Le temps des seigneurs, lettre à Alain Crombecque

Il y a dix ans, le 12 octobre, disparaissait Alain Crombecque. Ni acteur, ni auteur, ni metteur en scène, il était un amoureux des arts et des artistes. Curieux, attentif, tout chez lui était affaire de rencontres. A la tête du Festival d’automne et du Festival d’Avignon, il fut un grand directeur. Le contraire d’un programmateur. Une époque révolue ? Retour sur le parcours d’un seigneur.

Alain Crombecque © DR Alain Crombecque © DR

 Cher Alain, cher directeur

Dix ans déjà que tu n’es plus là. Dix étés et autant d’automnes. Dans les heures et les jours qui ont suivi ta disparition le 12 octobre 2009, tu n’étais plus là pour compter le nombre de tes amis qui se sont manifestés dans les médias, auprès de Christine, ton épouse, de votre fille Helena, de tes collaborateurs au Festival d’automne dont tu étais le directeur. Nombreux, si nombreux. Parmi eux, Valère Novarina. Au milieu des années 80, il avait décidé de tourner le dos au théâtre. A l’époque, il venait de proposer son Drame de la vie à trois metteurs en scène qui avaient décliné l’offre. Laurence Mayor, comédienne novarinienne en herbe, lui avait suggéré de mettre en scène son texte lui-même et de peindre les décors. Tu eus vent de cette proposition, la jugeas juste, opportune, et la fis tienne. « Sans l’invitation claire, courageuse, et la très grande confiance d’Alain Crombecque, je serais resté définitivement hors du théâtre », écrivit alors l’auteur de la Lettre à Louis de Funès. Toute ta vie aura été ponctuée de tels gestes, justes et opportuns qui arrivaient à point nommé dans le parcours d’un artiste, d’une équipe.

Dix ans après ta mort, que nous dis-tu ? Que le théâtre se nourrit de ses entrailles pour avancer dans l’inconnu, qu’il ne connaît d’autres frontières que celle de l’illimité, qu’il n’est pas un mais multiple, qu’il n’est pas l’affaire d’un seul, fût-il un génie ou un tyran, mais d’une multitude, qu’il est le garde-fou de l’inventif. Que, dans ce magma obscur et lumineux qu’est le « monde du théâtre » et des « arts vivants », tu as su, au fil des années, en te fondant sur un alliage complexe, allant de l’intuition à l’amitié, te forger un rôle unique. Un terme ancien, presque vieux comme le théâtre, le résume mieux que tout autre : directeur. Oui tu fus, bien que de taille modeste sous la toise, un grand directeur. Et, dix ans après ta disparition, au-delà de ta personne, c’est cela qui nous interroge, à une époque où les « grands directeurs » de théâtre ou de festivals comme tu le fus se font rares et sont, peut-être, en voie de disparition.

Tu n’étais pas né dans le sérail, tu ne fus jamais un acteur – sauf une fois, figurant (un éboueur), dans une pièce d’Armand Gatti mise en scène par Jacques Rosner – tu ne fus jamais un auteur et encore moins un metteur en scène. Tu fus d’abord un spectateur. Celui qui, assidu jeune homme, allait voir les spectacles novateurs de Roger Planchon au Théâtre de la Cité, dans ta ville, Lyon.

De l’UNEF à la Contrescarpe

C’est là, au siège de l’association des étudiants de Lyon que tout commença. Un « moment fondateur », diras-tu au micro de France Culture (« A voix nue », Joëlle Gayot) : l’organisation d’une exposition de peintures (peintres lyonnais et Ecole de Paris). Un « moment » en trois mouvements : le choix des artistes et l’importance qu’il y a à les faire connaître et reconnaître, le dialogue entre eux d’un côté, le public de l’autre et toi entre les deux, au cœur de l’organisation de l’événement avec tout ce que cela suppose de talent de négociateur pour obtenir accords des uns et des autres, sans parler de la recherche des subsides. Trois mouvements que tu allais décliner de bien des manières tout au long de ta vie et particulièrement quand tu seras directeur du Festival d’automne et directeur du Festival d’Avignon.

C’est le syndicalisme étudiant (à la grande époque de l’UNEF) et les responsabilités nationales que tu occuperas qui te conduiront à organiser des festivals culturels internationaux (à Strasbourg, Alger, Lille, Paris) – le mot festival entre donc très tôt dans ta vie.

Ces mêmes responsabilités te feront voyager jusqu’à Cuba, jusqu’en Chine. Très tôt aussi, tu sus l’importance des voyages pour le directeur qui germait en toi, c’est-à-dire : aller à la rencontre des artistes étrangers et souvent inconnus hors des frontières de leur pays et parfois même dans leur propre pays, de les côtoyer sur place, dans leur quotidien, leur milieu, de dialoguer avec eux, de pressentir le moment où il sera important et parfois urgent de les faire venir, d’organiser leur découverte, d’être « collé » à eux comme tu le diras, c’est-à-dire « de ne pas être là uniquement pour produire, payer, encadrer, faire des agendas ».

C’est le « hasard », diras-tu encore, qui te fit côtoyer très tôt des hommes de théâtre. Hasard est un mot que tu aimes jeter dans la conversation comme d’autres bottent en touche. Bien sûr, il n’y a pas de hasard. Si l’étudiant dilettante que tu es se retrouve à traîner place de la Contrescarpe, ce n’est pas par hasard. C’est là, dans les cafés – c’est important les cafés, les discussions informelles de café dans ta vie de directeur en herbe –, que tu rencontres le metteur en scène argentin Victor Garcia et puis tous ceux qui rôdent dans les parages ; des inconnus comme Jérôme Savary ou Copi. C’est lors d’un festival de l’UNEF que tu organises (avec Jean-Jacques Hocquart) à deux pas de la place de la Contrescarpe que Jérôme Savary donne son premier spectacle, que Copi joue l’un de ses textes et qu’arrive de Chine (où Chou-en-Lai t’avait demandé si le café des Cinq Billards existait toujours place de la Contrescarpe) le spectacle d’une compagnie de danses des Gardes rouges.

Ta vie est ainsi faite et sera toujours faite de rencontres. C’est là ton premier maître mot. C’est celui qui te vient aux lèvres quand on te demandera plus tard le pourquoi et le comment de ta vie. C’est celui que tu nous as légué comme un trésor. Et tous ceux qui t’ont rencontré, qui ont, ne serait-ce que pris un café avec toi, en savent quelque chose.

Ainsi deviens-tu « attaché de presse » de la bande de la Contrescarpe. Il faut prendre cet intitulé avec des pincettes. D’abord auprès de Victor Garcia qui met en scène Le Cimetière des voitures de Fernando Arrabal. Par « hasard », dis-tu à Colette Godard, « parce que Victor me le demande ». Par amitié donc, pour aider, accompagner, tu fus un homme de belle compagnie. Il en sera de même pour le tout premier spectacle de Jérôme Savary : « Sans vraiment le décider, je me trouve en train de m’en occuper », diras-tu. Comme un peu plus tard, en 1968, tu t’occuperas de Peter Brook qui, privé d’asile au Mobilier national par l’Etat français, trouve refuge à Londres. « Ce jeune homme caché, super-sensible » qui fait partie du voyage et que décrit Peter, c’est toi. « C’est Alain qui, modestement, gentiment, a tout pris en main pour que, peu après notre arrivée à Londres, nous puissions présenter notre recherche à la “round house” devant un public assez mystifié ». Et c’est « le même Alain, toujours aussi secret et aussi habile » qui, quelques années plus tard, accompagnera l’ouverture du Théâtre des Bouffes du Nord. La fidélité est le second de tes maîtres mots.

Quand Jérôme Savary met en chantier Zartan, le frère mal aimé de Tarzan, te voici « attaché de presse-administrateur, coupeur de billets et coffre-fort ambulant », écrira le metteur en scène dans l’un de ses livres de mémoires (Ma vie commence à 20h30, Stock). Il y décrit ta façon d’être « l’antithèse parfaite de l’attaché de presse » que tu devrais être. « Il était absolument impossible de lui arracher un mot sur les spectacles qu’il était censé défendre. Et c’était là, en fait, la meilleure manière de les promouvoir. Dans un monde où les attachés de presse vous soûlent de mots, le mutisme absolu de Crombecque excitait la curiosité du journaliste. » En 1971, au Théâtre de la Cité universitaire, Zartan fait un triomphe. Ton silence fut souvent ta seule parole et ton meilleur porte-parole. Et ta route d’étrange attaché de presse va croiser un autre « Argentin de Paris », Alfredo Arias, et puis aussi celle de Claude Régy. Des rencontres, encore et toujours des rencontres.

Le Festival d’automne, première époque

Cet attaché de presse atypique et cet ami des artistes que tu es font que Michel Guy, en créant le Festival d’automne en 1972, t’engage à ses côtés comme attaché de presse sur les conseils de ce fin renard qu’est Lucien Attoun. C’est la personne que tu es, de gauche de surcroît, que l’homme classiquement de droite qu’est Michel Guy apprend à connaître. Votre goût commun pour la peinture moderne et le goût des cultures extra-européennes qui vous attendent au coin d’un voyage, votre curiosité toujours en éveil et votre façon d’être à côté des artistes, ni devant, ni trop loin derrière, vous rapprochent. Et, tout naturellement, lorsque Michel Guy est nommé secrétaire d’Etat à la Culture (Giscard d’Estaing président, Jacques Chirac, Premier ministre), il te demande d’assurer l’intérim pendant tout son mandat. Te voici directeur à 35 ans, te voici directeur artistique du Festival d’automne le 28 juin 1974.

Le Festival d’automne 74 est, bien sûr, déjà programmé. Y figurent des artistes qui te sont familiers comme Peter Brook qui ouvre l’antre des Bouffes du Nord avec Timon d’Athènes, et comme Copi et Jérôme Savary qui signent ensemble un opéra-tango avec toute la troupe du Grand magic circus. Michel Guy t’a conseillé d’aller voir ce qui se passe à Berlin à la Schaubühne où tu es ébloui par Les Estivants de Peter Stein qui viennent au Festival 1976 et Stein apporte dans ses bagages Klaus Michael Grüber avec Lire Horlderlïn, un Grüber qui nous avait ébranlés avec son Faust salpétrière l’année précédente, celle où le Festival fait revenir Giorgio Strehler à Paris avec Il campiello, tout comme Luca Ronconi avec Utopia. 76, c’est aussi l’année où l’on découvre Einstein on the Beach, un opéra de Robert Wilson et Philip Glass, et Le Livre des splendeurs de Richard Foreman, ancrant cette veine américaine de Michel Guy présente dès la première année avec la Dance company de Merce Cunninhgam, et Ouverture, un spectacle en 24 heures de Robert Wilson.

En 1977 sont conjointement à l’affiche deux spectacles de Carmelo Bene dont S.A.D.E « spectacle en deux abstractions », La Classe morte de Tadeusz Kantor (après son passage au festival de Nancy de Jack Lang dont tu es un spectateur fidèle) et quatre spectacles du théâtre de la Taganka de Moscou signés Iouri Lioubimov dont un Hamlet avec Vladimir Vissotsky dans le rôle-titre. Rétrospectivement, cette avalanche de sommets en un mouchoir de poche donne le vertige. Je me souviens comment, l’un de ces jours où ta parole se déliait, tu aimais raconter les âpres négociations avec le pouvoir soviétique pour faire venir ces quatre spectacles à Paris et le rôle d’intermédiaire discret et précieux que joua ce merveilleux homme de l’ombre que fut Fernand Lumbroso pour lequel tu avais beaucoup d’affection.

Changement de gouvernement, Michel Guy perd son poste et revient diriger le Festival d’automne. Tu quittes l’aventure le 24 avril 1978 en ayant largement mis sur pied les grands axes du Festival qui commencera quelques mois plus tard avec un long périple au Japon autour de l’exposition Ma espace-temps, au Japon : calligraphies, concerts de musique contemporaine japonaise, « danse-théâtre » avec Tanaka Min,  Tadashi Suzuki et bien d’autres. Alors qu’il était secrétaire d’Etat, lors de l’un de ses voyages, sur un papier à en tête des Philippines Airlines, Michel Guy t’envoie une lettre le 27/11/76 : « Mon cher Alain, j’ai vu ici un nombre considérable de choses passionnantes. Je crois qu’il y a matière à faire un énorme “projet japonais” en 78, tant classique que moderne. » Il a pris quelques contacts « avec les officiels et les artistes » et conclut sa missive : « Ne tardez pas trop, les Japonais sont très formalistes et lents. » Joséphine Markovits pour la musique, Marie Collin pour le théâtre et toi pour un peu tout, effectuez le voyage au Japon. Le même festival met à l’affiche des metteurs en scène promus par Michel Guy à la tête d’un CDN, Georges Lavaudant à Grenoble qui vient avec Maître Puntila et son valet Matti, Bruno Bayen à Toulouse qui vient avec La Mouette. Et puis il y a ce metteur en scène à part qu’est Jean-Marie Patte qui entame une longue fidélité avec le Festival (neuf spectacles). Les grandes choses peuvent être l’affaire de quelques personnes réunies par l’amitié, la compétence et la confiance. C’est une leçon que tu n’oublieras pas.

Tout ce périple depuis Lyon, les festivals de l’UNEF, la place de la Contrescarpe jusqu’au siège du Festival d’automne rue de Rivoli (Michel Guy habite au-dessus) ont façonné une image de toi hors du clivage habituel droite/gauche, celle d’un homme proche des artistes (qu’ils soient connus ou encore inconnus), nullement courtisan, aucunement arriviste, moderne mais hors mode, peu disert mais disant juste. Jack Lang qui a fondé le Festival universitaire de Nancy en 1963 devenu par la suite un Festival mondial du théâtre, fait appel à toi lorsqu’il dirige brièvement le théâtre de Chaillot au moment où le TNP se décentralise à Villeurbanne sous la double direction de Planchon et Chéreau. Lang t’envoie également en mission dans différents pays pour le Festival de Nancy sur lequel il garde un œil attentif. Bientôt, il te proposera d’en prendre la direction, offre que tu étudieras avant de la décliner avec beaucoup de lucidité comprenant que les grandes années du Festival sont derrière lui.

Du TNP à Nanterre

Patrice Chéreau nommé au Théâtre de Nanterre en 1982 avec un projet d’envergure fait à son tour appel à toi. Il te connaît depuis L’Affaire de la rue de Lourcine. Te voici « conseiller artistique », autrement dit : tête chercheuse et fouineuse. Chéreau souhaite inviter le metteur en scène Luc Bondy qui n’est jamais venu en France. Tu as déjà vu plusieurs spectacles de lui en Allemagne. Tu le rencontres à la Schaubühne de Berlin, comme toujours tu as un livre dans ta poche ou sous le bras, Bondy remarque que tu lis Vienne fin de siècle et c’est ainsi que naît l’idée de Terre étrangère, une pièce de l’écrivain autrichien Arthur Schnitzler, premier spectacle étranger invité à Nanterre-Amandiers, énorme succès. « Nous ne nous sommes jamais quittés », dira Bondy au lendemain de ta disparition au micro de Laure Adler. « Aujourd’hui, je me demande qui il était. A-t-il laissé des notes, des carnets ? Qui d’entre nous l’a véritablement connu ? » Tu n’as laissé aucun carnet intime et dix ans après la crise cardiaque qui te fut fatale, tu gardes ta part de mystère. « Finalement, la personne la plus secrète que j’ai connue », écrira Bondy à ton épouse Christine, la mère de ton unique enfant, Helena.

Toi qui fut engagé à gauche dans le syndicalisme étudiant et plus tard dans l’éphémère revue de théâtre Calliope (deux numéros) aux côtés de Serge July et d’autres, la politique te rattrape pour te jouer le plus beau tour qui soit. Aux élections municipales d’Avignon, la droite bat ce fief de la gauche, le nouveau maire fait appel à Michel Guy comme conseiller artistique. Ce dernier te fait comprendre qu’il faut te tenir prêt à succéder au directeur du Festival d’Avignon Bernard Faivre d’Arcier (énarque de gauche), à l’issue de son mandat. Mais Faivre d’Arcier démissionne et ton destin s’accélère : te voici nommé à la tête du Festival d’Avignon. Toi, l’homme des coulisses, te voici propulsé au devant de la scène, te voici homme public. Les artistes, le milieu théâtral te connaissent et t’apprécient, ta nomination est favorablement accueillie, mais le grand public ne sait pas grand-chose de toi. Il n’en saura jamais beaucoup, même si on ne compte plus le nombre de portraits qui te furent consacrés dans les médias.

Si au Festival d’automne tu pouvais avoir un dialogue permanent avec Michel Guy mêlant amitié et admiration réciproque, c’est avec un mort que tu vas entamer un dialogue au Festival d’Avignon, avec son créateur, Jean Vilar. Lorsque après le retour de Michel Guy à la tête de son festival tu avais travaillé au TNP auprès de Georges Wilson, tu avais passé beaucoup de temps à consulter les archives, à lire les notes de Vilar. Tu l’avais rencontré une seule fois, en 1964, lorsque tu avais participé, en tant que syndicaliste étudiant, à un débat qu’il animait au Verger Urbain V. Tu avais balbutié maladroitement un discours en lisant tes notes, Jean Vilar t’avait proposé de boire un verre. Là, autour d’une table, il t’avait donné une leçon d’élocution. Tu racontais souvent ce souvenir avec tendresse et tu te souvenais aussi que le festival de l’UNEF près de la place de la Contrescarpe se déroulait quasiment sous les fenêtres de Vilar qui habitait rue de l’Estrapade. Tu n’auras jamais été un orateur capable de parler avec assurance pour ne rien dire, tu aimais trop les mots pour cela. En arrivant à la direction du Festival d’Avignon, tu diras avoir « avant tout cherché à être en accord avec les forces obscures de l’origine ».

Avignon, dialogue avec l’origine

Ce dialogue muet avec Vilar te conduit à inviter dans la Cité des papes les acteurs qui, à ses côtés, assurèrent sa gloire dans les premières années. Certains sont tentés mais effrayés comme Jeanne Moreau (elle surmontera sa peur pour La Célestine auprès d’Antoine Vitez). D’autres sont ailleurs, comme Philippe Noiret. Maria Casarès ne dit pas non (elle viendra, héroïne d’une pièce de Copi, La Nuit de madame Lucienne, mise en scène par Bruno Bayen). Alain Cuny dit oui tout de suite. Je le revois s’asseyant sur le lit de sa chambre dans un hôtel à deux pas du Palais des papes, arrivant de la gare où l’on (une équipe de l’éphémère télé-Libération) avait tenu à l’escorter comme un prince en louant une limousine. Quelqu’un frappe à la porte, on ouvre, c’est un énorme bouquet. De ta part. Le colosse en fut ému. Il le fut plus encore lorsque, avant son départ après avoir fait tonner des pages de Strindberg, tu lui avais dit qu’il pouvait revenir au Festival quand il le souhaiterait, qu’il était ton « invité permanent ». Il allait revenir et plus d’une fois, lire, lire encore. De même fis-tu revenir ceux qui en avaient été exclus par tes prédécesseurs : Théâtre Ouvert et sa boîte à textes nouveaux mis en espace (aventure qui avait débuté en Avignon l’année de la mort de Vilar), Jacques Robert et le cinéma dans la Cour d’honneur. Ce sont des gestes comme ça qui font la différence entre un directeur et un programmateur.

Alain Crombecque © DR Alain Crombecque © DR
Tu aimais les femmes, plusieurs actrices et une scénographe partagèrent un pan de ta vie. Tu aimais t’entourer de femmes et ce fut le cas au Festival d’Avignon avec Véronique Charrier, Nicole Taché et Yolaine Baignères. Une fine équipe, soudée. Le Festival d’automne dure plusieurs mois, et se déroule dans de nombreux lieux sans point de ralliement. Avignon concentre le temps sur trois semaines, tout y est plus exposé, toi le premier. Ton Solex devient ta légende : il est comme toi, ni lent, ni rapide, à la fois déterminé et dilettante. Tu ne dis pas grand-chose mais tu es partout à la fois, les soirs de première et les autres soirs et quand on parle avec toi tu es là pleinement avec ton regard qui fuit le face-à-face, à l’écoute constamment, jamais pressé. Ah ! comme ces étés furent jolis ! Tous les fils qui avaient tissé ta vie se donnèrent rendez-vous à Avignon, de façon plus claire, plus manifeste qu’au Festival d’Automne.

Ton amitié ancienne avec Patrice Chéreau réussit à le convaincre d’affronter le monstre – le plein air de la Cour d’honneur du Palais des papes – avec son Hamlet. « Il m’avait convaincu, j’avais envie d’être avec lui, c’est aussi simple que cela », dira Chéreau.

Ton compagnonnage avec Peter Brook fit que tu poursuivis naturellement jusqu’à son terme l’aventure du Mahabharata mise en orbite par ton prédécesseur. Et c’est ensemble, Peter et toi, que vous irez visiter la carrière Callet à Boulbon où le spectacle allait s’adosser à la nuit avant de s’achever au petit matin dans les premiers rayons du soleil levant salué par les oiseaux. Un embrasement où l’on tient toute une nuit le théâtre entre nos bras qui se renouvela avec la nuit du Soulier de satin dans la mise en scène d’Antoine Vitez lors de la première intégrale qui triompha avec un début en deux parties plus chaotique. Vitez te remercia de « la confiance sans défaillance » que tu lui fis.

Par la suite, lorsque le directeur de Chaillot qu’il était alors mit en scène Lucrèce Borgia dans la Cour, le soir de la première tu vis Jean-Pierre Jorris, qui avait été le premier Cid de Vilar avant Gérard Philipe, venir au centre du plateau, s’agenouiller et saluer le mur imposant de la Cour d’honneur. Une scène qui t’éberlua autant qu’elle te contenta et que tu aimais raconter, en concluant d’un mot qui résumait tout : « magnifique ».

Ton goût des voyages et l’envie de partager des cultures venues d’ailleurs firent venir à Avignon des artistes qui, de la Thaïlande jusqu’au Cambodge, racontaient de bien des manières la grande épopée du Ramayana. C’est avec la complicité de Soudabeh Kia, une amie iranienne réfugiée en France et avec la bénédiction du Quai d’Orsay qu’au temps des mollahs tu fis venir le tazieh, cette forme de théâtre préislamiques captée par le chiisme, et des musiciens iraniens qui, dans leur pays, n’avaient pas le droit de pratiquer leur musique. Et on vit ce spectacle incroyable : une théorie de mollahs asssis au premier rang dans la Cour d’honneur écouter toute une nuit des musiciens honnis dont, au petit matin, le souffle puissant et déchirant d’un zurna joué par Shah Mirza Moradi, un épicier du Loristan qui jusqu’alors n’avait pu pratiquer son instrument que discrètement dans une cave capitonnée et pour lui seul.

La même amie complice fit venir une autre année des musiciens du Pakistan dont l’apothéose fut une nuit au Cloître des Célestins où le grand Nusrat Fateh Ali Khan entra en scène du côté de quatre heures du matin. Derrière tout cela, un art de la négociation que tu savais pratiquer avec tact et persuasion et parfois avec la froide fureur d’un télégramme comme le raconte Antoine de Baecque dans son Histoire du Festival d’Avignon (Gallimard) lorsque Pierre Boulez est sur le point d’annuler la création de Répons dans la carrière Callet à Boulbon parce qu’aux jours prévus pour les essais de son, le maire de la localité a programmé un son et lumière.

Si le Festival d’Avignon est « une idée de poète », à savoir René Char, cette phrase, longtemps malaxée, généra en toi l’envie de présenter au festival des poètes, de les honorer par des spectacles, des expositions, des rencontres et des retransmissions sur France Culture par Alain Truttat qui fut, lui aussi, un précieux complice et te fit rencontrer Nathalie Sarraute. Elle vint tout comme Francis Ponge avec qui tu te promenas dans la ville pour retrouver le collège qu’il avait fréquenté et constater que la glycine de son souvenir était toujours là. On vit aussi Edmond Jabès, André Du Bouchet ou Robert Pinget honoré par Joël Jouanneau, Chantal Morel, Jean-Marie Patte et de grands acteurs. Ou encore Georges Perec, avec Sami Frey juché sur un petit vélo disant Je me souviens. « Il [Alain] m’a encouragé à réaliser ce que je n’aurais peut-être pas osé sans son incitation simple et directe », dira l’acteur.

En 1971, tu avais participé à un spectacle sauvage que Claude Confortès avait concocté pour célébrer le centenaire de la Commune de Paris et qui fut joué place de l’Opéra, sans autorisation bien sûr, jusqu’à ce que la police n’arrête l’auteur-interprète et sa partenaire, Delphine Seyrig. Sur les photos prises par William Klein, on te voit, les cheveux mi-longs, l’œil brillant, un rien goguenard. Peut-être t’es-tu souvenu de ce spectacle sur la voie publique lorsque tu fis entrer au Festival deux compagnies de théâtre de rue, Zingaro et Royal de luxe.

Et comment ne pas penser à Tadeusz Kantor qui te demanda de venir le chercher aux portes de la cité des papes avec les clefs de la ville, autre histoire que tu aimais raconter, rappelant au passage que tu avais effectué dix voyages à Cracovie pour voir Kantor « sans avoir rien à lui demander, simplement pour le plaisir de le rencontrer » ? Comment ne pas penser à la présence de Heiner Müller place des Carmes pour Le Cas Müller de Jean Jourdheuil et Jean-François Peyret tandis que Matthias Langhoff mettait en scène sa pièce La Mission ? Et bien sûr Valère Novarina servi par des acteurs habités par son écriture comme André Marcon. Ou encore cette carte blanche que tu offres à Nadia Croquet (qui, avec Marie Pénin, avait fait du Théâtre de la Bastille un lieu incontournable) pour un délirant cabaret. Et ce Russe découvert à Moscou lorsque le pays s’ouvre, que personne ne connaît encore et qui se nomme Anatoli Vassiliev. Je nous revois dans le sous-sol de la rue Povarskaïa à Moscou découvrant le même soir sa mise en scène sidérante de Six personnages en quête d’auteur.

Retour au Festival d’automne

Les bisbilles avec la municipalité avignonnaise repassée à gauche, la crise des intermittents qui te conduit à arrêter un jour le Festival pour la première fois de son histoire, la mort d’Antoine Vitez le 30 avril 1990 et celle de Tadeusz Kantor à la fin de cette même année, assombrissent tes derniers festivals. N’ayant pas obtenu « l’indépendance artistique et financière » que tu souhaitais de la part de la ville et de l’Etat, tu décides de partir. Ton dernier festival connaît de beaux moments comme l’hommage à Octavio Paz, la venue de Le Clézio et de Rigorbeta Menchu en cette année du 500e anniversaire de la « découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb. Peut-être es-tu las, peut-être as-tu « perdu la main » pour la Cour d’honneur comme tu le diras plus tard, une Cour où tu aurais aimé que viennent se mesurer Klaus Grüber, Luca Ronconi, Peter Stein ou Michel Piccoli dans Le Roi Lear. Des rêves inassouvis. Tu aimais citer ces mots de René Char : « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. »

A Paris, Michel Guy malade du sida est mort lui aussi en 1990, le 30 juillet. L’équipe du Festival d’automne attend ton retour, tu reviens doucement. Et tu n’en bougeras plus. Façon de parler. Car tu bouges beaucoup, tu voyages de par le monde et, dans les locaux de la rue de Rivoli, tu te promènes de pièce en pièce. Jamais je ne t’ai vu assis au bureau qui était censé être le tien en face de celui de Marie Collin.

Le festival 1991 est dédié à Michel Guy. A l’affiche, de belles fidélités : Merce Cunningham, Lucinda Childs, Patrice Chéreau, Valère Novarina, Klaus Grüber, François Tanguy et le Théâtre du Radeau, aventure qui, elle aussi, poursuit et poursuivra un long compagnonnage avec le Festival entamé en 1987 avec Mystère bouffe. « Je n’hésite pas à revendiquer mes engouements, mes partis pris, mes amitiés, mon entêtement. J’en tiens pour le coup de foudre, en même temps que pour le compagnonnage de longue haleine. Qu’on n’imagine pas que le Festival d’automne puisse exister sans passion. » Ces lignes ne sont pas de toi mais de Michel Guy (elles accompagnent l’édition 1978), cependant elles te ressemblent. Un même esprit vous animait l’un et l’autre. Michel Guy cite bien des noms, de Pierre Boulez à Robert Wilson, qui font les délices et les aléas d’un long compagnonnage. Tes collaboratrices et toi en ajouteront d’autres au fil des années, comme Claude Régy dont tu fus l’éphémère attaché de presse, Luc Bondy que tu fis venir au Théâtre des Amandiers, Christoph Marthaler, Marc François, Piotr Fomenko, Krystian Lupa, le Wooster group, le tg STAN, Roberto Castellucci, Rodrigo Garcia, Sylvain Creuzevault pour ne citer que des hommes de théâtre (rares sont à l’affiche des mises en scène signées par des femmes, peu nombreuses encore à signer des mises en scène). Il faut beaucoup de doigté pour programmer des nouveaux venus. Tu ne cherchais pas à être le premier (maladie infantile des programmateurs) mais à le faire au moment juste et dans un intense accompagnement. Si Valère Novarina est un auteur qui t’importe et que tu honoras soit à travers ses mises en scène soient celles de ses textes mis en scène par Claude Buchwald, en revanche on note l’absence de deux grands auteurs (et metteurs en scène), Jean-Luc Lagarce et Didier-Gorges Gabily. « Je suis passé à côté », me diras-tu. Est-ce que la curiosité s’est quelque peu effilochée au fil des années ? Ta « quête ininterrompue de l’étonnement » trouva-t-elle plus difficilement matière à s’égayer ? Les derniers mois de ta vie, tu n’allais pas bien et c’est en allant voir un médecin de l’âme et du corps que tu t’es effondré.

Le temps des seigneurs

René Gonzalez à la tête de la MC93 puis du Théâtre de Vidy à Lausanne, et Ariel Goldenberg, qui succéda à Gonzalez à la MC93 avant de diriger le Théâtre de Chaillot, étaient deux de tes partenaires préférés. Vous exerciez le même métier, celui de directeur, avec la même passion mêlée d’obstination, la même audace, le même plaisir. Avec, entre vous, la même complicité, le même respect. Gonzalez a été emporté par un cancer (en 2012), Goldenberg a été viré (en 2008) sans raison du Théâtre de Chaillot par caprice ministériel et depuis semble s’être retiré des affaires. Certains avaient pensé à eux pour te succéder au Festival d’Avignon. Ils étaient comme toi dans le théâtre depuis toujours, aux côtés des artistes (Gonzalez ayant vite renoncé à une carrière d’acteur sachant qu’il ne serait jamais Terzieff ou Cuny, deux acteurs qu’il admirait). Vous avez souvent travaillé ensemble, de concert. « Etre du bond, pas du festin », Gonzalez aimait citer ces mots de René Char, poète qui lui tenait lieu de vigie. Vous étiez des êtres bondissants. A l’affût. « Etre à l’origine du mouvement, des premiers balbutiements, des premiers émois, des premières découvertes, des premiers rêves », disait « Gonzalo du lac ». Tu ne parlais pas avec un tel lyrisme, mais tes silences ne disaient pas autre chose lors de la découverte d’un jeune artiste quand tu allais à sa rencontre.

Tu étais aussi très proche de Thomas Erdos, homme de l’ombre s’il en fut. « Il avait un réseau international sans pareil, fait de connivences et de sensibilité », disais-tu. Le sachant condamné (il mourut d’un cancer en 2004), Pina Baush était venue dîner en tête-à-tête avec lui le jour de ses 80 ans. Lorsqu’on lui rendit hommage après sa disparition, elle était là avec toute sa troupe. Pina lui devait beaucoup et elle n’était pas la seule à lui être redevable. Tu en sais quelque chose. Cet émigré Hongrois avait ses entrées en Inde et au Japon et il t’accompagna plus d’une fois dans ces pays, ou encore en Iran, pays de sa collaboratrice Soudabeh Kia. Il n’était pas directeur, plutôt agent, conseiller, « go-between », disait-il, bref : homme de l’ombre, « l’ombre merveilleuse des coulisses, cette antichambre de la magie », disait-il encore.

Tu étais, vous étiez, des seigneurs. L’amitié dictait l’intérêt et non l’inverse. La prise de risque fut votre seconde nature. Vous n’aimiez rien tant que de faire découvrir un artiste dont vous veniez de voir le travail dans un sous-sol provincial ou à l’autre bout du monde et de faire un bout de chemin, voire toute une vie, avec lui. Je me souviens de Frères et Sœurs, le spectacle de Lev Dodine. Venu une première fois au Festival d’automne, il ne rencontra qu’un public clairsemé, des demi-salles. Etait-ce trop tôt ? Les dates (Toussaint) portèrent-elle la poisse au spectacle ? Ni toi ni ton équipe ne parlèrent d’erreur. Vous saviez que ce spectacle était d’une qualité et d’une ampleur telles qu’il ne saurait passer à la trappe de l’histoire du Festival. Deux saisons plus tard, le même spectacle revint et ce fut un énorme succès. Un directeur de théâtre a des convictions intimes, une foi dans ses choix, son action. Un programmateur se contente de programmer en espérant que le public viendra. L’un joue sa vie ou presque, l’autre se contentera, au pire, d’un moment de désagrément.

Frye Leisen avait fondé un festival à Anvers avant de fonder le Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles en 1992. Elle le dirigea pendant quatorze ans avant de laisser place à une nouvelle génération. En 2014, directrice artistique du Wiener Festwochen, elle démissionne car la part des dépenses administratives est supérieure aux activités artistiques. Inversion que tu n’acceptas jamais. L’année suivante, elle donne une conférence au Sydney Opera House. Tout ce qu’elle dit ce jour-là, tu aurais pu le dire. Elle dit qu’elle place l’artiste au centre. Elle raconte que c’est à elle de s’adapter au rythme de l’artiste et à ses besoins, de l’accompagner dans la production de son travail. Elle dit qu’il est important de se déplacer, d’aller découvrir des artistes et de voir l’artiste chez lui dans son pays, son milieu, que la personnalité de l’artiste est plus importante qu’un seul de ses travaux, qu’il faut s’engager dans ce qu’elle nomme un « parcours » avec lui, avec elle. Que son rôle de directrice de théâtre ou de festival est comme le tien celui d’un trait d’union, ce petit signe qui réunit deux mots, deux mondes, les artistes et les spectateurs.

Dans tes propos, ici et là, tu ne mentionnes pas Frye Leisen. Je suis sûr que vous vous connaissiez, que vous vous estimiez. Que vous partagiez ce que tu nommes « l’intuition et la prémonition », que l’activité de Michel Guy puis la tienne furent pour elle sinon un modèle du moins une source d’inspiration, une aventure sœur. D’ailleurs les ponts entre le Kunstenfestivaldesarts et le Festival d’automne furent multiples.

Comme toi, comme Michel Guy, René Gonzalez, Ariel Goldenberg, Thomas Erdos, Frye Leisen  encore Benedicte Pesle récemment disparue) étaient « l’ami des artistes sans en être un », tout comme tes collaboratrices au Festival d’Avignon et au Festival d’Automne. Après ta disparition brutale, Joséphine Markovits et Marie Collin, tes complices, ont tenu le flambeau de l’Automne jusqu’à la nomination d’un nouveau directeur, Emmanuel Demarcy-Mota, avec lequel elles travaillent désormais.

Ce nouveau directeur est d’abord un metteur en scène, comme l’est l’actuel directeur du Festival d’Avignon, Olivier Py. Comme l’est également Arthur Nauzyciel, le nouveau directeur du Théâtre national de Bretagne, belle maison abritant un festival et un centre de création d’envergure mis en place par ses prédécesseurs Emmanuel de Véricourt et François Le Pillouër qui, eux aussi, étaient des amis des artistes sans être pour autant des metteurs en scène. Comme le furent, en leur temps, celles et ceux qui prirent les rênes du Festival mondial de Nancy (Jack Lang, directeur-fondateur, puis Lew Bogdan, Michelle Kokosowski, etc). Ou comme le directeur-fondateur du festival Sigma de Bordeaux, Roger Lafosse. Ce n’est pas un jugement, c’est un constat. Qui me laisse songeur. Perplexe ? Oui, perplexe. En colère ? Oui, en colère. Car, tous autant que vous êtes – c’est-à-dire une poignée –, vous, seigneurs du théâtre, avez joué un rôle sans pareil. Ce temps est-il en passe d’être révolu ?

Voilà, cher Alain, cher Directeur, ce que j’avais envie de te dire en me souvenant de ta vie et celles de tes pairs. Ta mort nous laisse inconsolés bien sûr, mieux, elle ne nous laisse pas tranquilles. Je t’embrasse, toi que je n’ai jamais embrassé.

France Culture diffusera dimanche 13 octobre de 21 h à 23 h "Les années avignonnaises" et "les années du festival d'automne" d'Alain Crombecque, deux émissions enregistrées et diffusées pour la première fois en juillet 2009 et novembre 2009.

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