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Billet de blog 5 avr. 2021

La détresse rageuse des jeunes artistes mise à nu

Que faire ? Que faire devant le silence, l’indifférence ? Que faire face à l’absence de toute réponse aux questions inlassablement posées ? Que faire avec pour tout avenir la négation de toute perspective ? Ce lundi de « fêtes », des jeunes artistes du spectacle ont mis à nu leur détresse et leur rage dans sept lieux symboliques de la capitale.

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Lundi de Pâques, midi, place de la République © VS

« Jeunesse piétinée, culture sacrifiée ». Le titre de leur communiqué de presse reprenait un slogan que l’on retrouve au fronton de la centaine de lieux culturels occupés en France. Un mouvement parti de l’Odéon et qui s’est répandu à toute vitesse partout en France tel un feu non domesticable.

Voici le texte du communiqué de ce groupe de jeunes artistes :

« Nous ne pouvons plus travailler ni rêver. Nous avons 22 ans, 25 ans, 19 ans, 27, 18, 21 et 26 ans. Nous avons des rêves, des objectifs, des promesses. Nous devons grandir, encore, chercher, construire, ensemble et dans toutes les langues, le monde de demain. La pandémie nous a coupé nos membres. A nous, jeunesse amputée, mutilée, vous avez répondu “courage”, “espoir”, “patience”.

Alors nous nous sommes armée-e-s de patience et nous avons accepté, d’annuler, d’arrêter, d’interrompre. Mais jusqu’à quand durera cette indifférence face à nos vies et à nos espoirs ?

Quel monde nous attend si l’art ne nous permet plus d’échanger, de se retrouver ? A quoi va ressembler un monde sans fiction ?

Place de La République, midi, ce lundi de Pâques

Nous vous imposons nos corps aujourd’hui parce que c’est la seule manière qu’on nous écoute. C’est qu’ils ne sont plus que des feuilles de papier. Nous avons vingt ans. Nous sommes vos suicidé.e.s. Nous ne laisserons plus personne nous dire que c’est le plus bel âge de la vie. »

Alors, avec aux lèvres cette phrase rageuse de Paul Nizan, ils ont déboulé sur la place de la République sur le coup de midi ce lundi de Pâques. Elles et ils se sont déployé.e.s, en respectant les distances sanitaires, le haut de leur corps nu devenu page où écrire « jeunesse piétinée, culture sacrifiée », « je vais mourir, mais pas sur scène » et autres cris de rage et de détresse.

Après quoi le groupe a repris le métro pour manifester dans d’autres lieux symboliques de la capitale : Bastille, Châtelet, le Sacré Cœur, Barbès et, pour finir, la basilique de Saint-Denis.

En ce jour de Pâques, ils se devaient de sonner les cloches à ceux qui restent sourds.

En route pour la Bastille © VS

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