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Chaque nuit Shéhérazade doit raconter une nouvelle histoire au sultan et le tenir en haleine jusqu’à la nuit suivante pour ne pas qu’il la fasse exécuter au petit matin comme il l’a fait pour toutes celles qui l’on précédée. C’est ainsi qu’une histoire entraîne une autre et ainsi de suite. Livre composite fabriqué à partir de récits aussi bien oraux qu’écrits, Les mille et une nuits est un chef d’œuvre conséquent que l’on peut lire du début à la fin, ou ouvrir n’importe où , tomber sur les histoire du barbier ou de ses frères ou se régaler des voyages de Sindbad le marin. La traduction première et inusable de Galland est disponible en poche.
Tout lecteur des Mille et une nuits cherchera en vain dans le spectacle de Marlène Monteriro Freitas le fluide magique que procure sa lecture et donne envie de lire l’histoire suivante et puis cette d’après et celle qui vient encore après et ainsi toute la nuit. Dans un décor aussi laid qu’inutile, les corps évoluent magnifiquement mais les mots ne sont pas leur terrain de jeu favori. Il y a des masques intrigants, des accouplements, mille et une petites agaceries délicieuses, un émiettement. On sort de là frustrés mais le but est atteint : cela donne envie de se plonger, de se replonger, de se perdre dans la la lecture infinie des Mille et une nuits.
Ouvrons le livre au79ème récit, en cette année du 79eme festival d’Avignon. C’est la fin des récits des trois kallenders auxquels le kalife offre à chacun un palais. Shéhérazade poursuit son récit avec le porteur Hindbad qui nous entraîne vers les récits de Sindbad le marin…
Dans la carrière Boulbon, le plateau, dressé au pied des hauts murs faits de roches, est nu. Posée vers le fond du plateau, une étroite bande fait défiler les textes des chansons de Jacques Brel. Le chanteur (mort et enterré aux Iles Marquises, dernière chanson du spectacle) les chante en voix évidemment off mais les mots comme propulsés et caressés par la roche. Des dizaines de chansons que le public francophone reconnaît ou pas.
Sur scène Anne Teresa De keersmaker, que l’on ne présente plus, et le jeune danseur et chorégraphe Solal Mariotte sont à la peine. Ensemble, ils entendent explorer « la poésie puissante , l’expressivité et la gestuelle du chanteur » (comme le souligne le texte distribué au public), il n’y parviennent pas parce que c’est impossible, par que la voix puissante et magicienne les écrase quand ce n’est pas le visage du chanteur apparaissant fixe ou en mouvement,chantant sur les hauts murs de la carrière.
Pur délice cependant pour les brelophiles ou les brelâtres que ce récital fantôme où l’on retrouve tant de chansons aimées et fredonnées d’"Amsterdam" à "Jeff", de "je vous ai apporté des bonbons" aux "vieux" qui finissent par aller « du lit au lit », de "t'as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul » à « Ne me quitte pas ». Et tant d’autres... Alors on oublie la scène et ses gesticulations, on regarde la nuit et la voix de Bref nous habite, nous console…
« Nôt » les 8, 9 , 10 et 11 juil à 22h, dans la Cour d’honneur du Palais des papes
« Brel » les 7, 9, 10, 11, 13, 14, 15 , 17, 18, 19, 20 à 22h à la carrière de Boulbon.