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Billet de blog 13 mars 2018

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Programmateurs, arrêtez le massacre !

Comment une création peut-elle vivre si sa durée de vie est au plus de cinq représentions, durée constatée de plus en plus souvent dans les théâtres et dans les festivals ? Comment le théâtre peut-il être un art vivant si les programmes de la saison 2018-2019 sont complètement bouclés au plus tard fin mars 2018 au nom du dieu abonnement ? Tout le monde sait cela mais personne ne bouge. Atch !

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Vous dirigez des théâtres, des festivals, des grands, des petits, et vous les programmez. La main sur le cœur, vous jurez être au service des artistes (et vous en êtes un si vous dirigez un théâtre national ou un centre d’art dramatique) mais, dans le même temps, tandis que cette main vibre sur votre cœur, cette création, vous l’écrasez de vos deux pieds, et avec votre seconde main vous vous cachez les yeux pour ne pas voir ça. Vous vous offusquez ?

Regardez vos programmations depuis le début de la saison : combien de spectacles de jeunes ou moins jeunes compagnies ont été programmés au plus cinq fois ? Des dizaines et encore des dizaines. Tous privés de leurs armes : le bouche-à-oreille, la presse qui dans ce laps de temps ne peut pas faire son boulot correctement, le spectacle qui n’a pas le temps de s’affirmer et de s’affiner. C’est du gâchis, c’est désastreux.

Le constat n’est pas nouveau (Jean Jourdheuil l’avait dénoncé en son temps, parlant d’une festivalisation des programmations) mais il est chaque saison de plus en plus alarmant car personne au sein des instances professionnelles (Syndeac and co) ne veut mettre ça sur la table, établir une charte ou je ne sais quoi. Nettoyez vos écuries de votre hypocrisie ! Naguère, dans un théâtre public, un spectacle quel qu’il soit se jouait au moins une dizaine de fois et souvent plus. Aujourd’hui, c’est  accidentellement le cas. Bien sûr, la situation n’est pas comparable entre une scène nationale d’une petite ville et un grand établissement parisien.

Dans les petites villes, on se contente souvent du service minimum, une représentation, sauf quand certaines compagnies reconnues donc influentes exigent, avec raison, un minimum de deux. Un effort serait trop demander ? On rétorquera qu’il faut remplir les salles, qu’une salle pleine vaut mieux que deux à moitié vides. Mais le public, ne faut-il pas aussi aller le chercher avec les dents, comme disait l’autre ? Et le risque, la prise de risque, ça vous dit quelque chose ? N’invoquez pas par le taux de remplissage, la pression des élus, etc. ; toutes choses que par ailleurs vous dénoncez. A Paris et dans les grandes métropoles régionales, et dans les grands festivals tels Avignon ou Automne, la culpabilité est aveuglante. Les compagnies pestent mais font le gros dos : elles n’ont pas la parole, elle ont intérêt à bien se tenir et à ne pas faire les malignes. Et combien de directeurs de jeunes compagnies a-t-on vus qui, devenus directeurs de bahuts, se conduisent comme d’arrogants patrons vis-à-vis de leurs anciens collègues et accaparent l’essentiel du budget, ne laissant aux autres que des miettes ? Quel pitoyable cirque !

Ce n’est pas tout. Le satané système d’abonnement est omniprésent, on ne jure que par lui. N’y a-t-il pas d’autres moyens d’aller chercher le public que de s’en tenir à un fatigué et sam’suffit système d’abonnement qui englobe toute la programmation et non seulement une partie, comme cela devrait être toujours le cas, ce qui entraînerait mécaniquement une salutaire réactivité ? Les théâtres, grands ou petits, qui ne boucleront pas dans les jours qui viennent (fin mars) l’intégralité de leur programmation pour la saison prochaine se comptent sur les doigts d’une main, et encore pas tous les doigts. Un spectacle créé entre avril et juin 2018 ne pourra être programmé au plus tôt qu’à la rentrée 2019 sauf s’il entre dans la case des spectacles qui comptent une liste infinie de mini-coproducteurs, autre perversité du système. La vivacité de la vie théâtrale est comme à contre-temps. Et les dégâts collatéraux ne manquent pas. 

Autre facteur : le temps. Il s’est accéléré. Finie l’époque où une compagnie avait le temps de grandir, de se forger des armes en tâtonnant, en se cherchant. Pour un génie authentique (individu ou collectif), combien de fausses valeurs montées en épingle à la faveur d’un premier spectacle quelque peu prometteur, se retrouvent soudain à la tête d’un budget conséquent pour un second spectacle trop attendu (au tournant) et  s’écrabouillent , voire se retrouvent sur la short list  de tel ou tel lieu dont on renouvelle la direction ?

La résultante conjuguée de ces éléments, c’est que, de la fin septembre 2017 à mars 2018, exceptées les vacances scolaires, on note, cette saison plus encore que les précédentes, un nombre incroyablement élevé de créations, lesquelles, pour bon nombre, auront une durée de vie semblables à celle des lucioles. De septembre à juin, sans compter juillet, un journaliste, même stakhanoviste, allant au théâtre tous les soirs, ne peut au mieux que voir un tiers des spectacles nouveaux des saisons du théâtre public. Et combien voyons-nous de créations qui se présentent devant le public alors qu’elles sont loin d’être prêtes, qu’il leur faudrait travailler plus avant ? Les spectacles sont de plus de plus des produits jetables et de moins en moins des créations durables. Sauf les quelques spectacles qui deviennent, tant mieux pour eux, des best-sellers et que tout le monde veut. Paresse et frilosité font la paire. Arrêtons le massacre.

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