Les chiens de Navarre aux Bouffes : tonton pourquoi tu pouffes?

Tout le monde vieillit. Le vin, les copains, les artères, même les Chiens de Navarre. Mais ils vieillissent bien. Comme le bon vin qui fortifie les artères et fait plaisir aux copains.

 © Philippe Lebruman © Philippe Lebruman

Le nouveau spectacle des Chiens de Navarre,  Les Armoires normandes, leur ressemble, c’est-à-dire qu’il ne ressemble à rien. Non, il n’y a pas d’armoire, même à glace, mais un plateau entièrement recouvert  de sable, lequel vient peut-être d’une plage normande mais c’est peu probable. Comme toujours, depuis La Raclette à Nous ne vieillirons pas ensemble, le public est accueilli pour mieux être cueilli.

Slip, sexe and sable

Cette fois, c’est  un Christ qui s’y colle. Ensanglanté de partout (pas de spectacle des Chiens de Navarre sans quelques litrons d’hémoglobine), du haut de sa croix, il nous toise, nous harangue. Tout y passe, c’est-à-dire tout ce qui lui passe par la tête au soir le soir, l’improvisation est constitutive du groupe. Le public étant en place, au mot Allah, oula, gaffe à la provoc’, panique en coulisses, les machinos illico font descendre la croix et l’intrus. Le public, d’emblée complice, salue le gag.  A la fin du spectacle, c’est une improbable danse de sirtaki dansée par des animaux velus non identifiés, le museau enfoui sous une haute coiffe de poils vaguement inspirée du folklore ukrainien, qui nous rappellera au bon souvenir des Grecs qui en chient pendant que l’on s’amuse. L’actu ayant cadré le spectacle aux deux bouts, on peut passer aux choses sérieuses, façon de parler, mais pas seulement.

Des séances de groupe (réunions d’association, alcooliques anonymes, etc.) auxquelles nous avait habitués le collectif dont tous les spectacles sont des créations collectives (et des vraies : les droits d’auteurs sont répartis entre tous les membres), on passe à des scènes plus intimes c’est plus retors à jouer autour du couple, de l’amour et du sexe. Le tout  placé sous la haute présidence d’une parole définitive attribuée dans le programme à Marilyn Monroe par l’éminent Jean-Christophe Meurisse (le coach et metteur en scène de la bande) : « le sexe fait partie de la nature. J’obéis à la nature. »

La quéquette à l’air, produit maison

Cela nous vaut pour commencer quelques thérapies pour couples de quinze ans d’âge. Assis sur un canapé, ils sont interrogés par un des acteurs de la troupe à la manière confite d’une Sophie Davant, grande prêtresse de l’introspection télévisuelle. L’art des Chiens de Navarre, c’est de nous faire plier de rire dans le miroir qu’ils nous tendent sans jamais tomber dans la caricature. Un art discret de la distanciation qui passe ici par une décomposition sonore très efficace.

Par exemple, on voit un homme à poil (on a beau vieillir, on ne se refait pas : pas de spectacle des Chiens de Navarre sans quéquette à l’air) assis sur une tinette en train de déféquer. Tout ce qu’il dit et fait jusqu’au son des étrons extirpés de son bide est « sonorisé » dans des micros par les voix d’autres acteurs assis au premier rang, y compris le bruit de la chasse d’eau. Sans ce bricolage, cela aurait pu être d’un gras naturalisme ; de fait, c’est sioux comme du Tati.

C’est au moment d’une cérémonie de mariage où des spectateurs sont conviés pour la photo de famille que les acteurs retrouvent les fondamentaux de la maison Chiens de Navarre qui ont fait leur réputation. Les voici tous  en scène et en slips pour un concours-épreuve dont ils ont le secret, avant que le discours de la meilleure amie de la mariée ne nous réserve de bien belles surprises, et avant qu’un jeu de ballons à faire breveter auprès des clubs de vacances ne prenne le relais.

Et ainsi de suite.  Un chapelet de saynètes avec un fil très conducteur. Chaque acteur ou presque a son moment de gloire comme le pianiste qui  s’aventure dans « Un homme heureux », tube increvable de William Sheller, un moment exquis. Parmi d’autres. On sort de là ni heureux, ni malheureux. Plutôt content. Bien content.

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris, du mar au sam 20h30, dim 16h, jusqu’au 22 mars,

Charleroi,  palais des Beaux-Arts les 27 et 28 mars,

Le Carré - Les Colonnes, scène conventionnée Saint-Médard-en-Jalles / Blanquefort le 2 et 3 avril,

Toulouse, Théâtre Sorano,  du 9 au 11 avril,

Creil, La Faïencerie le 16 avril,

Lyon, Les Subsistances, du 10 au 13 juin.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.