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Billet de blog 10 mars 2020

Aram Tastekin, un vrai Kurde et un acteur vrai

Réfugié en France depuis moins de trois ans, et parlant déjà bien le français, l’acteur-conteur kurde Aram Tastekin nous raconte, avec le sourire, son enfance et sa jeunesse dans un pays sous surveillance turque.

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Scène de "Happy dreams" © Yusuf Alkan

Qu’est-ce qui vous reste quand, enfant, vous avez vu, impuissant, un soldat qui la veille essayait de vous tirer les vers du nez, brûler la maison de votre famille, et que, conséquemment, vous avez dû tout recommencer et, de fil en aiguilles et en années de guerres, fuir votre pays et vous retrouver réfugié dans un autre pays ? Oui, qu’est-ce qui vous reste ? Un trésor : votre langue. Minoritaire peut-être, mais unique au monde. Qu’est-ce qui vous reste encore ? Votre mémoire, toutes ces histoires, ces fredaines, vraies ou pas, qui ont bercé votre enfance, votre jeunesse. Alors si, en plus de cela, vous avez étudié le théâtre par amour du jeu et de l’imagination, si vous êtes devenu acteur, qu’est-ce qui vous reste à faire : partager tout cela sur une scène. Oui, mais vous vivez maintenant dans un pays étranger où votre langue est peu enseignée et peu parlée, alors, pour vous faire comprendre, vous apprenez au pas de course la langue du pays qui vous a accueilli. Et tout cela, c’est ce qui est arrivé à Aram Tastekin.

Né il y a 32 ans ans en Turquie, le Kurde Aram Tastekin est diplômé de la faculté de théâtre de l’université d’Hewlér au Kurdistan irakien. Inutile de rappeler ici les raisons politiques, économiques et professionnelles qui l’ont poussé en 2017 à demander et obtenir l’asile politique en France. Deux ans plus tard, via l'atelier des artistes en exil dont il est membre, le voici assistant de Peter Brook lorsque ce dernier monte Why ? au théâtre des Bouffes du Nord. Quelques mois plus tard encore et le voici seul en scène avec un musicien (Neşet Kutas). Il a été aidé à l’écriture par Elie Guillou (qui a souvent voyagé dans les régions turques et kurdes) qui signe aussi la mise en scène (tout en étant, par ailleurs étudiant en scénario à la FEMIS).

Aram Tastekin découpe sa vie en épisodes où le conteur instinctif qu’il est fait la paire avec l’enfant faussement et vraiment naïf qu’il fut, tout en maintenant sur le feu, de bout en bout, ce leitmotiv drôlatique : je suis, tu es, nous sommes des « vrais Kurdes ».

Ce qui ne va pas sans créer des quiproquos et des imbroglios dans un pays où tout ce qui compte de puissances (l’Etat, la police, l’école ) est turc. Où l’enfant a deux prénoms : l’un, choisi, en kurde ; l’autre, imposé, en turc. Dès lors, le Kurdistan est un pays désiré autant qu’imaginaire dont les frontières, pour l’instant, sont celle de la maison familiale et celles des maisons où vivent les cousins. Dans un vague terrain, entre les deux, se déroulent les histoires aussi tendres que croquignolesques qui nous sont racontées avec un léger accent lequel ajoute au sourire étonné plein de charme de l’acteur kurde Aram Tastekin.

Un seul bémol, pourquoi avoir donné un titre anglais, Happy Dreams, à ce spectacle qui rêve les yeux ouverts en kurde et, à chaque représentation, s’enrichit d’une nouvelle histoire en français ?

Prochaines représentations dans la cave du Kibélé, restaurant kurde au 12 rue de l’Echiquier Paris Xe, les 13 mars et 3 avril du côté de 20h.

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