui était à vendre avec une maison à côté un grand jardin herbeux derrière. Bref, l’idéal. C’est ainsi que le Garage-théâtre, financé pour l’essentiel avec les droits d’auteurs mis de côté par Wenzel, s’est ouvert le 31 août. Un événement salué comme il se doit par le Journal du centre et La Voix du sancerrois.

L’attente était grande assurément, car, dès le premier soir, la salle était comble pour la recréation de Max Gericke de Manfred Karge, pièce que Lou Wenzel avait déjà interprétée, seule en scène, aux Plateaux sauvages dans une autre mise en scène. Belle histoire que celle de cette femme dans l’Allemagne précédant Hitler qui, à la mort de son mari, se fait passer pour morte et, pour vivre, prend l’identité et la place de grutier de celui-ci avec tout ce qui s’ensuit.

Hier soir, Wenzel a repris sa pièce Tout un homme, déployant les facettes de l’immigré avec une belle distribution : Hassan Ald Akhaman, Mounya Boudiaf, Mounir Margoum et Hammou Graïa. Ce soir, Denis Lavant donnera du relief vocal et physique au texte de Jean-Pierre Martinet La Grande Vie et sans doute pourra-t-il dédicacer l’ouvrage Echappées belles qu’il vient de publier (éditions les Impressions nouvelles) où il explore avec passion – et c’est passionnant – son parcours de Vitez à Léos Carax et de Essenine à Beckett. Ce « premier festival du Garage-théâtre » se terminera samedi avec Oma, un texte d’Arlette Namiand mis en scène par Jean-Paul Wenzel avec Anne-Gabrielle Lia-Aragnouet au violoncelle et, à ses côtés, deux actrices, Martine Bertrand et, bien sûr, la louve Lou.

Avant l’hiver, on songera à équiper le lieu pour qu’il soit chauffé et on mettra sur pied les ateliers de théâtre avec des amateurs qui ont été retardés pour cause de confinement et autres agaceries. Qu’importe, le Garage-théâtre est né à Cosne-sur-Loire et c’est une belle nouvelle.

Le Garage-théâtre, 235 rue des frères Gambon, Cosne-sur-Loire (58), 03 86 28 21 93, le.garage.theatre@gmail.com

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