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Billet de blog 7 février 2022

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Natalia Isaeva n’est plus

Grande passeuse du théâtre russe en France et du théâtre français en Russie, inlassable collaboratrice d’Anatoli Vassiliev, immense et discrète savante, Natalia Isaeva a été retrouvée morte dans son appartement parisien. Une immense perte.

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Illustration 1
Natalia isaeva dans un café parisien, récemmemnt © dr

Attentionnée avec chacun comme une babouchka, inlassable traductrice des paroles d’Anatoli Vassiliev et des écrits d’ auteurs français (d’Antonin Artaud à Bernard-Marie Koltès), savante aussi émérite que modeste (sanskrit, philosophies indiennes et occidentales, etc), longtemps directrice de recherche à l’Institut d’orientalisme de l’Académie des sciences de Russie, douce passante de l’existence, Natalia Isaeva s’en est allée le 4 février, surprise par la mort au milieu de la nuit, chez elle à Paris, où elle était venue vivre, après l’assassinat (jamais élucidé) en juillet 2000 dans leur datcha, de son mari, Serguei Isaev, recteur du GITIS, la grande école de théâtre moscovite.

Ceux qui l’avaient fréquentée auprès de Vassiliev lors de stages à la Cartoucherie, à Lyon (ENSATT) et ailleurs ou simplement parlé avec elle dans un café parisien, ceux qui l’avaient croisée à l’ARTA qui fut pour elle comme une seconde maison, bien sûr l’amie de longue date Michelle Kokosowski, et d’autres encore, étaient venus lui rendre un dernier hommage lors d’une cérémonie de requiem à l’église grecque de la rue Georges Bizet à Paris.

Depuis Moscou Anatoli Vassiliev, avait envoyé une lettre que lut l’amie chère, l’actrice Valérie Dréville. En voici le début :

« Je ne volerai plus pour Paris, et elle ne viendra plus me chercher à l'aéroport Charles de Gaulle, où elle ne se blottira plus, involontairement, contre moi, insensible aux tendresses, et nous nenretournerons plus dans l'appartement de Laurencine place Toudouze, et nous ne partagerons plusnnotre verre de vin elle — rouge moi — blanc corsé, — et nous ne passerons plus le coup de fil à Michelle, et nous ne nous croiserons plus à la véranda du restaurant de notre ami, et je ne reviendrai plus à la Comédie Française pour continuer à travailler avec elle, ensemble dans mon théâtre favori, et je ne la verrai plus joyeuse de ses retrouvailles avec Valérie Dréville, et ne reviendrai jamais à Strasbourg, je ne serai plus avec elle ni aux séminaires à la Cartoucherie de Vincennes, ni sur les îles grecques, ni dans l'Amphithéâtre d'Epidaure, ni aux rencontres théâtrales en Italie, en Pologne, en Hongrie, au festival du théâtre et du cinéma à Avignon, à Amsterdam, à Londres, à Moscou, et Natalia ne verra plus jamais sur la scène du Théâtre d'Art de Moscou la première de Quai Ouest de Koltès dans sa propre traduction, et elle ne décorera pas d'un ruban bigarré son livre écrit sur moi et ne m'offrira pas son premier exemplaire : Les Années de pèlerinage — impossible d'énumérer tous cela, toutes ces choses qui n'adviendront plus jamais. »

Dans un cercueil plombé, Natalia Isaeva s’est envolée pour Moscou où elle va rejoindre son défunt mari. Ce mardi aura lieu un office des morts à l'église russe, suivi de l'inhumation au cimetière Vagankovo, dans la sépulture de Sergei Isaev.

Le livre consacré à Anatoli Vassiliev que Natalia Isaeva venait d’achever paraîtra prochainement à Moscou. Souhaitions qu’il soit bientôt traduit en français, travail auquel elle se serait sans doute attelée si...

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